Charolais France

« Face aux événements climatiques, aussi brutaux soient-ils, une grande partie du travail vient des éleveurs, dans la sélection de souches plus résilientes. La charolaise, qui bénéficie d’un important ancrage géographique, peut compter sur un réservoir génétique conséquent, dans lequel elle peut puiser pour s’adapter », note Hugues Pichard, président de Charolais France.

Gènes Diffusion

« Nous promouvons depuis de nombreuses années une génétique charolaise portée sur la précocité, permettant de faire du vêlage à deux ans. Ce levier zootechnique est une voie à explorer et à développer pour contrer le réchauffement climatique. C’est un moyen pour les éleveurs de réduire les intervalles d’improductivité des animaux et de faire face au déficit de fourrages », indique Sébastien Landemaine, responsable génétique races allaitantes chez Gènes Diffusion.

France Limousin Sélection

« Dans le cadre du projet Agatis (1), FLS cherche à identifier, en partenariat avec l’Inrae, l’Upra bovine et l’Institut agronomique néo-calédonien, des marqueurs génétiques de la résistance aux tiques. La Nouvelle-Calédonie se laisse jusqu’à fin 2021 pour collecter des données (comptage de tiques, longueur des poils). Si les résultats sont probants, FLS pourra les valoriser grâce à une proximité forte entre les lignées génétiques métropolitaines et néo-calédoniennes, l’idée étant d’aboutir à des tests génomiques », souligne, quant à lui, Julien Mante, responsable du suivi du programme de sélection chez France Limousin Sélection.

France Blonde d’Aquitaine

« Dans les zones intérieures du Sud-Ouest, les éleveurs composent avec les sécheresses d’été depuis longtemps. La blonde d’Aquitaine a su prouver sa capacité à supporter la chaleur, notamment dans les zones tropicales. Pour autant, nous devons amener notre génétique vers une meilleure efficacité alimentaire. L’OS et Bovins croissance 64 ont débuté un travail d’enregistrements sur les lignées de femelles les plus rustiques : celles qui transhument, habituées à la marche et à la valorisation des espaces herbagers. Si la phase d’engraissement est maîtrisée, ces animaux, bien que plus légers, peuvent exprimer tout le potentiel de la race », explique Lionel Giraudeau, directeur de France Blonde d’Aquitaine.

(1) Adaptation génétique animale tropicale innovation et sélection.

L’expert
« Vers la production d’index de sensibilité à la chaleur » Didier boichard, chercheur en génétique animale et en biologie intégrative à l’Inrae

« Repérer les bovins les plus tolérants à la chaleur est un projet ambitieux mais possible. La production de telles données implique un suivi régulier des performances de croissance et de reproduction. Si les bases nationales de Bovins croissance constituent déjà un bon apport, la mesure des phénotypes usuels des bovins allaitants nécessite des pesées à fréquence plus rapprochée, chose difficile à mettre en œuvre dans la pratique. A minima, il faudrait donc expérimenter la prise de température corporelle en continu grâce à des capteurs ou des caméras thermiques. Avec un nombre de phénotypes collectés suffisant (500 à 1 000 effectifs), il serait possible d’analyser la relation entre le phénotype et le génotype pour déterminer quel animal présente la meilleure tolérance à la chaleur.

L’exploration des bases Météo France nous permet déjà d’associer chaque élevage à ses conditions climatiques journalières, avec la production de dix indicateurs au total. Ces informations, reliées aux performances des animaux, nous permettront de travailler sur leur réponse génétique face au stress climatique. Les variations de production liées à la température ont-elles un déterminisme génétique ? Peut-on sélectionner des bovins plus résilients à la chaleur ? Les premiers résultats, attendus dans dix-huit mois, nous permettront certainement d’y répondre.

Dans une démarche d’anticipation, l’objectif est d’arriver à la production d’index de sensibilité à la chaleur, associés aux index de croissance dans le cas des bovins allaitants. Charge ensuite aux organismes de sélection de s’en emparer ou non. Ce qui est probable, c’est que l’adaptation à la chaleur ne soit pas en relation positive avec la productivité. Ce seront des modalités à prendre en considération dans la définition des objectifs de sélection de demain. »