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Dossier Export : s’adapter pour garder sa place

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Selon une étude de l’Inrae, le climat serait responsable de 30 % à 70 % de la stagnation des rendements du blé français depuis les années 1990. L’autre facteur principal est la baisse de la fourniture d’azote. © Claudius Thiriet

Alors qu’il doit faire avec la montée en puissance de la mer Noire et des prix de plus en plus volatiles, le marché français des céréales doit évoluer s’il souhaite conserver sa position à l’international.

Face à la montée en puissance des pays de la mer Noire sur les marchés, qui sont devenus les principaux concurrents sur l’export de blé français, l’Hexagone a-t-il encore une place à l’international ? Oui, assure François Gatel, directeur de France Export Céréales. « Quand on regarde les projections de la demande en 2050, il n’y a pas photo : il y aura besoin de tous les hectares et de toute la productivité dont on est capable pour répondre à la demande. » Par ailleurs, la qualité de la production française et sa régularité sont toujours des avantages à l’export. « Malgré son amélioration, la production de la zone mer Noire présente encore une certaine hétérogénéité, sur le plan qualitatif notamment. »

Maintenir la compétition

Toutefois, « on observe chez nous de plus en plus de conjonctions de phénomènes climatiques extrêmes », note François Gatel. Sur la dernière décennie, l’Hexagone a, par exemple, été marqué par de mauvaises récoltes en qualité et/ou en quantité en 2014, 2016 et 2020. « Pour le moment, on ne sait pas gérer ces situations car nous n’avons pas encore les itinéraires techniques et les variétés résilientes. Mais tout le monde travaille à retrouver de la robustesse, on ne désespère pas », assure-t-il.

Même en absence de promesse d’achat, « les pays structurellement importateurs comptent sur nous pour être présents sur les marchés, et maintenir ainsi la compétition sur les origines. Les conditions monopolistiques sont toujours très dangereuses, surtout avec des pays comme la Russie ou l’Ukraine par exemple, qui ont tôt fait de mettre en place des quotas ou des taxes à l’exportation ; une façon pour eux de déconnecter leurs marchés intérieurs du mondial et éviter l’inflation de l’alimentation. La France, et l’Europe de l’Ouest en général, ne sont pas adeptes de ce type de pratiques, qui peut être désastreux à l’international. »

Selon Thierry Pouch, économiste à l'APCA (1), « on a encore la possibilité de se maintenir sur le marché mondial, à condition de s’adapter en innovant et en travaillant à l'échelle de l’Union européenne ». L’objectif est notamment d’obtenir des variétés plus résistantes à la sécheresse ou aux nouvelles­ maladies. Dans certains des scénarios d'évolution qu’étudie FranceAgriMer, les progrès­ techniques, notamment dans le domaine des biotechnologies, compensent les conséquences du dérèglement climatique.

Thierry Pouch estime également que pour garder son rôle d'exportateur, la France devrait faire du blé un outil diplomatique. Il souligne, par ailleurs, l’importance de pouvoir s’adapter à la demande des clients en termes de qualité des grains.

Volatilité multifactorielle

Quoi qu’il en soit, le marché français reste soumis à la volatilité des marchés mondiaux. Pour l’heure, « les changements de politiques ont actuellement un impact plus notable que le changement climatique sur la volatilité des prix, estime Pierre Lipatoff, directeur général d’Invivo Trading. Il y a quinze ans, les stocks stratégiques permettaient de stabiliser relativement le marché. Mais aujourd’hui, tout phénomène se reflète dans les prix en créant de la volatilité, et cela va s’accentuer à l’avenir ».

Autre gros facteur de volatilité selon lui : l’augmentation de la rétention. « Avec la diminution des outils de maîtrise technique des risques culturaux, en relation avec la nécessaire transition agroécologique, la variabilité des rendements augmente. Les agriculteurs ont tendance à diminuer les ventes en amont de la récolte, qui est de plus en plus difficile à prévoir. Si tout le monde fait la même chose, cela crée une tension sur les marchés, même dans le cas où la récolte est finalement bonne. »

(1) Assemblée permanente des chambres d’agriculture­.

Le régime pluvial évolue

Selon Nathalie de Noblet-Ducoudré, directrice de recherche au CEA, « la France devrait connaître un doublement des vagues de chaleur d’ici 2050, une forte diminution des précipitations dans le sud, mais une augmentation dans le nord, un accroissement de l’intensité et de la fréquence des fortes pluies et des tempêtes. On s’attend également à une hausse de l’assèchement des sols, une diminution des débits des cours d’eau. On imagine aussi qu’on pourrait passer à des épisodes de sécheresse de quatre mois dans les zones où on est à deux mois aujourd’hui. »

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