Depuis août 2010, à Dampierre-sous-Brou (Eure-et-Loir), la famille Auguste nourrit un animal d'un genre nouveau. Un gros digesteur en béton, recouvert d'une bâche et rempli de bactéries, qui demande chaque jour sa ration de lisier, de fumier et de déchets de céréales.

Cette panse version XXL permet à l'exploitation de fabriquer du biogaz converti en électricité et en chaleur. A la clé, des économies sur la facture d'énergie et un revenu complémentaire.

Marie-Françoise et Guy, les parents, ainsi que leurs deux fils, Olivier, 30 ans, et Nicolas, 29 ans, travaillent sur ce projet depuis 2006. Leur objectif est de diversifier les revenus du Gaec.

Comme partout, l'exploitation subit le Yo-Yo des prix des céréales et du lait. Les associés voient donc dans la méthanisation une opportunité pour stabiliser leur revenu.

Dès le départ, le Gaec mène les démarches en parallèle avec deux exploitations voisines qui ont la même stratégie de diversification. Les études de faisabilité du constructeur Agrikomp concluent qu'il est impératif de trouver des subventions pour financer les projets.

« Il nous fallait des garanties car nous avions peu de recul sur la rentabilité de ces installations en France », précise Olivier Auguste. Les collectivités locales refusent de leur accorder des aides.

Mais, en avril 2009, ils saisissent l'opportunité offerte par le plan de performance énergétique (PPE) du ministère de l'Agriculture, qui prévoit des soutiens à la méthanisation.

Seul hic : le délai. « En un mois, nous avons dû rédiger un dossier de 243 pages alors que nous étions encore dans les travaux de la nouvelle salle de traite », raconte Olivier.

Leurs efforts n'ont pas été vains : la DDT leur annonce à la fin de juin que le PPE les subventionne. Soit 212.000 euros, sur un budget global de 905.000 euros.

Parcours du combattant

En revanche, l'obtention du permis de construire a été un parcours du combattant. D'autant que le texte de la nouvelle loi réglementant ces constructions a tardé à paraître au Journal officiel.

Le permis est enfin accordé le 10 novembre 2009. Les travaux commencent le 15 du même mois, avec une forte implication des associés. A la fin de mai 2010, tout est terminé.

Mais il faudra patienter trois mois pour le raccordement au réseau : ErDF est débordé par les nombreux dossiers photovoltaïques. Le 31 août 2010, la mise en route a enfin lieu.

L'unité de méthanisation comprend une grande cuve circulaire bâchée qui joue à la fois le rôle de digesteur et de stockage du biogaz. Ce réacteur est alimenté avec une « ration » équilibrée élaborée dans un caisson d'introduction : lisier de vache, fumier des veaux et des génisses, issues de céréales livrées par la coopérative, voire tontes de pelouse des collectivités.

Le biogaz alimente un moteur de cogénération. Il fonctionne également au fioul, à raison de 2 l/h, pour assurer un meilleur rendement. Ce moteur produit de l'électricité mise sur le réseau et de l'eau chauffée à 80 °C. Celle-ci est utilisée pour reconstituer le lait des veaux (de 2.000 à 4.000 l/j), pour alimenter le chauffe-eau et l'aérotherme de la salle de traite et chauffer deux maisons (parents et voisins). Soit une économie sur la facture d'énergie de 12.000 à 15.000 €/an environ.

Le tarif d'achat de l'électricité issue du biogaz prévoit une prime progressive selon le niveau de valorisation de la chaleur. Lorsque plus des trois quarts des kilowattheures thermiques sont consommés sur place, elle est maximale. C'est le cas pour le Gaec Auguste, qui devrait dégager un revenu de 25 000 E/an. Plus qu'un gain, les associés le perçoivent surtout comme « une marge de sécurité qui préserve le Gaec ».

Gestion des effluents

A côté du digesteur, une cuve non couverte sert au stockage du digestat liquide, après extraction des particules solides. « Cette capacité de stockage supplémentaire des effluents nous permettra d'être aux normes même si le cheptel augmente », précise Marie-Françoise Auguste. L'unité de biogaz générera chaque année 5 400 m3 de digestat. La totalité sera épandue sur les terres de l'exploitation, permettant une économie de fertilisants d'environ dix-sept tonnes : « Nous serons presque autosuffisants en engrais », souligne Nicolas Auguste.

L'EXPLOITATION

A Dampierre-sous-Brou (Eure-et-Loir)

• Surface : 198 ha

• Assolement : blé : 80 ha – orge d'hiver : 20 ha – colza : 25 ha – maïs ensilage : 43 ha – prairies : 30 ha

• Productions : 90 vaches laitières, quota de 770.000 l, 200 places d'engraissement de veaux de boucherie (deux bandes par an)

LES R2SULTATS

• Prix de vente de l'électricité issue du biogaz

• Résultats prévisionnels de la méthanisation

• Production d'énergie : 1,2 million de kWh électriques – 1,15 million de kWh thermiques

• Chiffre d'affaires : 170 000 €/an

• Annuités : 65 000 €/an

• Charges de fonctionnement (entretien, fioul, électricité) : 80 000 €/an

• Résultats de l'exploitation

• Produit brut 2009-2010 : 483.000 €

• Marge brute : 270.700 €

• EBE/produit brut : 198.000 €/ha

par Juliette Talpin (publié le 28 janvier 2010)