Ginette Fournier, à gauche, a accompagné le démarrage de sa fille et de son gendre, Annie et Claude Delcros. Guillaume, leur fils, envisage de s'installer dans les années à venir et de prendre le relais de sa grand-mère dans le Gaec.

L'EXPLOITATION

A Recoules (Lozère)

• Gaec : trois associés.• Surface : 155 ha sur trois sites.• Assolement : prairies naturelles : 35 ha, prairies temporaires : 25 ha, céréales : 5 ha, pâtures et landes : 89 ha, une estive pour les génisses.• Cheptels : 45 prim'holsteins et montbéliardes, 25 aubracs.• Production : 234.000 l de quota laitier. 1.500 à 2.000 volailles fermières par an.

Issus de familles d'agriculteurs, Annie et Claude Delcros ont d'abord été salariés avant de devenir éleveurs à Recoules, en Lozère. Dix ans après, ils ne regrettent pas leur choix. «Nous faisons plus d'heures pour arriver à un revenu équivalent. Mais nous sommes plus libres», apprécie Claude.

Annie a franchi le pas la première. Elle a repris en 1997 les seize vaches laitières et les 32.000 litres de quota de son père, qui partait en préretraite. L'année suivante, c'est Claude qui a quitté son emploi.

Ils ont pris en fermage une deuxième petite exploitation, puis une troisième, et constitué un Gaec à trois avec Ginette Fournier, la mère d'Annie.

Aujourd'hui, Annie et Claude Delcros élèvent 45 laitières et 25 allaitantes sur 155 ha. «Nous avons d'abord développé le lait. En 2001, nous avons échangé 31 droits à primes pour les allaitantes contre 111.000 litres de quota. Dans la foulée, nous avons investi 275.000 euros dans une stabulation équipée d'une salle de traite. Nous avons gagné en confort de travail. Jusque-là, nous devions traire au pot», précise Annie.

Dans les années qui ont suivi, ils ont été confrontés à la baisse du prix du lait et à la sécheresse, qui les à obligés à acheter du fourrage. «Avec des emprunts à rembourser, ce n'était pas évident. Nous avons traversé une phase de doute», se souvient Annie.

Pour arriver à dégager trois revenus, ils se sont lancés dans la production de volailles fermières. De son côté, Claude, passionné par la race aubrac, a reconstitué un troupeau allaitant pour valoriser les pâtures éloignées.

Pour compenser l'absence de primes, il a commencé à proposer de la viande en caissettes aux clients qui achetaient déjà des volailles. Aujourd'hui, Claude engraisse des veaux de lait et des génisses, et vend aussi quelques reproductrices, son troupeau étant inscrit à l'Upra.

A chacun son troupeau. Claude s'occupe des aubracs, Annie des prim'holsteins et des montbéliardes. Pour abriter les deux troupeaux, ils ont construit une stabulation neuve en 2001. (photo de gauche)

Vollailles fermières. Ginette élève des poulets, des pintades et des canards, ainsi que des chapons pour les fêtes. (photo de droite)

Fromages de haut de gamme

En 2005, Annie s'est engagée dans la démarche collective «Fleur d'estive». «Avec d'autres éleveurs qui souhaitaient revaloriser leur lait, nous voulions créer une gamme de fromages. Mais nous n'avions pas envie de nous lancer dans la fabrication à la ferme.»

L'association De Lozère les a aidés à trouver une entreprise prête à transformer leur lait en prestation de service. La coopérative laitière de la Haute-Truyère s'est ainsi engagée aux côtés des 45 éleveurs réunis dans une association.

Les trois fromages élaborés sont commercialisés dans la région. Les ventes, après avoir bien démarré en 2006, ont ralenti en 2007. «Ce n'est pas si facile de fidéliser une clientèle. Nous nous sommes rendu compte que les consommateurs avaient besoin de retrouver la même qualité à chaque fois.»

Depuis trois mois, Annie est chargée du suivi des fromages. «Je vais régulièrement les goûter pour vérifier qu'ils évoluent bien.» Malgré les difficultés, elle n'a pas envie de baisser les bras.

«Pour l'instant, notre lait reste valorisé au même prix que celui des autres adhérents, mais nous couvrons tous nos frais. Nous sommes indemnisés quand nous réalisons des animations en magasin, et nous touchons une petite prime en fin d'année.»

Le lait représente 60 % des ventes du Gaec. «Les prix augmentent mais les frais aussi. Mieux vaut rester prudents par rapport à cette embellie et continuer à construire notre filière de transformation», estime Annie.

La combinaison des trois ateliers multiplie les tâches à accomplir mais régularise le revenu. La vente directe y contribue aussi, les prix ne subissant pas de fluctuations. «Nous aimons aller au contact des consommateurs. Ils apprécient nos produits, cela nous conforte dans nos choix», ajoute Claude.

Cette dynamique a motivé leur fils, Guillaume. Après son BTS, il envisage de s'installer à son tour.

  

Des consommateurs fidélisés

Le Gaec a aménagé une tuerie pour les volailles. Pour les bovins, l'abattage et la découpe se font à une dizaine de kilomètres. «Pour les livraisons, nous utilisons un véhicule frigo en Cuma. Il nous revient à 0,23 €/km, plus l'essence.»

La demande ne s'essouffle pas. «Nos clients nous rappellent quand ils ont vidé leur congélateur», constate Claude avec satisfaction. Leur réseau de vente s'est étoffé par le bouche à oreille. Depuis 2007, Annie et Ginette font aussi deux marchés par semaine.

Les résultats

• Prix de vente du lait (hiver 2008) : 380 €/1.000 litres

• Prix de vente du lait en 2006-07 : 268 €/1.000 litres

• Ventes de viande en caissettes. Génisses (carcasses de 300 à 350 kg) : 10,7 €/kg. Veaux : 13 €/kg

• Ventes des poulets : 7,7 €/kg

• Produit brut (2006-07) : 200.000 €

• Charges opérationnelles : 56.000 €

• Annuités : 36.000 €

• EBE/produit : 29,5 %

par Frédérique Ehrhard (publié le 9 mai 2008)