Dans une stabulation transformée pour l'occasion en salle de spectacle, les dernières rangées de chaises sont mises en place. Sur la scène, constituée de palettes soigneusement disposées, le décor est prêt. La troupe de théâtre Le Troupô va présenter sa pièce aux habitants de Forcelles-Saint-Gorgon, dans la Meurthe-et-Moselle, une commune de 150 âmes. «Le Troupô, cela évoque la troupe de théâtre, mais c'est aussi un clin d'oeil à notre implantation en milieu rural», confie Nicolas Turon, le jeune metteur en scène. Car cette bande d'étudiants lorrains passionnés de théâtre se produit principalement en campagne, dans les cours de ferme, dans les stabulations, dans les hangars. «Nous avons aussi joué dans une église.» Et cela bénévolement, à charge pour la commune de recevoir la troupe, de lui assurer gîte et couvert pour la soirée et de verser un modeste viatique à titre de participation aux frais de déplacement. «Pourquoi dans les campagnes? Parce que l'une des comédiennes est issue du milieu agricole. Nous avons ainsi trouvé des opportunités pour débuter en jouant dans les fermes. Le réseau rural est celui avec lequel nous travaillons le plus», confirme Nicolas. Le groupe exerce ses talents depuis maintenant cinq ans, «mais cela fait trois ans que cela marche bien».

A chaque saison, une nouvelle pièce est présentée. Le travail de création est réalisé collectivement entre les six comédiens, les deux musiciens et le régisseur. Un récit bien construit sert de cadre, laissant ensuite aux comédiens une part d'improvisation pour s'exprimer sur scène. Un personnage central, M. Anselme, réapparaît à chaque nouvelle création: «M. Anselme contre X» (une affaire policière), «M. Anselme a des problèmes», un thème agricole grâce auquel la troupe a d'ailleurs gagné un prix lors d'un festival international de théâtre amateur, et «M. Anselme et l'eau de Vichy». Cette année, avec cette dernière pièce, les comédiens devraient assurer près d'une quarantaine de représentations, entre mai et octobre. Leur notoriété, notamment acquise grâce aux concours de théâtre amateur auxquels ils participent, les conduit à se produire dans toute la France et même en Allemagne, en Autriche et peut-être en Suède. «On peut dire que nous sommes une troupe de renommée internationale», plaisante Nicolas. Depuis sa création, la troupe a présenté déjà plus d'une centaine de représentations, et elle s'attend à jouer au cours de cette saison devant son 10.000e spectateur.

«Monsieur Anselme et l'eau de Vichy»

La troupe sur les planches pendant la représentation.

Sur la scène, encore dans la pénombre, la devanture d'un café plante le décor. Au petit matin, Jean-Jean, le patron, ouvre son commerce. M. Anselme, l'instituteur pédant et pontifiant, est son premier client. Au fil de la matinée les habitués font leur apparition: Lili, la serveuse, madame la baronne, Emile, Neness, le simplet du village, personnage attachant. Le petit groupe vit au rythme de la guerre, lointaine mais omniprésente, qui produit ses effets sur le comportement de chacun. M. Anselme, de sa condescendante autorité, s'autoproclame chef des «gentils».

Depuis qu'il s'est mis «à l'eau de Vichy», il sait ce qu'il convient de faire. Il va entraîner, bon gré mal gré, la joyeuse troupe dans une série d'aventures. S'ensuivront de multiples péripéties ponctuées de gags, de rebondissements, dans la pure tradition du café-théâtre. Les répliques fusent, parfois improvisées, dans un enchaînement de scènes rythmées par des mouvements chorégraphiés de comédie musicale. Le spectacle est servi avec bonheur par une musique originale, composée et interprétée par les deux musiciens de la troupe. A n'en pas douter, ces jeunes artistes s'amusent sur les planches, pour la plus grande joie des spectateurs.

par Jean-Alix Jodier (publié le 9 juillet 2004)