Sur la photo : à Poitiers, Laurence Legault est en tête de cortège (à droite), le 4 avril 2010.

Laurence Legault a été l'une des organisatrices de la manifestation des femmes solidaires de l'Apli, à Poitiers. Elle a quitté son métier de coiffeuse pour s'installer en EARL en Loire-Atlantique, avec son mari, Damien, responsable Apli dans sa région. « Les agricultrices tiennent les comptes de l'exploitation et de la famille. Pendant la manifestation du 4 avril, les femmes ont parlé avec leurs "tripes". Nous devons refuser tellement de choses à nos enfants. Nous exprimons d'une autre façon le même désespoir que nos maris. C'était à la fois dur d'écouter ces témoignages et génial de ne pas être seules.

Bizarrement, l'ambiance était presque "zen", sans heurts, alors que la situation que nous vivons est violente. »Aujourd'hui, des groupes de femmes se transmettent par e.mail leurs témoignages : « Certaines sont plus à l'aise devant l'écran que devant une caméra », témoigne Laurence. Le tout pourrait un jour prochain devenir le livre du refus de ces femmes de disparaître. « Nous ne nous laisserons pas faire », ajoute Laurence, excédée.

Variables d'ajustement  

Dans le Morbihan, les agricultrices de la commission féminine de la FDSEA ont obtenu le vote d'une motion à la chambre d'agriculture. Si chaque mot a été pesé, car il ne s'agit pas de mettre en cause les hommes, le message fort demeure : en temps de crise, les exploitantes ne veulent pas être les variables d'ajustement, comme le soulignait Marie-Andrée Luherne : « Les femmes se font rares dans ce métier.

En outre, certaines repartent travailler à l'extérieur tout en continuant à traire les vaches. Pour faire bouillir la marmite, elles deviennent assistantes maternelles, travaillent dans les services à la personne... » Dans le Finistère, une dizaine d'agricultrices associées à des consommatrices ont créé un « réseau féminin d'échange et de réflexion » pour exprimer leur colère face aux conséquences territoriales, sociétales et environnementales de la crise.

par Marie-Gabrielle et Frédérique Ehrhard