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Dossier La disponibilité s’améliore malgré la fin des dérogations

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En 2020, 9 061 ha étaient consacrés à la production de semences de céréales bio. Ces surfaces ont plus que doublé en cinq ans. © PHILIPPE ROY

Entre croissance du marché, évolution réglementaire et contraintes de productions, les différents maillons de la filière céréales s’organisent pour mieux répondre aux besoins en semences bio.

Selon Semae, l’interprofession des semences et plants, en 2020, près de 1 200 agriculteurs sont multiplicateurs en agriculture biologique, toutes espèces confondues, soit une surface de près de 18 000 ha. Ils ont plus que doublé en cinq ans : en 2016, ils étaient moins de 500 sur 7 700 ha.

Si le déploiement des surfaces de multiplication s’est accéléré, « la demande n’est pas encore complètement satisfaite, constate Mathieu Conseil, de l’Itab. Il existe un décalage entre la filière biologique et celle des semences bio. Le retard tend à être rattrapé par les semenciers, plus vite sur certaines espèces que sur d’autres. »

Semences bio obligatoires

Le cahier des charges européen de l’AB rend obligatoire l’utilisation de semences biologiques. Faute de disponibilités, des dérogations sont accordées aux agriculteurs pour utiliser des semences conventionnelles non traitées.

L’état des lieux de la filière des semences biologiques en Europe, réalisé dans le cadre du projet Liveseed (2017-2021) dont l’Itab est partenaire, a d’ailleurs mis en évidence « le rôle majeur joué par les dérogations dans la formation du marché actuel des semences biologiques ». L’Union européenne s’est cependant fixé l’objectif de sortir de ce système dérogatoire à l’horizon 2035. Un défi déjà presque relevé par la filière des céréales en France.

Les céréales à paille sont les productions les plus multipliées en bio, indiquent les données de Semae, à hauteur de 9 000 ha en 2020 (contre moins de 4 000 ha en 2016). Triticale, blé tendre, orge de printemps et plus récemment orge d’hiver sont ainsi passés « hors dérogations ». La quantité de semences est considérée suffisante pour alimenter le marché, malgré une demande en hausse. Seul le blé dur est encore en « écran d’alerte », phase de transition avant le passage en hors dérogation prévu en 2023.

Fin des dérogations en céréales, excepté en blé dur

Ce changement de statut est géré par l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité), dont Christophe Lécuyer préside la commission nationale semences. « Des groupes d’experts sont mandatés pour examiner les disponibilités de chaque espèce, qu’ils croisent avec les demandes des agriculteurs. Il s’agit d’appliquer au mieux le règlement européen, en tenant compte de la faisabilité », explique-t-il.

Le cahier des charges européen oblige d’ailleurs les États membres à disposer d’un outil informatique pour informer du statut dérogatoire et de la disponibilité des semences biologiques. En France, la base de données semences-biologiques.org, sous l’égide de l’Inao et gérée au quotidien par Semae, permet aux producteurs de connaître les variétés disponibles et aux fournisseurs de mettre en ligne leur offre variétale.

« Faire durer les dérogations devient un frein », estime Jérôme Fillon, de Centre Bio, filiale d’Axéreal. Il fait aussi partie de la commission semences. « Une échéance est fixée deux à trois ans avant la mise hors dérogation d’une espè­ce, pour stimuler la multiplication. » Pour lui, le marché de la semence en céréales bio a atteint « une phase d’équilibre. Je n’aurais pas eu le même discours il y a cinq ans. Aujourd’hui, il faut équilibrer l’offre et la demande pour ne pas saturer le marché, ni être en pénurie. »

Plus compliqué à multiplier

« Produire des semences biologiques est plus contraignant. Il faut trouver des multiplicateurs en bio, c’est une filière spécifique du semis à l’ensachage », concède Christophe Lécuyer. Axéreal va par exemple dédier, d’ici deux ans, un outil consacré aux semences bio et conventionnelles non traitées. « On ne prend pas à la légère le risque de résidus de phytos, indique Jérôme Fillon. Le défi reste de rentabiliser l’outil. »

Au champ se rencontrent des difficultés propres aux systèmes conduits en AB, plus exposés aux pathogènes, ravageurs et à l’enherbement, qui peuvent impacter la qualité. La folle avoine ou la ravenelle sont par exemple des adventices complexes à trier, et réglementées en production de semences.

Une mauvaise récolte a posé l’an dernier des difficultés sur l’épeautre. « Nous ne sommes pas à l’abri d’un accident climatique, soutient Christophe Lécuyer. Si un manque de semences semble évident avant la campagne, il n’est pas question de laisser les producteurs sans disponibilités. »

Ces contraintes se reflètent dans le coût de la semence bio, plus élevé que celui de la conventionnelle non traitée. « Certains agriculteurs multiplicateurs considèrent que la production de semences n’est pas assez rémunératrice, indique Laura Brun, ingénieure régionale bio à la Fnams (Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences). La charge de travail supplémentaire n’est pas répercutée sur le prix proposé par les établissements semenciers. » Une revalorisation inciterait ainsi, selon elle, plus de producteurs à se lancer dans la multiplication.

« Obliger les producteurs à utiliser du matériel végétal bio doit être une opportunité pour étoffer l’offre variétale, rappelle Christophe Lécuyer. Il faut que les obtenteurs qui veulent s’inscrire dans la filière des céréales à paille aient en tête que ce qu’ils vont développer devra en partie être adapté à l’agriculture bio. »

Des freins à la production de semences sur d’autres espèces

Selon les échéances fixées par l’Inao (voir l’infographie ci-dessus), la féverole ou encore le pois protéagineux doivent passer « hors dérogation » en 2025. « Nous ne sommes pas très optimistes pour les protéagineux, indique Jérôme Fillon. Les taux de germination varient très fortement d’une année à l’autre. C’est un critère qu’on a du mal à maîtriser. »

Pour certaines espèces, l’Inao n’a d’ailleurs pas fixé de calendrier, en lien avec les difficultés à les multiplier. « C’est le cas du colza, peu cultivé en bio et qui a peu d’offres », illustre Christophe Lécuyer.

« En potagères, il faut des variétés adaptées localement, pour des marchés particuliers, ajoute Mathieu Conseil. Les contraintes de productions maraîchères sont telles que le retour sur investissement pour un semencier est compliqué. »

À cela s’ajoute des difficultés techniques de production, comme la maîtrise des ravageurs. « Une semence de céréales qui ne répond pas aux critères de qualité peut être déclassée en consommation. Sur les espèces potagères ou fourragères, il n’y a pas cette porte de sortie », explique Laura Brun.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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