Sur le sec. « Le besoin en eau du sorgho est plus faible que celui du maïs », expliquent Laurent et Marc Ducos (au centre et à droite), en compagnie de Valentin Loubens, stagiaire.Association. Pour limiter la verse, les associés sèment une variété ensilage grain entre les variétés ensilage sucrier.

Saint-Frajou, dans la Haute-Garonne, Laurent et Marc Ducos cultivent du sorgho ensilage depuis quinze ans. « Il rentre dans la ration de nos cent vaches blondes d'Aquitaine, avec le foin de luzerne, la paille et l'ensilage de ray-grass italien », indiquent-ils.

Les rendements de la plante semée sur les coteaux séchants restent satisfaisants, même sans irrigation. L'automne dernier, 14 t de MS/ha ont été récoltées. Les meilleures terres et l'irrigation sont réservées au maïs.

« La Haute-Garonne bénéficie de conditions favorables pour la culture du sorgho ensilage, insiste Jean-Luc Soudais, de la chambre d'agriculture. Il faut au moins 120 jours de végétation et 1.850°C en somme de températures (1)  pour ces variétés.

Deux variétés alternées

Le sorgho, qui ne peut être semé avant la mi-mai, a besoin d'un sol suffisamment réchauffé pour lever. Mieux vaut lui réserver les parcelles les mieux exposées.

« Les conditions au démarrage sont déterminantes pour la réussite de la culture », confirment Marc et Laurent, qui apportent beaucoup de soin à la préparation du lit de semence. La graine, plus petite que celle du maïs, doit être semée en surface, entre 2 et 3 cm de profondeur, sur un sol très émietté.

« Nous cultivons toujours deux variétés sur la même parcelle, expliquent les deux associés. L'une est de type sucrier et l'autre grain et elles sont intercalées dans le semoir. »

Le but est d'alterner deux rangs d'une grande variété (type sucrier) avec deux rangs d'une plus petite (type grain) afin de réduire les risques de verse.

« L'utilisation d'un semoir pneumatique est indispensable », ajoute Jean-Luc Soudais. Il garantit la bonne répartition des grains et limite les risques de verse.

« Nous n'achetons pas de variétés BMR, ajoutent les associés. Elles sont plus digestibles, avec une faible teneur en lignine, mais cela les rend plus sensibles à la verse. »

C'est aussi pour cette raison que les associés limitent la fertilisation azotée à 100 u/ha. En principe, ils ne désherbent pas car leurs sols sont assez propres en raison d'une rotation peu intensive.

« Dans les situations de salissement plus important à l'implantation, mieux vaut prévoir un désherbage au stade des 2-3 feuilles, avec 0,8 l/ha de pénoxsulame, par exemple, explique Jean-Luc Soudais. Le sorgho étant lent à démarrer, cela limite la concurrence. »

Cette année, la récolte a eu lieu le 15 septembre, au stade laiteux du grain. Le taux de matière sèche s'affichait à 29 %.

« La plante reste verte très longtemps et il est difficile de dépasser 35 % de MS dans la région », constate Jean-Luc Soudais, qui conduit des essais depuis trente ans dans le département. En dessous de 120 jours de végétation, le taux de MS baisse beaucoup.

Des valeurs énergétiques modestes

Du côté de la valeur alimentaire, l'analyse a révélé une teneur énergétique de 0,70 UFL, avec 38 g de PDIN et 55 g de PDIE. « Notre priorité est de remplir le silo, ajoutent Marc et Laurent. Si la ration manque d'énergie, nous apportons du maïs grain humide, que nous récoltons sur les parcelles irriguées. »

Enfin, outre son besoin en eau réduit de 40 % par rapport au maïs, le sorgho engendre des charges opérationnelles modérées. Les frais de semences et de fertilisation sont moins élevés que ceux du maïs.

Il faut compter 345 €/ha pour le sorgho (y compris la récolte), contre 450 €/ha pour le maïs. Sauf si l'on choisit certaines variétés BMR, dont le prix de la semence peut être plus proche de celui du maïs.

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(1) Comme le sorgho ne pousse qu'à partir de 11°C, seuls les degrés au-dessus sont comptabilisés dans les sommes de températures.

Ration des vaches en lactation

• 11 kg d'ensilage sorgho• 3 kg de foin de luzerne• 2 kg de paille• 10 kg d'ensilage de RGI

En dérobée pour le pâturage

« Exceptionnellement, en 2011, nous avons semé 3,5 ha de sorgho en dérobée en plus de l'ensilage, expliquent Laurent et Marc. Comme nous commençons l'affourragement dès le mois d'août, il fallait reconstituer les stocks car le foin et l'ensilage d'herbe manquaient.

Nous l'avons semé après la récolte de céréales immatures, au début de juin. C'est une variété fourragère qui repousse. Au 14 juillet, il mesurait 1,50 m et nous l'avons fait pâturer par un lot de 35 mères et leur veau, avec une clôture électrique.

Un fil avant et arrière était chaque jour avancé afin que les vaches n'aient pas accès aux bandes déjà pâturées. Au bout de trois semaines, la parcelle était consommée et la bande de départ avait atteint 60 cm, taille requise pour débuter le pâturage.

En dessous, la plante sécrète de l'acide cyanidrique qui peut être toxique pour les animaux. »

Céline Fricotté et Marie-France Malterre (publié le 3 février 2012)