Châtelais reçoit le cinéma itinérant Ballad'Images (1) depuis 1991, à la demande des habitants de ce village de 650 habitants, niché au nord du Maine-et-Loire, et de l'association locale de Familles rurales. «Notre idée, c'était de proposer des films à des gens qui ne sont pas forcément cinéphiles ou qui ne sont pas attirés par les salles urbaines», explique Jean-Marie Heulin, agriculteur aujourd'hui à la retraite. «Au départ, les projectionnistes n'étaient pas bénévoles. Il s'agissait de salariés de Familles rurales, embauchés avec le statut d'objecteurs de conscience. Ils venaient préparer la séance et projeter le film. Nous les recevions. Ils dînaient à la maison.»

Avec la fin de ces contrats et pour ne pas perdre «leur» cinéma, des bénévoles retroussent leurs manches. A l'image de Jean-Marie Heulin et de Marie-Jo Folliard, également agricultrice à Châtelais, ils se forment au métier de projectionniste.

«Aujourd'hui, ce qui marche le mieux, ce sont les films pour enfants et jeunes adolescents. On passe les mêmes que dans les grandes salles, mais les séances sont un peu décalées: la réglementation sur le cinéma itinérant impose un délai de six semaines entre la sortie nationale d'un film et sa projection par un cinéma itinérant», précise Marie-Jo Folliard. L'équipe de bénévoles de Châtelais compte trois projectionnistes.

«La veille ou l'avant-veille d'une séance, l'un de nous va chercher le matériel dans le village où a eu lieu la précédente projection, explique Jean-Marie Heulin. Tout est stocké dans une remorque.» Le jour "J", quatre bénévoles sont présents deux heures avant le début de la représentation pour installer les chaises, préparer la projection et la billetterie. «Pour les tickets, on a les mêmes qu'ailleurs mais nos tarifs sont négociés différemment, poursuit Marie-Jo Folliard. Pour les enfants, l'entrée est à 4 euros ou 3 euros si la famille adhère à Familles rurales. Quant aux adultes, ils règlent 5,50 euros ou 4,50 euros.»

Particulièrement actifs, ces passionnés ont apporté, au fil des ans, deux nouveautés. Tout d'abord une séance en plein air qui a généralement lieu en juin. «On choisit un film qui a du charme, visible par tous ou qui parle de la vie en milieu rural, souligne Marie-Jo Folliard. En 2007, on a projeté "Je vous trouve très beau".» En 1999, date de la première projection en plein air, les bénévoles avaient choisi «Obélix» et compté cent soixante-dix-huit entrées. Avant tout festive, cette projection débute par un apéritif et un concert donné par l'harmonie municipale. «Pendant ce temps, on prépare un repas à partir de produits faits "maison", détaille Jean-Marie Heulin. A la nuit tombée, nous projetons le film. Au premier étage de la mairie, un écran tendu sur un échafaudage sert d'écran.» Seconde nouveauté: coupler, une ou deux fois par an, la projection du film avec une animation. Feuilletant un petit cahier d'écolier, Marie-Jo Folliard se souvient que «pour "Himalaya", une exposition-vente d'objets tibétains a été organisée. Pour le premier "Harry Potter", le film était suivi d'une présentation de magie. Et lors de la présentation de "Etre et avoir" de Nicolas Philibert, nous avions organisé un débat sur la classe unique.»

Dans son cahier, Marie-Jo Folliard note tout. Elle y colle même les tracts qui annoncent les projections, des tickets d'entrée. De précieuses traces qui marquent le goût des Châtelaisiens pour le cinéma.

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(1) Le cinéma itinérant Ballad'Images est développé par l'association ligérienne Familles rurales.

par Anne Mabire (publié le 4 avril 2008)