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Alimentation animaleDes importations en dehors des règles

« La Commission européenne assure que les accords de libre-échange respectent les normes communautaires. Mais ces dernières font surtout référence au produit fini plutôt qu’aux méthodes d’élevage. Des différences notoires subsistent dans les modes de production », insiste Jean-Luc Angot, inspecteur général de santé publique et vétérinaire.

Les recours à des substances hormonales et à leurs métabolites, ou aux protéines d’origine animale dans l’alimentation des ruminants sont des pratiques interdites en France et en Europe, mais encore répandues dans le monde. Au moment d’importer sur le Vieux Continent, seul le contrôle des limites maximales de résidus fait foi. Et pour cause : « L’inspection vétérinaire aux frontières de l’Union européenne (UE) n’a aucun moyen de retracer les pratiques d’élevage par des analyses », précise Jean-Luc Angot.

Les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance pratique interdite dans l’UE depuis 2006 sont au nombre de neuf au Brésil, et de trois au Canada. « Un nouveau règlement européen prévoit d’interdire cette pratique aux pays exportant vers l’UE. Un acte délégué doit être rédigé pour une application effective en janvier 2022 mais la Commission semble peu pressée de le publier avant l’échéance fixée », expose l’expert. Pour Philippe Chotteau, directeur du département économie de l’Institut de l’élevage, « ce durcissement des règles pourrait provoquer une augmentation des coûts de production dans ces pays exportateurs, avec la nécessité de gérer des lots d’animaux selon les conduites d’élevage. Par ailleurs, ces dispositions seront difficilement attaquables à l’organisation mondiale du commerce (OMC), car elles se justifient au regard de la lutte contre l’antibiorésistance. »

AntibiorésistanceDes exigences sanitaires peu partagées

Les écarts d’exigence entre l’UE et ces pays ne cessent de se creuser. « La Commission prend comme prétexte le principe vertueux des accords de libre-échange pour diffuser ses normes à l’international. Mais l’inverse peut se produire, en abaissant les nôtres. Dans les négociations internationales, les pays d’Amérique du Nord et du Sud se positionnent contre le rehaussement des exigences sur les questions environnementales et de bien-être animal », ajoute Jean-Luc Angot. L’Amérique du Sud figure dans les zones du monde où le développement de germes de résistance aux antibiotiques est le plus fort. En 2011, le Codex alimentarius a adopté une ligne directrice sur l’analyse des risques liés à la résistance aux antimicrobiens d’origine alimentaire. Une « task force » États-Unis/Europe a publié la même année deux recommandations concernant l’harmonisation des méthodes de surveillance de la consommation d’antibiotiques et de la résistance. « Or, les États-Unis font tout pour éviter ces points dans le cadre des négociations commerciales, et les pays tiers sont en passe de suivre la même logique. »

Interview
« La rémunération des producteurs reste le point faible des filières bovines » Philippe Chotteau, directeur du département de l’économie à l’Institut de l’élevage

Pourquoi la filière laitière française peine à rémunérer ses éleveurs ?

Nous ne souffrons pas de surtranspositions de normes, mais la structure de la filière laitière française est singulière. 23 % des livreurs sont situés en montagne et profitent de niveaux de valorisation très variables selon les zones. Nous disposons de coopératives de taille moyenne et d’importants opérateurs privés. Mais lorsque ces derniers investissent à l’étranger, c’est d’abord pour développer la production locale. Dans les pays nordiques, quelques grandes coopératives tirent l’ensemble de la filière, comme FrieslandCampina aux Pays-Bas, ou Arla au Danemark. Ce sont des vendeurs de commodités qui se sont placés très tôt sur le marché européen, grâce à une politique de volumes. Les laiteries françaises ont toutefois gagné du terrain dans les pays tiers, notamment sur le lait infantile en Asie, où notre qualité et notre savoir-faire s’exportent bien. Sur le marché intérieur, les effets positifs de la loi issue des États généraux de l’alimentation devraient également s’affirmer.

La viande bovine française a-t-elle perdu en compétitivité ?

Globalement non. Il y a dix ans, nous importions 26 % de notre consommation de viande bovine, contre 22 % en 2018. Notre solde du commerce extérieur est positif d’un milliard d’euros en 2018, essentiellement expliqué par la vente de bovins vifs. S’agissant de la viande, nous importons de la vache de réforme - que nous mangeons - et exportons du jeune bovin, mieux valorisé. Mais la France est très dépendante d’une poignée de clients : 80 % du chiffre d’affaires est réalisé en Allemagne, en Italie et en Grèce. Sur le marché intérieur, l’origine France devrait continuer de gagner du terrain, notamment en restauration hors domicile. À l’export, il y a un fort potentiel vers la Chine sur un marché haut-de-gamme. Les équilibres tiennent à peu de chose, et l’accroissement des tonnages vers l’empire du Milieu concourrait à améliorer des trésoreries dégradées qui peinent à se redresser.

La génétique s’exporte bien

La génétique animale française fait valoir ses atouts en dehors de ses frontières. En ruminants, sur les 400 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires annuel généré par la vente des semences, embryons et reproducteurs, 80 M€ sont réalisés à l’export. « Aujourd’hui, il y a un vrai succès, témoigne Tristan Gaiffe, directeur général du groupe Umotest-Coopex, spécialisé dans la génétique en race montbéliarde. Nous travaillons notamment avec unecoopérative scandinave pour proposer sur le marché américain un programme de croisement laitier vendu exclusivement dans de grands élevages de plus de 1 000 têtes en Californie. » En génétique porcine aussi, le savoir-faire tricolore s’exporte. Selon l’ambassade de France à Pékin, « la France occupe environ 20 % de parts de marché en Chine sur l’export de porcs reproducteurs ».

Réduction des antibiotiques : la France en avance

Après un premier plan Ecoantibio réussi, les efforts des filières animales françaises ne se tarissent pas. « L’usage des antibiotiques a diminué de 48 % en tonnage depuis 2011 », se félicite Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV). L’exposition des animaux (ou ALEA) a été réduite de 38 %. Par filière, la volaille affiche un ALEA en chute de 55 % depuis 2011, suivie par le lapin (42 %), le porc (45 %) et le bovin (17 %).

Ces progrès sont parmi les plus importants sur le Vieux Continent. D’après l’observatoire européen de la consommation d’antibiotiques en médecine vétérinaire (Esvac), l’Héxagone était au 14e rang des pays les plus consommateurs sur 31 pays audités en 2017 (dernières données disponibles). « Premier consommateur européen en 2010, la France se situe désormais en-dessous de la moyenne communautaire », ajoute Jean-Yves Madec, responsable antibiorésistance à l’Anses.

Un coût de l’énergie qui fait des envieux

Entre 20 et 30 centimes du litre, c’est la différence de prix entre le GNR payé par un agriculteur français et le gazole de son collègue allemand. Outre-Rhin, le carburant utilisé sur les engins agricoles ne bénéficie d’aucun allégement de taxe, contrairement au GNR français, coloré en rose pour être repérable par les douanes. Actuellement, un agriculteur français achète son GNR autour de 95 centimes/litre, tandis que le gazole des exploitations allemandes coûte 1,20 €/l, ce qui correspond au prix à la pompe. Il n’est pas rare de voir des agriculteurs qui travaillent sur des parcelles éloignées du siège de l’exploitation faire le plein de leur tracteur dans une station-service. La plupart des pays de l’ancien bloc de l’Est ont une fiscalité comparable à celle de l’Allemagne concernant le carburant agricole. En France, la remise en cause de l’utilisation de carburant détaxé par les entreprises de BTP va pénaliser les entrepreneurs de travaux agricoles qui font un peu de terrassement (lire page 17 le projet de gazole agricole).

Le prix de l’électricité est également un avantage pour les agriculteurs français par rapport à leurs voisins. Le prix du kilowattheure moyen est de 0,180 € TTC en France, contre 0,211 € au sein de l’Union européenne. Cette moyenne cache de grandes disparités, avec 0,3 € TTC/kWh en Allemagne et seulement 0,101 € TTC/kWh en Bulgarie.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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