La France agricole: Quelle est la nouveauté en 2007 pour les agricultrices?

Karen Serres: Les femmes qui attendent un troisième enfant et celles qui font face à une naissance multiple pourront se faire remplacer 26 semaines et non plus 16 semaines. Cela vient d'être inscrit dans la loi de financement de la sécurité sociale. Cette avancée demandée par notre syndicat permet aux agricultrices d'être traitées commes les salariées, au moins pour la durée de ce remplacement.

La France agricole: Etes-vous satisfaite des statuts disponibles pour les agricultrices?

Karen Serres: Elles disposent d'une bonne palette de statuts. Malgré cela, de nombreuses femmes sont encore sans statut sur les exploitations. Certaines y renoncent parce que cela «coûte», surtout les plus jeunes. Se pose-t-on cette question pour les agriculteurs? Peut-être devrions-nous copier la Belgique : depuis un an, les épouses ont automatiquement le statut. Pour y renoncer, elles doivent en faire la démarche.

La France agricole: Pourquoi mettre l'accent sur le contrat de mariage?

Karen Serres: La plupart des exploitations proviennent d'un bien familial. Le plus souvent, l'agricultrice apporte une plus-value par son travail sur l'exploitation issue de la famille de son mari, donc sur un bien propre du mari.

Or, une maison construite sur un terrain appartenant au mari lui revient en cas de divorce. Certes, il verse une compensation à son épouse. Mais mieux vaut veiller à ce que tout soit le plus clair possible pour éviter les mauvaises surprises en cas de pépin, divorce ou décès. Nous allons entreprendre la tournée des départements pour parler du statut et sensibiliser les agricultrices sur les conséquences des différents choix de régime matrimonial.

La France agricole: Que reprochez-vous à la répartition des aides Pac?

Karen Serres: Quand une femme s'installe avec son époux, en particulier au sein des EARL, elle n'a pas accès au même mode de répartition des aides. Pour la répartition des droits à produire relevant du premier pilier de la Pac, la décision dépend de l'arbitrage départemental. Certains départements, comme l'Ille-et-Vilaine, appliquent la règle de stricte égalité pour tous les exploitants, homme ou femme, en EARL, en Gaec ou en individuel. D'autres départements la refusent. Quant aux aides du deuxième pilier, elles sont plafonnées à l'entreprise et non au nombre d'actifs de l'EARL. C'est inacceptable.

La France agricole: Ce qui ne va pas relève-t-il seulement de la loi?

Karen Serres: Non. Il ne suffit pas d'avoir des droits. Il faut encore parfois, lorsqu'on est une femme, s'imposer pour les faire respecter, surtout avec l'augmentation de la pression foncière ou lorsqu'il faut partager les aides. Nous encourageons les femmes à se faire élire, à occuper les mandats .

Certaines jeunes installées ont témoigné, lors de notre assemblée générale du jeudi 13 décembre, du mauvais accueil qui leur a été réservé. Si nous faisons tous des efforts vers davantage d'équité pour les futures agricultrices, cela contribuera à améliorer l'image du monde agricole. Et cela fera peut-être reculer le célibat en agriculture!

Propos recueillis par Marie-Gabrielle Miossec (publié le 21 décembre 2007)