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Dossier « Je produis de la vie dans mes vergers »

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« Il y a encore cinq ans j’avais des doutes mais, petit à petit, j‘ai observé qu’avec un sol vivant et ces aménagements, les arbres étaient en meilleure santé et passaient mieux les crises », explique Pascal Pineau. © C. Fricotté

Les haies et les bandes enherbées mises en place par Pascal Pineau à l’intérieur et autour de ses parcelles favorisent la biodiversité et sont un appui face aux bioagresseurs et aux aléas climatiques.

Pascal Pineau est arboriculteur à Saint-Pierre-Montlimart (Maine-et-Loire). Il est engagé depuis 2005 pour ses pommiers et poiriers en agroécologie. Il est aussi partenaire de « Pour une agriculture du vivant » (PADV) depuis quelques temps. « Le sol et la plante, c’est notre duo gagnant ! Favoriser la vie dans nos vergers permet de résoudre des problèmes mais il faut faciliter l’activité biologique des sols et installer des aménagements favorables à la biodiversité », informe-t-il.

C’est pourquoi son groupement de producteurs, Pom’Evasion, a fait appel à l’entomologiste Johanna Villenave-Chasset en 2016. Cette dernière réalise des inventaires mensuels sur les structures des arboriculteurs, puis les oriente quant aux agencements possibles pour favoriser tel ou tel auxiliaire en fonction des problématiques. « L’objectif n’est pas de faire des lâchers d’insectes mais d’être autonome et producteur de biodiversité », complète Pascal.

15 km de haies créés

Ce dernier avait déjà mis en place des haies (1 km) dans ses vergers ainsi qu’en périphérie (15 km depuis 2017 ajoutés aux 38 km de haies et bordures de bois existants). Il avait aussi semé des mélanges d’espèces (légumineuses, céréales, crucifères…) dans l’interrang. « Même si nous observions des auxiliaires, nous souhaitions valider nos choix, avoir une idée de l’impact de nos pratiques, et savoir comment favoriser davantage ceux qui nous intéressent le plus, explique Pascal. Johanna a confirmé que j’étais sur la bonne voie et que je peux généraliser les haies bocagères (composées de plus d’une dizaine d’essences) au sein des parcelles tous les 200 m. »

Le semis des interrangs, fait au striptill ou en semis direct, est réalisé en plusieurs fois (printemps, été, automne) pour garder le gîte et le couvert pour les auxiliaires. Même logique quand il faut recéper les haies.

Prise de risque

« En cas de traitement, si les auxiliaires ont des abris et à manger, l’impact est souvent moindre. Mais on n’a surtout plus besoin d’intervenir systématiquement (lire l’encadré). Je prends un peu plus de risque et je suis plus lent à la détente pour procéder à une éventuelle intervention, ajoute-t-il. Grâce aux relevés de l’entomologiste, je sais, par exemple, que les chrysopes et les syrphes sont actifs. Si les conditions météo sont favorables, elles vont forcément agir. »

Par ailleurs, Pascal se passe désormais des herbicides. Comme il souhaite avoir une couverture des sols, il sème au pied des arbres du lin et de la vesce. Si, au fil du temps, orties ou ronces apparaissent, il retravaille ces zones en surface et resseme à la volée.

« Il y a davantage de vie dans le verger, cela donne du sens à notre métier. Mais ces aménagements ont un coût, de 500 à 600 €/ha/an, soit 7 à 10 centimes de plus par kilo de pomme. Nous réfléchissons avec PADV afin de revaloriser le prix de nos fruits », conclut Pascal Pineau.

Moins d’insecticides

L’ensemble des aménagements présents chez Pascal Pineau conduit à une amélioration globale en termes de traitements phytosanitaires. Ainsi, il n’intervient plus contre les acariens rouges, qui sont régulés par Typhlodrome pyri et surtout par des punaises (Heterotoma, Orius), qui avaient auparavant du mal à rester sur place. Le puceron cendré arrive tôt et n’a pas beaucoup de prédateurs : sans la chimie en bio comme en conventionnel, il n’est pas possible de s’en débarrasser. En revanche, il n’y a plus de passage contre les pucerons lanigères après floraison, car les auxiliaires (Aphelinus mali et des généralistes comme les syrphes et chrysopes) sont désormais présents. Il a aussi réduit les traitements contre le carpocapse, les tordeuses…, car l’organisation des haies permet d’attirer les chauves-souris et des oiseaux, notamment les mésanges, favorisées par l’installation de nichoirs (photo).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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