1. Inauguration. L'installation des frères Beets a été officiellement inaugurée le 19 juin 2009. Elle fonctionne depuis décembre dernier.

2. Digestion. Le digesteur (en bordeaux) est alimenté en substrats solides par la trémie incorporatrice. Les lisiers de bovins et de porcins y arrivent par des canalisations. Une fois digérés, tous ces intrants aboutissent dans la fosse de stockage (en blanc).

3. Transformé. Le méthane produit est converti en électricité et en chaleur par un moteur dual fioul de 150 kW électriques.

« Notre installation de biométhanisation sécurisera les revenus du Gaec pendant au moins quinze ans. » Selon les frères Beets, tous les cinq associés au sein d'une société agricole à Saint-Germain-des-Prés (Loiret), la contractualisation de vente d'électricité à EDF assure des recettes sûres pour leur entreprise.

« Les prix des produits agricoles traditionnels fluctuent sans cesse. Les revenus issus de notre nouvelle activité atténueront l'instabilité de nos profits », argumente Pascal Beets.

Autonome en intrants

L'installation du Gaec fonctionne depuis le 18 décembre 2008. Elle produit électricité et chaleur à plein régime depuis le mois de mars 2009. Les associés avaient commencé les démarches administratives, techniques et financières deux ans plus tôt. Outre une diversification rentable des revenus, ils souhaitent une installation autonome en intrants.

« La sécurité d'approvisionnement constitue la clé de voûte du projet, explique Sylvain Beets. Nous valorisons les effluents de nos 175 vaches laitières et de nos 160 truies mères en les méthanisant. Nous incorporons aussi du sorgho et de l'herbe ensilés. »

Cette ressource fourragère n'empiète pas sur la production de denrées alimentaires. « Le sorgho est semé en dérobé et l'herbe vient de jachères difficiles à cultiver, détaille l'associé. Ces intrants végétaux portent la capacité de production à 150 kW électriques. »

Le Gaec ne veut pas dépendre des industries agroalimentaires pour approvisionner son méthaniseur. Les intrants exogènes (des déchets de légumes) ne représentent que 4 % des substrats. L'installation, conçue et mise en place par Agrikomp, comprend un digesteur et une fosse de stockage. Les matières organiques liquides (lisiers de bovins et de porcins) parviennent au digesteur par un réseau de canalisations.

Les substrats solides sont chargés dans une trémie incorporatrice à fond poussant. Un agitateur à pales et un agitateur immergé de 15 kW chacun brassent le mélange. Les matières digérées aboutissent à une fosse de stockage. Le biogaz récolté alimente un moteur Scania placé dans un local technique. Il produit 1.100.000 kWh électriques et 1.000.000 kWh thermiques par an.

Rentable oui, mais...

La chaleur récupérée chauffe la porcherie et deux habitations. Toute l'énergie thermique n'étant pas exploitée, le Gaec projette de la valoriser davantage en créant une activité de séchage.

« Nous avons dimensionné notre installation de façon à valoriser plus de 75 % de l'énergie produite, explique Sylvain Beets. Nous bénéficions ainsi du bonus de 3 c/kWh, en plus des 11,44 c/kWh payés par EDF. »

Et l'énergiculteur d'approfondir l'aspect économique : « L'investissement s'élève à 850.000 €. Les recettes annuelles représenteront 156.000 €. Nous attendons un retour sur investissement dans sept ans. » Le conseil général du Loiret, le conseil régional du Centre et le Feder ont accordé une aide de 200.000 €.

« Compte tenu du tarif actuel de vente de l'électricité issue de la biométhanisation à EDF, le projet n'aurait pas été suffisamment rentable sans cette subvention », tient à préciser Sylvain Beets.

Néanmoins, les économies de chauffage, estimées à 9.000 €/an, et d'engrais permises par l'épandage du digestat, évaluées à 10.000 €/an, sont à ajouter aux bénéfices de l'atelier méthanisation.

« Le bénéfice est aussi environnemental, se félicite l'associé. La méthanisation de nos effluents d'élevage réduit de moitié les émissions de gaz à effet de serre. » Selon Agrikomp, le procédé immobilise 3.000 tonnes-équivalent CO2/an.

 

Digestat : séparation de phases

Avant maïs et sur blé, seule la phase liquide du digestat est épandue. Obtenue grâce à un séparateur de phases, elle est diffusée avec un équipement d'irrigation.

Les phases liquides et solides restent liées pour l'épandage avant colza.

La région Centre s'enflamme pour le biogaz

Quatorze : c'est le nombre de projets de méthanisation à la ferme sélectionnés en région Centre dans le cadre de l'appel à projets du plan de performance énergétique des exploitations agricoles. En plus de cette aide de l'Etat, la région mène une politique basée sur trois axes. Elle consacre 58 000 e pour sensibiliser les acteurs concernés par la biométhanisation. En 2009, 100 000 e seront accordés afin de financer des études de faisabilité. Fortes d'une enveloppe de 20 000 e, la région et l'Ademe ont lancé un appel à projets pour accompagner trois à quatre installations jugées « innovantes ». Le Feder, le réseau des chambres d'agriculture, la Caisse des dépôts et le Crédit agricole sont associés à ce plan d'actions.

par Nicolas Levillain (publié le 10 juillet 2009)