L'analyse de terre n'est pas le seul outil de raisonnement de la fertilisation en phosphore (P) et potasse (K). Afin de garantir une alimentation non limitante des cultures, quatre critères d'observation, définis par le Comifer (1), sont à prendre en compte avant d'appliquer l'engrais: l'exigence de la culture, la teneur du sol en éléments assimilables, le passé récent de la fertilisation, et la gestion des résidus du précédent.

Dans quel cas faut-il réduire les apports en P ou K (ou les deux), voire pratiquer l'impasse? Lorsque la culture est faiblement ou moyennement exigeante, lorsque le sol est suffisamment pourvu en ces deux éléments, lorsqu'au moins un apport d'engrais a été effectué au cours des deux dernières années et enfin quand les résidus de culture ont été enfouis. En effet, lorsqu'une espèce est cultivée pour ses graines (blé, maïs, colza, tournesol...), l'essentiel du phosphore prélevé par la culture est présent dans le grain et donc exporté. En revanche, la plus grande partie du potassium (de 80 à 90%) se retrouve à la récolte dans les tiges et les feuilles, sous une forme très soluble. La restitution des résidus de récolte du précédent équivaut donc à un apport important de K2O (un blé de 80 q/ha restitue par exemple environ 150 unités de K2O par hectare par les pailles et les chaumes). «Une impasse de fertilisation P ou K pendant un ou deux ans n'est pas pénalisante pour la teneur du sol», assure Christine Le Souder, d'Arvalis-Institut du végétal. La baisse des teneurs engendrée par l'impasse est généralement lente. Elle est toutefois d'autant plus rapide que la teneur initiale du sol était élevée.»

Pas de conséquences sur la teneur du sol

Mais, au-delà des deux ans d'impasse, la disponibilité des éléments P et K dans le sol peut ne plus garantir une alimentation non limitante des cultures, même peu exigeantes. Christine Le Souder conseille alors de réaliser les apports au plus près des besoins de la culture, c'est-à-dire juste avant le semis, sans mélanger l'engrais au labour.

Sur le terrain, aucune impasse n'est préconisée sur betterave, pomme de terre, colza ou pois, sauf dans le cas où le sol est fortement pourvu en ces éléments.

En revanche, pour les céréales, l'impasse est justifiée, d'autant plus si elles sont implantées après des cultures exigeantes qui permettent de bloquer l'engrais pendant deux à trois ans. «Il y a plus d'impasse possible sur la potasse que sur le phosphore qui, lui, peut rétrograder et devenir non assimilable, notamment dans les sols calcaires», précise Max Chaffaut de la chambre d'agriculture de la Marne.

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(1) Comité français d'étude et de développement de la fertilisation raisonnée.

Des espèces plus ou moins exigeantes

Phosphore: la betterave, la pomme de terre, le colza, le pois et la luzerne sont très exigeants (c'est-à-dire sensibles à l'absence d'apport régulier), tandis que le blé dur, le maïs fourrage, l'orge et le ray-grass le sont moyennement. Le blé tendre, le maïs grain, le soja et le tournesol le sont très peu.

Potasse: la betterave et la pomme de terre sont également très exigeantes à l'inverse des céréales. Le colza, la luzerne, le maïs, le pois, le soja et le tournesol le sont moyennement.

Il ne faut pas confondre exigence et besoin: une culture absorbant une grande quantité d'un élément ne présente pas forcément une exigence élevée pour ce dernier. Par exemple, une céréale peut absorber 300 kg/ha de K2O et reste pourtant peu sensible à l'impasse de K2O.

Prendre en compte les effluents d'élevage

Les fumiers, lisiers et fientes apportent une quantité importante de P2O5 et de K2O, qu'il faut intégrer dans le calcul de fumure. Si la totalité du potassium contenu dans le produit est à prendre en compte, le phosphore des engrais organiques n'est, lui, pas toujours aussi efficace que celui des engrais solubles dans l'eau. Selon Arvalis-Institut du végétal, 50 t/ha de fumier de vache laitière apportent 175 unités de P2O5 par hectare et 400 u/ha de K2O. Dans de nombreux cas, cette fourniture couvre largement les besoins pour deux années.

par Isabelle Escoffier (publié le 17 octobre 2003)