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Dossier Des innovations pour redonner des perspectives

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Des essais sont menés dans l'ouest par Terres Inovia pour voir s'il y a un intérêt à avancer les semis de pois de printemps à la mi-décembre. © Philippe Montigny/Filimages

Date et densité de semis, type de sol, choix variétal…, les leviers sont multiples pour améliorer la performance des protéagineux et répondre aux débouchés sur la durée.

À l’échelle de la rotation, « les protéagineux présentent de nombreux atouts agronomiques, environnementaux et économiques, qui en font des cultures de choix pour l’autonomie protéique de la France », insiste Terres Inovia. Ces cultures constituent de bons précédents et s’intègrent bien dans les rotations céréalières. Les atouts mis en avant sont, par exemple, l’amélioration de la structure du sol, la réduction de la dose d’azote sur la culture suivante, ou encore la baisse des coûts de désherbage à l’échelle de la rotation. Ils constituent aussi une place de choix en agriculture de conservation (ACS). « L’enrichissement en matières organiques des sols mené en ACS entraîne un stockage d’azote organique conséquent, d’où une moindre disponibilité en azote », souligne l’Apad (1). Par ailleurs, les résidus de récolte des protéagineux, à faible C/N, laissent un sol plus riche en azote que les autres familles végétales cultivées.

Dates de semis à revoir ?

Reste que les mauvais rendements des dernières années, surtout liés aux sécheresses successives et attaques de bioagresseurs, n’encouragent pas les agriculteurs à se tourner durablement vers le pois, la féverole ou le lupin. Même si l’aide couplée aux protéagineux (187 €/ha pour la récolte 2019) permet de réduire l’écart entre leur marge annuelle et celle des céréales ou du colza. Le manque de solutions phyto ajoute aux difficultés (lire l’encadré ci-contre).

Dans ce contexte, la filière s’attache à mettre au point des itinéraires permettant de réduire les aléas de production. Objectif : améliorer la compétitivité de ces cultures et répondre aux nouveaux débouchés.

Diminuer la densité de semis en pois d’hiver, mettre le pois et la féverole de printemps dans des sols plus profonds avec une meilleure adaptation des dates de semis sont des premières pistes. « Nous allons voir si l’on peut faire évoluer nos préconisations pour les dates de semis en pois », confirme Véronique Biarnès, de Terres Inovia. Des essais vont être implantés pour 2021 dans les régions ouest. Les stress climatiques arrivent souvent en mai et juin, semer en février se révèle être souvent trop tard dans cette région. « Nous allons, par exemple, regarder s’il y a un intérêt à avancer les semis de pois de printemps à la mi-décembre étant donné que les derniers hivers étaient doux », explique-t-elle. Le pois de printemps peut résister à environ - 5 °C si les plantules sont déjà bien développées.

La réflexion sur les dates de semis concerne aussi la féverole, dont le cycle plus tardif est encore plus vulnérable aux sécheresses et fortes températures. « Semer fin mars, c’est déjà trop tard, mais avant, le sol doit être bien ressuyé, détaille Véronique Biarnès. Il faut voir si c’est possible d’intervenir avant fin février dans le nord, le nord-ouest et le nord-est, sans risque de gel. » Un levier à explorer donc région par région, type de sol par type de sol.

Progrès génétique

Le choix variétal revêt aussi toute son importance. Mais les protéagineux représentent un petit marché et le taux d’utilisation de semences certifiées est assez faible, en moyenne 28 % pour la féverole et 35 % pour le pois, mais davantage dans les régions où ces cultures sont les plus développées (60 % dans les Hauts-de-France en pois de printemps par exemple). Cependant, malgré la baisse des surfaces, ces espèces ont continué à bénéficier d’un effort de sélection non négligeable.

Ainsi, en pois de printemps, « des progrès significatifs ont été effectués en vingt ans », insiste Véronique Biarnès. L’indice de rendement pluriannuel a progressé de 5-6 % en douze ans : il correspond au rapport entre le rendement moyen de la variété considérée et celui de Kayanne (inscrite en 2008 et encore très cultivée aujourd’hui). Les variétés de printemps récentes présentent un meilleur rendement, comme Orchestra, Kagnotte, Kameleon et Kaplan. La tenue de tige s’est aussi améliorée, des progrès ont été réalisés vis-à-vis d’aphanomycès et la hauteur de récolte a gagné 30 à 40 cm par rapport à la référence Kayanne. « Après un creux, on retrouve une dynamique dans la sélection de pois de printemps, avec plusieurs variétés nouvelles pour 2021 et à venir au moins jusqu’en 2023, expose Véronique Biarnès. Dans nos essais post-inscription de 2020, on a pu voir au moins deux pois à graines jaunes qui, outre un bon rendement, avaient une teneur en protéines de 24 % de MS, nettement plus élevée que la référence qui est à 22 %. Deux points de protéines c’est énorme. » Un avantage pour satisfaire les débouchés en alimentation humaine notamment (lire p. 56).

La gamme s’étoffe

En féverole également, un net progrès génétique est observé depuis quinze ans, avec un indice de rendement pluriannuel pour les variétés de printemps en progression de 10-20 %. « Malgré les mauvaises conditions de 2020, on a identifié deux nouvelles variétés qui s’en sont très bien sorties par rapport à celles cultivées actuellement », observe Véronique Biarnès. Leur nombre devrait encore s’étoffer après une longue période sans trop de nouveautés. Le rendement en protéines est aussi amélioré (entre 33 et 39 %, contre 29 % pour la référence Espresso).

Par ailleurs, les féveroles récentes présentent une plus faible teneur en vicine-convicine, recherchée pour l’alimentation des volailles mais aussi humaine.

(1) Association pour la promotion de l’agriculture durable.

Le nombre de variétés proposées en féverole devrait encore augmenter, après une longue période sans trop de nouveautés. © Stéphane Leitenberger
Projet Peamust

Conduit depuis 2012 pour une durée de huit ans avec 26 partenaires, le projet Peamust a pour objectif d’améliorer le niveau et la stabilité du rendement et ainsi de retrouver la confiance des agriculteurs. Il vise aussi à adapter les variétés aux contraintes climatiques, à développer des méthodes de sélection plus rapides et plus efficaces ou encore à augmenter les sources de résistance à différents stress (gel hivernal, sécheresse et fortes températures, maladies aphanomycès et ascochytose, bruche dans le cas de la féverole).

Manque de phytos

Les évolutions réglementaires réduisent drastiquement les solutions de protection phytosanitaires sur les protéagineux. C’est l’un des facteurs d’abandon de ces cultures. Par exemple, en fongicides, plus de la moitié de la gamme a disparu, après le retrait du tébuconazole, du chlorothalonil et de l’époxyconazole. La lutte contre les adventices est fragile, tout comme celle contre la bruche de la féverole.

« La protection phyto reste un talon d’Achille », confirme David Gouache, directeur adjoint de Terres Inovia. Le législateur a son rôle à jouer. « Dans les schémas d’évaluation, il faut raisonner différemment, en intégrant une approche plus systémique, estime-t-il. Aujourd’hui la molécule est autorisée ou interdite de manière globale et les dérogations sont accordées sur une logique d’usage orphelin (lentille, pois chiche…). Cela ne couvre pas le juste milieu entre les deux », et le pois et la féverole sont exclus.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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