' Mon exploitation étant située en Zes (1), je n'avais que deux solutions pour me mettre en règle avec la législation environnementale : soit construire une station de traitement du lisier, soit réduire mon cheptel, se souvient Joseph Brouard, à la tête d'un atelier naisseur-engraisseur de 250 truies à Hénanbihen, dans les Côtes-d'Armor. La réglementation label rouge évolue. Elle exige qu'à partir de mai 2006 tous les produits de charcuterie porteurs du label rouge proviennent de porcs labellisés. Cela a facilité mon choix (2). Mon groupement de producteurs, Elpor, travaillait avec l'abattoir Kermené sur un cahier des charges sur les sols ajourés. Un mode d'élevage qui ne remettait pas en cause tout mon système. Quand j'ai appris que le dossier était validé, j'ai décidé de réduire mon cheptel et de réorienter mon exploitation vers le label rouge. '

L'élevage a obtenu la qualification en novembre 2005. La principale adaptation concerne le respect des densités. La reconversion n'a pas nécessité d'investissement en bâtiment mais une réorganisation de la conduite de l'élevage.

' La plus grosse étape à franchir a été de réduire l'effectif de 400 à 250 truies ', poursuit Joseph Brouard. Ce qui est loin d'être anodin. La partie gestante a été modifiée pour permettre le passage des truies à l'attache à un système en liberté par groupe de six à huit animaux. Le cahier des charges label rouge impose cette règle dès septembre 2007, alors qu'elle n'est exigée qu'en 2013 pour les élevages conventionnels. ' De toute façon, à partir du 1 er janvier 2006, les truies ne pouvaient plus être à l'attache ', ajoute-t-il. En postsevrage, les caillebotis métalliques, interdits par le cahier des charges, ont été remplacés par du plastique.

Onze animaux par case

Une partie de l'engraissement, qui était réalisé à façon sur un autre élevage, a été rapatriée sur le site de Hénanbihen. ' Je peux désormais engraisser presque tous mes porcelets. Compte tenu des densités à respecter, je vends ceux en surnombre ', précise Joseph. Dès que les animaux arrivent en engraissement, ils sont mis par case de onze, contre quinze auparavant, soit 1 m² par porc dès le début de l'engraissement. La réglementation n'impose cette norme qu'à partir de 80 kg et 1,2 m² au-delà de 110 kg. ' J'ai préféré cette solution pour ne plus avoir de mélange d'animaux jusqu'à la fin de l'engraissement, explique-t-il. C'est du travail en moins. Il y a beaucoup moins de bagarres et donc de saisies. '

La durée d'élevage est d'au minimum 182 jours, soit deux à trois semaines de plus qu'en conventionnel. ' Au niveau de l'alimentation, comme je dispose d'une fabrique d'aliment sur la ferme, j'ai mis ma formule à base céréales, de maïs humide et de soja, en conformité avec le cahier des charges. A partir de 105 jours d'âge, j'incorpore 2,5 % de graines de lin ', ajoute l'agriculteur.

En septembre 2005, Joseph a eu l'opportunité d'acheter 36 hectares de terres, en plus de ses 80 hectares déjà en propriété, ce qui lui permet d'épandre la totalité de son lisier sur ses terres. Le cahier des charges n'impose de posséder que 40 % des surfaces d'épandage en propre.

Joseph a limité les investissements. Le remplacement des caillebotis métalliques par ceux en plastique a coûté 7 500 ?. Il y a eu quelques aménagements par rapport à la lumière. Au final, le coût des travaux, petit matériel compris, s'est limité à 10 000 ?. ' Je ne compte pas la mise aux normes bien-être de la partie gestante, puisque de toute façon elle aurait été nécessaire. '

La prime accordée pour les animaux labellisés est de 0,17 ?/kg. Depuis décembre, Joseph a vendu 2 350 porcs dont les carcasses pèsent en moyenne 92 kg, avec un taux de labellisation de 86 %. Ce qui représente une plus-value moyenne de 0,146 ?/kg, de laquelle il faut déduire le surcoût de l'achat de la graine de lin, estimé à 0,02 ?/kg. En contrepartie, Joseph a alourdi ses carcasses, puisque les cochons produisent en moyenne 5 kg de viande en plus. Même si dans l'immédiat la réduction de 40 % du cheptel a quelque peu pénalisé les résultats, notamment l'indice de consommation (IC). La moindre densité a aussi permis de réduire sérieusement le taux de pertes : il est passé de 9 % à 3 %. Les dépenses de santé ont également baissé : moins de 40 ? par truie sur les cinq premiers mois de labellisation.

' Je ne regrette pas mon choix, résume-t-il. J'utilise au mieux mes bâtiments sans investissements démesurés, je produis mon aliment à la ferme, je dispose de la totalité de ma surface d'épandage en propre. C'est le choix d'un système sécurisé. '

(1) Zone d'excédents structurels.

(2) Jusqu'à cette date, seul le porc frais était soumis à cette obligation.