Le 6 février, la neige avait à peine fondue dans les prairies à flore variée (PFV) de Romain Biau, que les plantains redressaient déjà les feuilles. « La densité de ce couvert est déjà bien plus étoffée que celui de nos prairies "classiques" », se réjouit l’agriculteur, à la tête de quatre-vingts limousines pour la production de veaux sous la mère, avec son père, Noël, à Cambounès, dans le Tarn. Le père et le fils font partie de la trentaine d’exploitants du Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) Qualiprat. Ce dernier teste les PFV dans le but d’améliorer l’autonomie alimentaire de leur exploitation.

« Ces prairies comprennent plus de six espèces et plusieurs variétés pour chacune d’elles, précise Caroline Auguy, conseillère « fourrages » à la chambre d’agriculture du Tarn (1). L’objectif est d’obtenir des couverts pérennes dans le temps, productifs et avec une souplesse d’exploitation. Certaines espèces ont d’autres fonctions que la production. La fétuque rouge, par exemple, couvre le sol dans la durée et évite que les adventices ne s’engouffrent dans les espaces vides. D’autres, comme le trèfle incarnat, couvrent le sol au démarrage et fixent l’azote. La chicorée entre dans le mélange pour son effet lactogène. » Grâce à ses racines, elle peut aussi puiser l’eau en profondeur et vite redémarrer après la sécheresse.

Achat groupé des semences

Pour réaliser les mélanges, le groupe utilise le logiciel Capflor, conçu par l’Inra. « Pour une parcelle donnée, je remplis une fiche destinée à la conseillère où j’indique l’utilisation de la prairie, fauche, pâture ou mixte, détaille Romain. Je mentionne si je souhaite une exploitation plutôt précoce ou tardive et je précise les caractéristiques des parcelles à implanter (pH, structure, altitude…). »

Le GIEE Qualiprat s’est associé avec d’autres collectifs d’éleveurs des départements voisins, dont le GVA Plateau Neste-Barousse et le CDASA sud-Aveyron, pour l’approvisionnement des semences. Les espèces sont achetées en pure et chacun se charge ensuite du mélange.

Des fourrages riches et équilibrés

« Capflor intègre des règles d’assemblage comme la complémentarité entre les espèces », explique Caroline Auguy. Au final, le mélange peut comprendre de dix à quinze espèces. à 250 €/ha, le coût de la semence est plus élevé que celui d’un mélange simple . « La facture doit être relativisée, ajoute Romain, puisqu’il faut intégrer une durée de vie plus longue de ces prairies et donc des frais de mécanisation et d’installation dilués dans le temps. Compte tenu de l’intégration de légumineuses, leurs besoins en fertilisation sont également plus modérés. »

Au mois de septembre 2017, « nous avons semé nos premiers mélanges dans des prairies permanentes mécanisables », explique Romain. Le sol a été travaillé sur les dix premiers centimètres avant un semis en ligne, sachant que le semis à la volée répartit mieux la semence. L’été dernier, les PFV ont fini par se dessécher, mais elles ont résisté quelques jours de plus par rapport aux autres. Autour des bâtiments, les mélanges sont davantage destinés à la pâture, car les vaches rentrent tous les soirs à la stabulation pour la tétée. « Notre objectif est de produire des veaux de 150 kg de carcasse en quatre mois, avec des fourrages les plus équilibrés possibles afin de ne pas recourir à des achats extérieurs. » Dès le départ, le rôle de la parcelle (utilisation en pâture, fauche ou mixte) est défini. Noël et Romain Biau ont ajusté avec précision leur plan de pâturage.

Impasse sur l’achat de concentrés

« Les analyses des prairies à flore variée au premier cycle décèlent des valeurs énergétiques et azotées élevées pour la quasi-totalité des mélanges », observe Caroline Auguy. Les mélanges les plus spécialisés (fauche ou pâture) donnent de meilleurs résultats que les mixtes. La valeur moyenne de la matière verte relevée s’affiche à 0,94 UFL/kg et à 95 g de PDI/kg de matière sèche. Les mesures réalisées au cours de l’automne sont un peu moins élevées, mais elles restent à un niveau très correct avec 0,86 UFL/kg et 91 g de PDI de MS.

Comme les prairies dont les mélanges sont plus simples, les valeurs alimentaires diminuent quand la date de récolte optimale est dépassée. Cette baisse est toutefois moins marquée du fait de l’abondance des espèces, ce qui offre une plus grande souplesse d’exploitation.

Reste à voir comment vont se comporter ces parcelles dans le temps. Sur le plan économique, la maison de l’élevage du Tarn a calculé, qu’en production de bovins viande, la pâture d’une PFV (de 13 à 15 kg de MS ingérée/j) au printemps fournissait de 12,5 à 14 UFL et de 1 300 à 1 500 g de PDI. Les fourrages permettent de faire l’impasse sur la complémentation pendant les deux mois qui précèdent le vêlage et les deux qui le succèdent, soit une économie de 120 kg par vache. La seule pâture d’une PFV au printemps peut également convenir à l’engraissement des vaches de réforme ou des génisses de boucherie.

(1) La conseillère à la chambre d’agriculture est intervenue lors de la réunion technique consacrée aux fourrages, organisée le 18 janvier, à Brens, dans le Tarn, par Arvalis - Institut du végétal.

Valeurs alimentaires moyennes des PFV (2015-2017)
Objectif du mélangePériode d'exploitationUFLUFVPDINPDIEUEB
Fauche précocePremière coupe (760 ° jour)0,910,86111931
 Deuxième coupe0,830,76120890,98
Pâturage précocePrintemps (440 ° jour)0,980,951251000,93
 É0,890,83122920,96

Données acquises par analyses chimiques puis calcul des valeurs alimentaires au sein du projet Qualiprat entre 2015 et 2017, et du projet Capflor en 2017. Les échantillons ont été récoltés en vert puis séchés pendant 48 heures à l’étuve avant analyse.

« Les PFV coûtent plus cher à l’implantation mais doivent durer plus longtemps », indiquent Romain Biau (à gauche) et son père, Noël. © M.-F. Malterre
Expert
« Une conduite spécifiquepour les PFV » Caroline Auguy, conseillère en fourrages à la chambre d’agriculture du Tarn

« La réussite des prairies à flore variée est conditionnée par une bonne organisation. Lorsqu’une parcelle est destinée à la fauche, son mélange est choisi en conséquence. Le pâturage au printemps pourra avoir un effet néfaste sur les espèces qui sont moins adaptées à cette exploitation. Avec les PFV, il vaut mieux être patient. L’appréciation visuelle est différente de celles qui sont composées de mélanges simples. Les PFV sont plus denses et moins hautes, mais cela ne les empêche pas d’être productives. »