Quel constat peut-on dresser sur l’état des sols français ?

Les sols sont fatigués. Le constat est plus ou moins alarmant selon les régions et les systèmes de culture mais, dans l’ensemble, il y a un manque de matière organique et de vie microbienne dans les sols, ce qui altère leur fertilité. Ils ont souvent une structure dégradée, dans laquelle il existe un manque de porosité ou des zones de compaction qui ont été engendrées par du travail du sol, des conditions d’intervention non adéquates ou des engins trop lourds.

Le mode de production adopté après la seconde guerre mondiale, qui a permis de répondre aux besoins de l’époque, est à bout de souffle : les rendements stagnent et les coûts de production augmentent. Aujourd’hui, nous sommes au pied du mur, et nous réalisons que les nombreux problèmes que nous rencontrons sont liés à la perte de fertilité de nos sols.

Comment améliorer leur qualité ?

L’agriculture de conservation des sols (ACS) repose sur trois piliers : la couverture permanente, une perturbation minimale et la diversification des cultures. Et pour aller plus loin, il y a l’agriculture de régénération, qui consiste à réintroduire l’élevage ou des matières organiques exogènes dans les systèmes.

Pour y aller par étapes et sécuriser les systèmes en transition, le premier élément à introduire est le couvert végétal. Quel que soit le système de culture, il représente la porte d’entrée pour relancer la fertilité. Le sol doit être travaillé au maximum par les racines des plantes pour remplacer le travail des outils. Les couverts végétaux ont souvent été vus comme une contrainte réglementaire, alors que ce sont de véritables opportunités et de réels atouts dans les systèmes de culture s’ils sont correctement choisis et maîtrisés.

Comment accompagner les agriculteurs ?

L’accompagnement se fera par la mise en réseau de différents acteurs tout en gardant en tête que le pilotage des actions doit venir du terrain, c’est-à-dire des agriculteurs. Ces derniers ont créé des associations, telles que l’Apad ou Base, qui proposent des journées techniques pour diffuser de l’information et fédérer ceux qui pratiquent l’agriculture de conservation.

Nous constatons également que les autres structures du secteur, que ce soit les chambres d’agricultures, les coopératives, les négoces, le secteur agro-alimentaire ou la recherche, s’intéressent et s’orientent vers l’ACS. Cela vient également du fait que cette agriculture représente une réponse à de nombreux enjeux auxquels nous sommes confrontés, à la fois d’un point de vue économique, environnemental ou sociétal.

La conservation des sols est-elle prise en compte dans les politiques agricoles ?

Le sujet est de plus en plus souvent évoqué, notamment à Bruxelles, mais les mesures proposées ne sont pas toujours adaptées. Une idée serait de rémunérer les pratiques agricoles en se basant sur des résultats. Ces derniers se rapportent aussi bien à la fertilité du sol qu’aux matières premières que nous produisons.

Concernant les sols, les indicateurs pourraient être le taux de carbone stocké, la quantité et la qualité de la matière organique, l’activité biologique. Pour les grains, c’est leur qualité nutritionnelle et l’absence de pesticides (d’origine synthétique ou naturelle) qui serviraient d’indicateur. Grâce à cela, nous éviterions d’opposer les agricultures bio et conventionnelles, puisque seuls les résultats seraient récompensés et non pas la manière d’y arriver.

(1) www.hums.fr