«Les génisses et les vaches à inséminer sont élevées sur deux sites différents, explique Julien Behaegel, producteur laitier dans le département du Nord. Ajouté à cela le temps passé dans les champs, avec presque 120 ha de céréales et de pommes terre, sans compter les prairies de fauche, il nous était difficile de surveiller convenablement les chaleurs. »

En 2012, les associés du Gaec du Petit Bois décident d’investir 11 000 € pour 56 colliers accéléromètres, une antenne de réception et le logiciel de suivi associé. Les vaches sont équipées dans le mois suivant le vêlage. « Une alerte est envoyée quand l’activité physique des animaux augmente significativement, décrit François Dekervel, cogérant du Gaec. Nous vérifions que la vache signalée est correctement cyclée, puis elle est inséminée dans les 24 heures. » Les génisses ne sont pas équipées car « il faudrait investir dans une seconde antenne ». Mais ceci n’est pas à l’ordre du jour, puisque « les nullipares expriment mieux leurs chaleurs » et que le troisième associé, Michel Boddaert, est souvent présent sur les lieux.

« Avec les colliers, nous avons gagné dix jours sur l’intervalle moyen entre le vêlage et la première IA, se réjouit Julien. Les chaleurs nocturnes et silencieuses ne nous échappent plus. » L’IVV s’établit désormais à 384 jours, sur des holsteins à 10 000 kilos de lait par an.

Approche globale

« Le détecteur de chaleurs est un bel outil, mais il ne suffit pas à obtenir de bons résultats sur la reproduction, souligne Jean-Luc Verdru, conseiller chez Avenir Conseil Élevage. De nombreux troubles de santé, à l’image du déficit énergétique, peuvent affecter la qualité des ovocytes et les chaleurs. »

Sur l’élevage, l’alimentation des taries exclut les aliments riches en potassium. La ration est équilibrée avec 2 kg de correcteur azoté. Un minéral spécifique à la période sèche ainsi que du chlorure de magnésium sont mis à disposition. Ceci afin de favoriser les contractions lors du vêlage, limiter les risques de fièvres de lait, de non-délivrances et de métrites, et favoriser la tonicité des vaches. Les animaux mettent bas dans un box de vêlage paillé, le plus souvent sans intervention humaine. « Une vache qui vêle dans de bonnes conditions garde un environnement utérin sain », explique le conseiller.

Les fraîches vêlées sont ensuite isolées en aire paillée pendant une semaine, pour éviter qu’elles ne soient « chahutées » par leurs congénères. « Toute forme d’inconfort durant les premiers jours de lactation a des répercussions à long terme sur le lait comme sur la fertilité », note Jean-Luc Verdru. Dans cette logique, les génisses sont rapatriées dans l’étable des vaches laitières pour le vêlage, « car le transport occasionne du stress, et cela affaiblit les défenses immunitaires », observe François.

Les vaches en production sont mises en système de logettes, avec des allées bétonnées. Pour compenser la dureté du sol, elles ont accès à un parcours enherbé 4 heures par jour et le confort des logettes est maximisé. « Les nouveaux tapis font 6 cm d’épaisseur, contre 2,5 cm auparavant », précise François. Côté hygiène, le racleur passe toutes les heures et demie et les logettes sont nettoyées matin et soir. La venue biannuelle d’un pédicure bovin complète le dispositif. « De mauvais aplombs contraignent la vache dans ses déplacements, or tout part de là », estime Julien.

Frais vétérinaires réduits

La gestion du stress thermique est une autre priorité pour les éleveurs. « Des ventilateurs ont été installés dans la partie bardée de l’étable et un brumisateur raffraîchit les vaches à l’entrée de la salle de traite si cela est nécessaire », indique Julien. L’objectif est de maintenir le niveau d’ingestion et de limiter la pression sanitaire dans le bâtiment via une répartition homogène des animaux par temps chaud.

Finalement, les producteurs sont parvenus à réduire leurs frais vétérinaires à 7,3 €/1 000 litres, soit deux fois moins que la moyenne des adhérents Avenir Conseil Élevage, et la reproduction suit. Selon les années, le pourcentage de réussite à la première IA (avec des vaches réellement revêlées) peut dépasser 40 %. « L’équation est simple, résume Jean-Luc Verdru. Une vache en bonne santé et qui se repose bien va se déplacer dans le bâtiment, ingérer plus d’aliments de qualité en quantité et exprimer ses chaleurs. Les premières peuvent apparaître dans les trois semaines après le vêlage et la première IA doit pouvoir se faire dans les 90 jours. »

Les logettes sont nettoyées matin et soir. Les matelas ont été récemment changés pour apporter plus de confort « en compensation de la dureté des caillebotis. » © Photos : A. Courty
Les fraîches vêlées sont isolées en aire paillée pendant une semaine pour leur assurer une reprise sereine, sans risque d’être « chahutées » par les dominantes ou les vaches en chaleurs.
l’expert
« Bien choisir son outil de détection »

« L’accéléromètre, en collier ou au niveau des pattes, est la technologie la plus utilisée pour détecter les chaleurs. Il peut aussi servir de support à l’identification électronique pour la traite ou le Dac, et informer sur les comportements d’ingestion et de rumination. Un constructeur propose de n’utiliser qu’un seul récepteur, porté par un taureau vasectomisé, capable de détecter les vaches à proximité. Le dosage de la progestérone est une autre possibilité. Il existe des analyseurs connectés au robot de traite et des dispositifs portables. Enfin, la vidéosurveillance ne permet pas à l’éleveur de gagner du temps mais apporte de la flexibilité dans la surveillance des chaleurs. Pour aider l’éleveur à faire son choix, l’Institut de l’élevage vient de lancer une nouvelle interface (1) dans le cadre du programme Sm@rt Élevage. Des simulations sur le rapport coût/bénéfice de l’investissement, ainsi qu’un inventaire des outils disponibles sont mis à disposition. »

Clément Allain, chef de projet élevage de précision à l’Idele

(1) Pour plus d’informations :

http://idele.fr/services/outils/detection-automatisee-des-chaleurs.html