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Dossier La filière franco-italienne a résisté face à la crise

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La viande de génisse, plébiscitée pour sa tendreté et le dimensionnement de ses pièces, gagne du terrain dans les linéaires italiens. © © Claudius THIRIET

Malgré la Covid-19, les achats italiens se sont maintenus, signe que les broutards français restent privilégiés. Mais le potentiel d’engraissement tend à se restreindre.

«Avec 1,3 milliard d’euros, l’Italie représente 57 % des recettes à l’exportation de la filière bovin viande française », analyse l’Idele (1). En 2020, les flux de broutards français vers la grande botte ont représenté 82 % des envois totaux, soit 952 000 têtes (+ 0,4 %/2019), d’après Anagrafe­ Zootecnica. Malgré les contraintes sanitaires, la demande italienne est restée ferme en 2020, illustrant à nouveau la dépendance réciproque du bassin naisseur français et de l’engraissement transalpin.

« Cette filière nous lie l’un à l’autre », conforte Stéphane Philibert, directeur de Parma Charolais. En effet, l’Italie est structurellement déficitaire en viande bovine. Sa production, qu’elle soit issue d’animaux nés en Italie ou importés, « ne couvre que 53 % de la consommation nationale », reprend l’Idele. « La production de biogaz, intimement liée à l’élevage, incite également les engraisseurs italiens à remplir leurs ateliers », relève Stéphane Philibert.

Si la proximité géographique et l’historique d’achat avec l’Italie offrent une place de choix aux broutards français, « il faut être conscient que le potentiel d’engraissement de notre voisin s’est restreint, alerte Benoît Albinet, directeur commercial de Deltagro Export. Entre 2010 et 2019, la consommation annuelle de viande bovine par habitant a diminué de 26 %, conduisant à une baisse des abattages de plus d’un million de têtes (veaux inclus) sur la même période. »

Toujours plus de femelles

Autre tendance de fond, l’attrait croissant de la grande distribution italienne pour la viande de génisse. En 2020, l’Italie a importé 340 000 broutardes françaises, soit 60 % de plus qu’en 2015. « Si la France et l’Italie cherchent à absorber le même produit, ce n’est pas de bon augure pour la filière d’engraissement », prévient Hervé Chapelle, directeur de Bévimac Centre Sud. « D’où l’intérêt de communiquer davantage sur nos filières maigres pour créer d’autres opportunités de marché à l’export », ajoute Michel Fénéon, directeur administratif et financier d’Eurofeder.

(1) Dossier Économie de l’élevage de septembre 2020 sur la viande bovine en Italie.

Témoins
« De la haute qualité pour des prix plus stables » Paolo et Ernesto Zecchin (de gauche à droite), éleveurs à Mira (Vénétie, Italie), et Daniele Bonfante, directeur commercial de la coopérative Azove

« Nous disposons de 1 000 places d’engraissement pour une production annuelle de 1 700 jeunes bovins. L’exploitation se répartit sur 110 hectares, dont 35 ha de maïs et 30 ha de soja irrigués, 30 ha de prairies et 15 ha de blé. Nous avons construit un nouveau bâtiment et modernisé la ventilation des autres étables pour améliorer le bien-être des animaux », expliquent Paolo et Ernesto Zecchin.

Les deux frères, adhérents de la coopérative Azove, ont spécialisé leur système au fil du temps : la race dominante est la limousine, avec une augmentation des achats de femelles à hauteur de 65 %. Ces dernières entrent à 300 kg vifs pour 3,10 et 3,15 €/kg et sont vendues six mois et demi plus tard à 500 kg vifs pour 2,95 €/kg. Les mâles affichent, quant à eux, 300 kg vifs à leur arrivée (3,30 à 3,40 €/kg) et 600 kg vifs à la vente au prix de 2,85 €/kg.

« Nous recherchons un maximum d’autonomie alimentaire car la hausse de 25 % du prix du maïs et de 37 % du cours du soja nous a coûté cette année 50 € de plus par tête. Bien que plus exigeante sur le volet technique, nous avons choisi de produire une viande de haute qualité dont les prix sont plus élevés et moins fluctuants. La génétique française est adaptée à cet objectif. Nous misons à l’avenir sur une meilleure autonomie alimentaire, une réduction des antibiotiques et des innovations pour améliorer le bien-être animal. Nous sommes déjà certifiés à ce niveau et allons obtenir une certification environnementale. »

Monique Roque-Marmeys

Les opérateurs italiens restent confiants

« Les engraisseurs italiens ont vécu une année difficile. Les ateliers ont eu du mal à se vider à l’automne face à la concurrence de viandes issues de jeunes bovins (JB) polonais, espagnols, hongrois et français à des prix inférieurs aux coûts de production. L’envolée du prix des matières premières leur a aussi coûté cher », témoignent les opérateurs transalpins. Pour Giancarlo Ghuizzoni, président d’Eurofeder-Weber, « le marché franco-italien évolue vers une demande supérieure en broutardes. Pour les mâles, un meilleur étalement de l’offre, encore très concentrée sur quatre mois, faciliterait les échanges. La qualité génétique des animaux français n’est pas remise en cause. » Jacopo Bozzola, responsable administratif et financier de Vicentini Carni, à Vérone (20 000 bovins à l’engraissement et 50 000 à l’abattage), estime qu’« il serait utile de suivre des stratégies de programmation et d’avoir une plus grande force contractuelle avec la grande distribution pour rendre la filière franco-italienne plus rémunératrice pour chacun. » Daniele Bonfante, directeur commercial de la coopérative Azove, qui commercialise 50 000 JB par an, reste confiant en l’avenir. « L’engraissement en Italie ne va pas disparaître. La relève est assurée pour 90 % de nos adhérents. Ils investissent dans de nouveaux bâtiments et de nouvelles technologies pour répondre aux besoins du marché et de la société. »

Monique Roque-Marmeys

Témoin
« Des volumes importants mais à bas prix » Matilde Moro, directrice d’Asoprovac, l’association des producteurs espagnols de viande bovine

« Au premier semestre de 2020, les exportations espagnoles de bovins de plus de 300 kg ont progressé de 12 %. Si les envois vers l’Algérie, le Liban et la Libye ont reflué respectivement de 30, 14 et 3 %, les volumes à destination de l’Italie ont bondi de 29 %. L’accès à de nouvelles destinations telles que l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Tunisie ont également contribué à compenser les baisses vers le trio de tête des importateurs tiers.

Pour autant, cette dynamique n’a été permise qu’au sacrifice de bas prix qui, encore aujourd'hui, peinent à se redresser. Après cinq années consécutives de hausse, la consommation espagnole de viande bovine a souffert de la pandémie de Covid-19, notamment par le net recul des activités touristiques et de restauration. Ceci s’est traduit par des ajustements tarifaires à la baisse qui ont rendu la production ibérique plus compétitive que d’autres à l’exportation.

Plus largement, il est important de souligner les efforts déployés par l’administration centrale pour faciliter l’ouverture à de nouveaux marchés et obtenir les certificats sanitaires. Tirant parti de sa situation géographique et de ses deux ports de Tarragone et Carthagène, l’Espagne a engagé des investissements pour faciliter les expéditions. Enfin, la dimension des fermes permet de rassembler plus aisément le volume d’animaux souhaité pour remplir les bateaux à un rapport qualité prix apprécié sur le pourtour méditerranéen.

Le point noir reste l’externalisation de l’alimentation du bétail, qui expose la filière d’engraissement espagnole à la volatilité des prix des matières premières. »

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

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