«Il n’est pas question de faire partir les veaux laitiers à des tarifs qui couvrent à peine le coût de l’insémination artificielle (IA) », estiment Pierre et Chantal Arnault, installés à Luché-Thouarsais (Deux-Sèvres). Pour bénéficier d’un prix plus avantageux à la vente, le couple d’éleveurs et leur salarié, Dominique Bernard, ont choisi de garder les veaux quatre à cinq semaines et daxer une partie de la reproduction sur le croisement avec une race à viande.

« L’ensemble du cheptel est inscrit à Prim’holstein France et toutes les génisses­ de renouvellement sont génotypées­ à la naissance depuis trois ans », rapporte Pierre. « Sur la campagne 2019-2020, 13 % des vaches et génisses à plus haut potentiel génétique - parmi les cent vingt-trois femelles mises à la reproduction - ont été inséminées en semence sexée femelle [en race pure] en première intention pour assurer le renouvellement, indique Kévin Sage, technicien d’insémination chez Évolution. Il faut compter 39 € par femelle pour le génotypage et 45 € par dose sexée. »

50 % de croisement viande

Quant aux primipares affichant un index de synthèse (Isu) inférieur à 135, elles sont inséminées avec des taureaux de races allaitantes. Il en est de même pour les multipares les « moins intéressantes » sur le plan génétique. Lors de la dernière campagne, 45 % des femelles ont donné naissance à des veaux croisés. Vingt-quatre d’entre eux descendent d’un père de race blanc bleu belge, dix-sept proviennent d’un taureau limousin et les onze derniers sont issus d’un croisement Inra 95.

Pierre et Chantal s’attachent à sélectionner des taureaux complets, présentant des index de facilité de naissance et de croissance avant sevrage systématiquement supérieurs à 100, et un index de conformation d’au moins 120. « La précocité et le développement musculaire sont d’autres qualités à prendre en compte », ajoute Pierre. Sur la campagne en cours, les exploitants comptent davantage orienter leurs choix de reproducteurs vers la race Inra 95. « Ce croisement assure des vêlages faciles et une valorisation supérieure des veaux », estime Pierre qui, à ce stade, recense 57 % d’inséminations en croisement à destination de la boucherie, dont 25 % en race blanc bleu belge et 25 % en Inra 95.

À la vente, les tarifs des veaux mâles de 70 kg varient de 140 € en croisement limousin à 320 € en croisement blanc bleu belge, ceux croisés Inra 95 étant en position intermédiaire. Les femelles de 60 kg se valorisent plutôt entre 120 et 240 €. « À côté, les quelques veaux mâles laitiers vendus en race pure ne dépassent pas 80 €, confie Pierre. En parallèle, nous souhaiterions vendre quelques génisses reproductrices pleines à l’export mais le prix payé n’est pas incitatif, d’où notre volonté de basculer en croisement viande. »

Pour les éleveurs, cette stratégie s’avère payante. Ils concentrent également leurs efforts pour s’assurer de vêlages sans encombre. « Un point essentiel réside dans l’alimentation des vaches taries. Ces dernières sont rationnées à 20 kg bruts d’ensilage de maïs complété de foin à volonté et d’un aliment spécial », résume Pierre.

Des outils connectés pour plus de tranquillité

Les exploitants utilisent le logiciel de gestion de troupeau iCownect depuis cinq ans pour gérer au mieux leurs lots en fonction du planning de reproduction. En parallèle, le troupeau est équipé de soixante-dix colliers pour la détection des chaleurs. « L’utilisation de doses sexées requiert de la précision », relève Pierre. De même, les éleveurs ont investi dans un système de détection des vêlages, basé sur l’activité des vaches en temps réel. Des capteurs sont apposés sur la queue des femelles prêtes à vêler. « Nous recevons une alerte par SMS une demi-heure avant le début du travail et deux heures après, si la vache n’a toujours pas vêlé », expliquent les éleveurs, qui considèrent ces outils de monitoring comme indispensables dans leur quotidien. « Cela nous garantit une surveillance ciblée et nous permet de gagner en tranquillité vis-à-vis des nombreuses naissances issues du croisement industriel. »

Les veaux sont ensuite répartis en niches individuelles et nourris au colostrum les quatre premiers jours, puis au lait maternel matin et soir. Chantal augmente graduellement la quantité de lait distribuée, jusqu’à 7-8 litres passé quinze jours.

Pour la première fois cette année, les éleveurs ont gardé trois vaches prêtes à réformer comme nourricières pour alimenter neuf veaux vendus à cinq semaines (1). « Cette pratique a permis de soulager la distribution au seau des autres veaux logés en cases individuelles », appuie Chantal.

(1) Lire également La France Agricole  n° 3891, du 19 février 2021, p. 28.

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Toujours bien orienté

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Échanges plus fluides

Sur les marchés, les disponibilités en veaux laitiers se rétractent de semaine en semaine. Pour autant, les intégrateurs conservent leur position de maintenir les prix dans un contexte toujours difficile dans la production de veau de boucherie. Les vendeurs observent néanmoins un tri un peu moins sévère que ces dernières semaines, car ils peuvent mieux défendre les prix de leurs animaux dans les centres d’allotement qui leur étaient fermés depuis le début du confinement.