Minisommaire

1.Avec d'autres parents, elle crée une garderie

Une prestation équivalente

2.Préparer les petits à la vie scolaire

Halte-garderie itinérante

3.Les parents gestionnaires des modes de garde

Financement en sursis

4.Un centre de vacances à l'origine d'une crèche

Des enfants gui gagnent en autonomie

1. Avec d'autres parents, elle crée une garderie

Caroline Langlois, agricultrice à Coullons (Loiret), s'est impliquée avec d'autres parents pour ouvrir une structure d'accueil.

Caroline Langlois, mère de trois jeunes enfants, Julien, 9 ans, Camille, 7 ans, et Louis, 4 ans, est une femme fort occupée. Elle exploite en Gaec, avec son mari et son frère, un élevage de 80 vaches laitières sur 204 hectares à Coullons (2 300 habitants) au nord de la Sologne. Sa maman, ancienne agricultrice, l'aide volontiers pour s'occuper des enfants, au moment de la traite notamment. Mais Caroline ne veut pas en abuser. «Je trouve gênant de toujours lui imposer mes enfants», avoue-t-elle.

Trois employés

Voilà pourquoi, il y a quelques années déjà, elle sollicite avec d'autres habitants du village la venue d'une halte-garderie itinérante gérée par l'association Familles rurales. Mais après quelques mois de fonctionnement et malgré un certain succès à Coullons, Familles rurales abandonne ce service. C'est alors que germe dans l'esprit de Caroline et de quelques autres usagers l'idée de créer une garderie fixe dans leur village. «C'est un service utile qui prépare les enfants à l'école et donne l'occasion aux parents de se rencontrer.»

Après trois années de recherche de financements, de démarches administratives et de travaux, le tout épaulé par Familles rurales (1), la halte-garderie «Haut comme trois pommes» ouvre en 2006. Présidée par Caroline, la structure emploie trois personnes pour une capacité d'accueil de quatorze enfants, âgés de 3 mois à 3 ans. Elle ouvre les lundis et vendredis matin, et les mardis et jeudis toute la journée.

Tarif accessible

Sur l'ensemble de l'année, 45 enfants fréquentent la garderie. « Avec un tarif horaire de 0,30 à 1 € par heure grâce au soutien de la MSA, la structure est accessible aussi aux parents en difficulté financière », précise Caroline. Huit places sont réservées au mois pour des enfants qui fréquentent la garderie quotidiennement. C'est le cas d'Alexia, 7 mois, dont la maman est enseignante en lycée agricole et le papa exploitant. Six places restent libres pour du dépannage.

L'ouverture de la garderie a été un soulagement pour Caroline : « Lorsque j'amenais les deux grands à l'école, je déposais Louis à la halte-garderie pour la matinée », explique-t-elle. Maintenant que le petit bonhomme est scolarisé, la jeune femme a recours à la garderie pendant les vacances, notamment au moment des moissons. Et Louis ne se fait pas prier : « Les enfants font du bricolage, de la cuisine, de la peinture… Mon fils est tou- jours ravi d'y aller », raconte sa maman. Les autres jours, les trois frères et soeurs sont sur la ferme avec leurs parents.

(1) A lire : "L'accueil des jeunes enfants, un défi pour les territoires", édité par Familles rurales. Site: www.famillesrurales.org .

Une prestation équivalente

Depuis 2004, les agriculteurs bénéficient du même traitement que les parents dépendants du régime général pour le prix de la journée : toutes les Mutualités sociales agricoles (MSA) versent une prestation de service pour la petite enfance équivalente à celle de la Caisse d'allocations familiales (Caf). Les parents règlent un prix de journée complémentaire calculé en fonction de leur revenu. Sur les 20 millions d'euros que la MSA consacre à la petite enfance, 12 millions financent ces prestations de services. Autre action : dans 50 départements, la MSA participe aux «contrats enfance-jeunesse» aux côtés de la Caf pour aider les municipalités à développer l'existant.

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2. Préparer les petits à la vie scolaire

Dans le Loiret, une halte-garderie itinérante initie les jeunes enfants à la vie en groupe.

Le petit Mathis, 18 mois, est un habitué de la halte-garderie de Boiscommun (Loiret). Tous les mardis, il y est inscrit. Habituel- lement, ce sont ses mamies qui s'occupent de lui à tour de rôle. Ses deux parents travaillent.

«En septembre, lorsque je l'ai amené pour la première fois à la halte-garderie, ça ne lui a pas plu du tout. Maintenant, ça va beaucoup mieux. Il aime bien retrouver Claudine, la responsable du lieu. Elle les fait dessiner, réa- liser des collages. Ce que Mathis préfère par-dessus tout, c'est danser », explique Fatima, sa jeune grand-mère, qui vient le chercher à midi, ravie de cet accueil. « En septembre prochain, il devrait passer la journée entière à la garderie.»

Une salle dans chaque village

La halte-garderie de Mathis a quelque chose d'original : elle est itinérante. C'est-à-dire qu'elle tourne sur cinq petites communes du canton de Beaune-la-Rolande : Auxy (860 habitants), Lorcy (490), Nibelle (770), Boiscommun (1 060) et Beaune même (2 360). Une demi-journée pour les trois premières communes et une journée entière pour les deux autres.

Ce service a été créé en 2004 par la communauté de communes du Beaunois (CCB, qui rassemble dix-huit communes) pour permettre aux parents de sociabiliser leurs jeunes enfants avant l'arrivée à l'école. « Les élus ont souhaité une structure qui assure à la fois un service de proximité dans des locaux adaptés et une diversité des lieux d'accueil », explique Eliane Lepage, directrice générale des services. La CCB a donc financé des travaux de mise aux normes dans chaque salle mise à disposition par les communes. La CBB a équipé chaque lieu en mobilier spécifique. Et investi dans un utilitaire qui transporte de village en village les jeux, les lits, les transats… Deux personnes y travaillent à plein temps, épaulées par une stagiaire.

«Chaque salle peut accueillir jusqu'à douze enfants âgés de quelques mois à 3 ans », précise Brigitte Boury, responsable « petite enfance » à la CCB. La structure n'a toutefois pas la souplesse d'une halte-garderie de ville : « Nous demandons une préinscription car certains pôles se remplissent vite. Lorsqu'un lieu est au complet, nous orientons les parents vers une autre commune proche de chez eux », ajoute-t-elle.

Des familles travaillant à Orléans, voire en région parisienne, s'ins- tallent toujours plus nombreuses dans le canton de Beaune-la- Rolande. Leurs besoins en mode de garde des jeunes enfants sont importants. Pour y répondre, le canton propose, en plus de la halte-garderie itinérante, des accueils périscolaires dans chaque école, un centre de loisirs pour les mercredis et petites vacances et un relais assistantes maternelles. Une chance aussi pour les locaux.

50.000 €/an de salaires

Pour investir dans sa halte-garderie itinérante, la CCB a bénéficié de fonds importants de la Caf, dans le cadre du programme national. En revanche, les frais de fonctionnement sont à sa charge. Ils s'élèvent à 50 000 €/an pour les salaires des deux animatrices et d'une personne chargée à temps plein du suivi administratif (états de présence, facturation aux familles…). Les familles payent entre 0,30 et 3,40 €/h en fonction de leur quotient familial (les réductions sont compensées par une aide de la Caf ou de la MSA).

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3. Les parents gestionnaires des modes de garde

Pour pallier l'absence de structures de garde, des familles des Hautes-Alpes se sont constituées en association, créant ainsi crèches, halte-garderie, centre de loisirs…

Ce jour-là, Estelle Balmes accompagne son fils de 4 ans à une sortie organisée par le centre de loisirs sans hébergement de Serres (Hautes-Alpes). «Je l'ai inscrit quinze jours pour les vacances scolaires de juillet.» Comme les autres parents du centre, son implication ne se limite pas à jouer les renforts en extérieur. « Nous participons à la gestion de la structure, souligne-t-elle. Nous employons et recrutons le personnel salarié, nous participons au choix des projets éducatifs…»

L'Ile aux enfants, pôle « multiaccueil » a été créé par une association de parents. «Il a vu le jour en 1991, avec la mise en place d'une crèche halte-garderie », indique Geneviève Delbard, sa directrice. La structure a grandi. Elle comprend désormais un accueil enfants-parents, un relais d'assistantes maternelles, un jardin intergénérations et un centre de loisirs. Ce dernier, d'une vingtaine de places, est ouvert durant toutes les vacances scolaires. Tarif: 9 € la journée. « En hiver, nous accompagnons certains enfants à l'école et nous les récupérons à la sortie.»

Seize associations dans le département

Autre originalité, la crèche ne ferme pas l'été. Elle accueille les enfants de ceux qui effectuent un travail saisonnier. Destiné aux petits de 2 à 6 ans, le pôle rayonne sur plusieurs communes, la plus éloignée se situant à une tren- taine de kilomètres. Soixante-dix familles y adhèrent. Il s'inscrit dans le cadre du contrat enfance signé entre la Caf et la communauté de communes du Serrois. Cinq familles relèvent de la MSA, qui finance à parité.

Dans les Hautes-Alpes, on recense seize associations de ce type. « Elles ont été constituées par des parents soucieux de se mêler à la vie de leurs enfants en dehors de la famille, mais également pour faire face à l'absence de structures d'accueil dans leurs villages », expose Catherine Reignier, coor- dinatrice petite enfance au sein d'Alpaje, association qui accompagne les parents dans la réa- lisation de ces projets.

«Dans notre département, les services de la Protection maternelle infantile (PMI) ont favorisé l'émergence de ces structures, qui correspondent bien à nos territoires peu peuplés », poursuit-elle. Il s'en crée une à deux par an. Elles ont favorisé le maintien des populations en milieu rural.» Leur mobili- sation a parfois empêché la fermeture d'écoles. De leur expérience, les parents conservent souvent la fibre « associative». On les retrouve ensuite dans les associations de parents d'élèves, voire à des postes d'élus dans les conseils municipaux.

Financement en sursis

Les associations à gestion parentale sont financées à 50 % par les familles et la Caf. La MSA participe à parité pour ses adhérents. Les 50% restants sont versés par les collectivités territoriales. A l'intérieur de cette seconde moitié, l'Etat participe à hauteur de 15 % via les contrats aidés.

Problème, les personnes qui peuvent bénéficier de ces contrats ont rarement la formation exigée pour travailler au contact des enfants. « Nous avons de plus en plus de mal à les pourvoir », déplore Catherine Reignier, coordinatrice petite enfance à l'association Alpaje. Les associations sont donc obligées de solliciter davantage les mairies. Or la participation de la Caf accordée aux municipalités dans le cadre des contrats «enfance» est passée de 75 à 55%. Et encore, pour atteindre ce quota, les lieux d'accueil doivent justifier d'un taux d'occupation de 70% par an. Or, en milieu rural, il n'est pas toujours atteint du fait de la faible présence d'enfants dans certains créneaux horaires.

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4. Un centre de vacances à l'origine d'une crèche

En Vendée, une association de parents, épaulée par la mairie, a maintenu ouverte la garderie du centre de vacances.

Des parents souhaitaient des moyens d'accueil pour leurs enfants. Les élus municipaux réfléchissaient à la création d'un tel équipement. Le centre de vacances installé dans la commune abritait lui-même une garderie qui ne fonctionnait que quatre mois par an et ses salariées auraient aimé que leurs emplois perdurent tout au long de l'année. C'est ainsi qu'est née la crèche des Moussaillons du Payré, à Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée.

Les parents demandeurs se sont d'abord organisés en association tandis que la mairie évaluait les besoins avant de réaliser l'équipement. C'était en 2000. « L'étude a montré qu'il y avait une vraie demande en matière de garde de jeunes enfants, reconnaît Jean Charrier, adjoint au maire chargé des affaires sociales. Mais le projet d'une collectivité, c'est toujours très long avant sa réalisation. » Dans le même temps, Céline Chiffoleau, alors éducatrice au club enfant de la résidence Pierre et vacances de la commune, regrettait que les locaux ne servent à rien en dehors de la saison des vacances. « Je n'avais pas de travail en hiver et je savais que des mamans cherchaient une garderie… »

Un multiaccueil

«Nous nous sommes mis autour d'une table avec des techniciens de la Caf», se souvient Jean Charrier. La commune ne pouvant pas gérer les locaux privés d'une halte-garderie, un compromis a été trouvé: l'association des parents en a eu la responsabilité. « On louait les locaux meublés avec les jouets», raconte Céline Chiffoleau. Son équipe poursuivait son travail l'été en changeant simplement d'employeur. En janvier dernier, le multiaccueil prévu par la mairie de Talmont-Saint-Hilaire a ouvert ses portes, avec la même équipe d'éducatrices, puéricultrices et infirmière, avec le soutien de l'association des parents, mais désormais sous gestion municipale.

Des douze places proposées à la résidence de vacances, on est passé à trente places, alors que les besoins exprimés étaient de vingt-quatre places « Nous avons fait ce choix en comptant que le multiaccueil ferait le plein au bout d'un an ou deux », indique Jean Charrier. Quatre mois après l'ouverture, il affichait déjà complet…

Des enfants qui gagnent en autonomie

Petits, les deux aînés d'Annie Devineau ont été gardés par leurs grands-parents. Quand la petite dernière, Alicia, est arrivée dans la famille, la halte-garderie des Moussaillons du Payré était en place. A cinq minutes de l'exploitation ! Annie a donc décidé d'y laisser sa fille. Agricultrice à la tête d'un atelier de canes reproductrices, Annie organise son travail en fonction des passages de sa fille au multiaccueil. « Je sais que les jeudis et vendredis, je suis libre. J'en profite pour prendre mes rendez-vous professionnels. » Et quand le besoin s'en fait sentir, Annie Devineau laisse Alicia ponctuellement en annonçant sa venue à l'avance. « Aux Moussaillons, Alicia apprend des choses qui la rendent plus autonome. » Annie Devineau raconte qu'elle « s'est fait rouspéter » par sa fillette car elle avait oublié de lui enlever ses chaussettes pour la sieste. « A la fin du repas, elle range ses couverts dans le lave-vaisselle. Et elle prend l'éponge pour nettoyer la table. C'est ici qu'elle l'a appris… » En septembre prochain, Alicia fera ses premiers pas à l'école. Mais seulement à mi-temps, l'autre moitié de la semaine se passant au multiaccueil. «Je ne suis pas inquiète pour son entrée en classe, souligne sa maman. Elle a l'habitude d'avoir d'autres enfants autour d'elle.»

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par Juliette Talpin, Myriam Guillemaud, Chantal Sarrazin, Marie-Gabrielle Miossec (publié le 10 août 2007)