« Je cultive environ quatre-vingts hectares sur l'aire d'alimentation du captage d'Oursbelille, témoigne Jean-Pierre Fortuna, maïsiculteur tout près de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. En m'engageant en 2009 dans des mesures agroenvironnementales (MAE) pour sa protection, je montre ma volonté de faire des efforts pour améliorer la qualité de l'eau. »

Le captage d'Oursbelille, qui alimente vingt-six communes, soit 11.000 habitants, fait partie des 507 captages définis comme prioritaires à la suite du Grenelle de l'environnement.

Trois périmètres de protection sont définis autour de ce captage :

- l'immédiat, qui appartient au Syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable de Tarbes-Nord,

- le rapproché, sur 22 ha, qui, à partir de juillet 2010, sera en herbe,

- et enfin l'éloigné, sur 86 ha, où Jean-Pierre cultive 5 ha.

90 arbres

• Pour l'entretien manuel de 90 arbres isolés ou en alignement, une aide de 17 €/an/arbre est versée, soit 1.530 €/an, pendant cinq ans.

Jean-Pierre Fortuna aurait souhaité en engager davantage mais en additionnant les aides des deux MAE, le plafond était déjà atteint.

L'objectif de cette MAE est de préserver les zones d'alimentation et les zones refuges des animaux.

Comme pour la MAE « réduction des doses d'herbicides », un cahier d'enregistrement des interventions doit être tenu par l'agriculteur en cas de contrôle.

La MAE « réduction des doses d'herbicides » concerne les périmètres de protection « rapproché » et « éloigné » ainsi que la zone d'alimentation sur 482 ha au total (une dizaine d'exploitants sont concernés).

« Sur les 80 ha éligibles de mon exploitation, je n'ai pu contracter que 66,42 ha pour cette MAE et 90 arbres pour la MAE “entretien manuel des arbres” (lire l'encadré) car j'atteignais le plafond des aides de 7.600 €/an », regrette Jean-Pierre.

Pour la première mesure, le montant des aides s'élève à 87 €/ha/an, soit près de 5.800 €/an, auxquels s'ajoutent 96 €/an pour le diagnostic et 180 €/an pour suivre deux formations sur la protection intégrée et le raisonnement des pratiques phyto.

« Un diagnostic des pratiques de désherbage dit “Bilan phyto annuel” doit être réalisé tous les ans par la chambre d'agriculture des Hautes-Pyrénées, précise Christelle Droguet, conseillère en environnement à la chambre. Il s'agit d'un état des lieux, pour chaque parcelle, des herbicides et des doses utilisés afin de calculer l'indice de fréquence de traitement (IFT) et de suivre l'évolution sur cinq ans. Il permet de s'assurer que le cahier des charges est bien respecté pour l'année écoulée et de préparer le programme de désherbage pour la campagne suivante, en collaboration avec les organismes économiques du secteur. »

Large spectre à l'essai

En 2009, chez Jean-Pierre Fortuna, en traitant avec Harness microtech à 5 l/ha, Callisto à 0,6 l/ha et Diphar à 0,6 l/ha sur 60 % de la surface, l'IFT était de 2. L'objectif pour 2010 est d'atteindre un IFT de 1,3, soit 20 % de moins que l'IFT moyen du territoire, de 1,63 (lire l'infographie ci-dessus).

« Le programme de désherbage a été différencié selon les parcelles, note l'agriculteur. Pour 58,31 ha, je vais appliquer un programme “tour de champ”, qui représente 40 % de la surface, avec un IFT de 1,6 (Harness, Callisto et Banvel), et un “intérieur de champ”, sur 60 % de la surface, avec un IFT de 1,1, avec les mêmes produits, mais à moindre dose.

Sur les 8,11 ha restants, je baisse encore l'IFT à 1,099 en essayant le Camix, un herbicide à large spectre, avec toujours du Callisto et du Banvel. Mon IFT sera même, au final, sous le seuil de 1,30.

Sur le reste de mon exploitation, j'applique le même programme que le “tour de champ”, pour être sous la limite fixée dans le territoire. »

Même si toute l'exploitation n'est pas engagée, la MAE oblige à respecter l'IFT de référence sur toutes les parcelles en grandes cultures non engagées.

Pour diminuer encore les années suivantes – de 25 %, de 30 % puis de 40 % – et pour remplacer le Diphar qui sera interdit pour la campagne prochaine, Jean-Pierre Fortuna a quelques pistes :

- le désherbage localisé,

- l'utilisation de la bineuse,

- la diminution des doses en postlevée

- et la culture du chanvre, qui ne nécessite pas de désherbage.

« Je vais l'introduire dès cette année sur 5 ha avec Agrofibre, la filiale de la coopérative Euralis, et je vais certainement augmenter la surface les prochaines années », précise l'agriculteur.

Investissement favorisé

« Grâce au plan végétal environnement (PVE) que j'ai souscrit à la fin de 2008, j'ai investi dans une désherbineuse localisatrice d'engrais, signale l'agriculteur. Pour une valeur totale de 28.000 euros, j'ai eu 40 % d'aides. »

Cette année, l'agriculteur voulait même tester un désherbinage sur 20 cm autour du rang et passer un désherbant total, à moindre dose, sur l'interrang.

« Je veux voir si le désherbinage uniquement sur l'interrang aura un impact sur le maïs ou pas. Si cela fonctionne, je pourrai réduire fortement mon IFT ! Mais, sinon, je ne prendrai pas le risque qu'il y ait de l'herbe dans mes parcelles, même un peu, car le rendement s'en ressentirait directement ! Cette réduction des doses d'herbicides me fait prendre des risques qu'il faut que je compense avec plus d'observations », admet-t-il.

D'un point de vue économique, Jean-Pierre estime que le programme 2010 devrait occasionner une hausse du coût de 7 à 8 €/ha par rapport au classique.

« Ce n'est pas beaucoup plus cher mais, pour les autres campagnes, le coût risque de fortement augmenter avec la hausse du nombre de passages, notamment de la bineuse ! »

Qualité et volumes : les échéances approchent

Le Grenelle de l'environnement a fixé l'objectif de 100 % des masses d'eau en bon état écologique à terme, dont les deux tiers en 2015 et 90 % en 2021. Concernant les captages, 507 parmi les plus menacés par les pollutions diffuses, notamment les nitrates et les phytos, ont été définis et doivent être protégés d'ici 2012. Pour répondre à cet objectif et pour protéger les espaces agricoles à fort enjeu environnemental, la loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 a instauré un outil juridique : les zones soumises aux contraintes environnementales (ZSCE).

Cette même loi a introduit la notion de gestion collective de l'irrigation. A partir du 1er janvier 2011, plus aucune autorisation temporaire de prélèvement ne sera délivrée en zone de répartition des eaux (ZRE), celle où le déséquilibre prélèvements/ressources est chronique. La profession doit donc se fédérer en organisme unique qui déposera auprès du préfet une demande d'autorisation pluriannuelle de prélèvements pour l'irrigation et le plan de répartition entre les irrigants. Mais la définition des volumes prélevables, étape préalable, pose problème sur le terrain : des baisses de volume jusqu'à 100 % sont prévues sur certains bassins versants, ce qui pourrait menacer fortement la viabilité des exploitations. 

par Sébastien Chopin, Bérangère Lafeuille, Corinne Le Gall, Nicolas Levillain, Florence Mélix, Vincent Thècle et Cécile Vinson (publié le 7 mai 2010)