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Dossier Des gagnants et des perdants à l’échelle mondiale

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Selon Agritel, la production de blé en Russie et en Ukraine a été multipliée par 2,5 en l’espace de vingt ans. © Alamy Stock Photo

Contrairement à l’Australie ou aux États-Unis, la zone mer Noire tire son épingle du jeu.

Selon l’Inrae (1), le réchauffement climatique entraîne « une augmentation de la fréquence, de l’intensité et de la durée des canicules et des sécheresses, mais aussi probablement des précipitations ». L’institut alerte sur la hausse des risques associés, qu’ils soient naturels (sécheresses, inondations, incendies...), sanitaires (invasions biologiques, pandémie...) ou socio-économiques (instabilité des marchés...). Une étude, publiée en décembre 2019 dans Nature climate change, soulignait « une augmentation significative de la probabilité » de mauvaises récoltes simultanées dans plusieurs régions productrices de blé, maïs, soja et riz liées au climat.

Les conséquences directes sur les marchés sont difficiles à estimer et à prévoir, mais quelques tendances sont  déjà identifiées et pourraient se confirmer dans les années à venir. Ainsi, ces évènements climatiques extrêmes impactent négativement plusieurs des principales zones de production, telles que l’Australie. « Ce pays sera certainement le grand perdant structurellement pour les prochaines années », estime Michel Portier, directeur du cabinet Agritel. Sa production est très impactée par le déficit hydrique (voir le graphique), alors que la fréquence de ce phénomène devrait augmenter. La production du pays, qui a été importateur net en 2019 après la longue sécheresse qui l’a touché, est plutôt sur une tendance baissière.

« Aux États-Unis, la partie maïs et soja sort assez gagnante, alors que celle du blé est plutôt perdante », indique Michel Portier, qui souligne que les surfaces de la céréale y sont au plus bas. Les impacts en Amérique du Sud sont, eux, plus difficiles à évaluer. Le Brésil pourrait être globalement favorisé pour le soja et le maïs, alors que l’Argentine pourrait perdre au change. De la même manière, dans l’hypothèse où les moyens de production n’évoluent pas d’ici à 2050, les experts s’attendent à une baisse drastique de production en Europe de l’Ouest, et notamment en France.

Au contraire, de nouvelles zones pourraient s’ouvrir à la production, telles que la Scandinavie, la Sibérie, le nord de la Chine ou encore le nord du Canada. Et de manière générale, les pays entourant la mer Noire sortent gagnants. Si l’Ukraine y trouve son compte pour le maïs et le tournesol, la Russie met l’accent sur le blé.

En Russie, du blé d’hiver

« La première conséquence du réchauffement climatique en Russie, c’est la diminution du risque de dégâts de gel sur les blés d’hiver », souligne Michel Portier. Dans le pays, on observe un switch entre les variétés de printemps et d’hiver, qui change complètement la donne. Alors que le premier affiche un rendement moyen de 1,5 t/ha-1,6 t/ha, celui du second se situe autour de 3,6 t/ha­. Ainsi, à surface égale, la production est donc à la hausse. En l’espace de vingt ans, la production de blé en Russie et en Ukraine a été multipliée par 2,5. »

Si les analystes avaient tendance à se référer à la Bourse de Chicago pour surveiller les prix, leur attention se porte désormais beaucoup plus à l’Est. « Aujourd’hui, nous considérons que la mer Noire est le principal driver du marché », souligne Michel Portier. Il est à noter que la hausse de production sur la zone n’est pas uniquement due à des conditions climatiques de plus en plus favorables. En Russie, notamment, elles s’accompagnent de progrès techniques et d’une volonté politique forte pour le développement de l’agriculture.

« Ces dernières années, la participation accrue de la région de la mer Noire aux marchés mondiaux des céréales a atténué certains des risques associés à l’insuffisance des récoltes dans les pays qui sont traditionnellement les plus gros exportateurs », estiment l’OCDE (2) et la FAO (3) dans leurs pers­pectives agricoles pour 2020-2029. « Aujourd’hui, le changement climatique et les évolutions techniques et technologiques font que la hausse de la production suit celle de la demande. Au niveau mondial, les surfaces et les rendements de blé continuent de grimper », assure Michel Portier.

Concentration de la production­

Mais « compte tenu de la forte variabilité des rendements », en mer Noire surtout, « l’approvisionnement des marchés mondiaux devient plus irrégulier, ce qui risque de provoquer des fluctuations plus marquées des prix à l’échelle internationale à l’avenir », estiment l’OCDE et la FAO. « Sur les dix dernières années, nous avons vu une concentration de la production dans certaines régions du monde, qui s’avèrent justement être également extrêmement vulnérables aux chocs », appuie Abdolreza Abbassian, économiste à la FAO. Il estime que ce phénomène pourrait se renforcer à l’avenir. Cependant, selon lui, nous sous-estimons probablement la capacité de l’être humain à s’adapter en faisant évoluer les pratiques. En 2019 aux États-Unis, par exemple, la résistance des maïs à la sécheresse a surpris les analystes de marchés, qui ne s’attendaient pas à une telle récolte.

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

(2) Organisation de coopération et de développement économiques.

(3) Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture.

Phénomène El niño/La niña : le lien avec le réchauffement ne fait pas consensus

Le phénomène d’El Niño correspond à un réchauffement des eaux de surface dans le Pacifique Sud. Lorsqu’il survient, tous les deux à sept ans environ, il modifie le régime hydrique mondial et peut perturber les cultures. Il entraîne, entre autres, un déficit de pluie en Australie et dans le nord-est du Brésil, et un excès de précipitations dans le nord de l’Argentine et le sud des États-Unis. Le dernier épisode de forte intensité s’est déroulé en 2014-2016. Selon Météo France, « il n’y a pas, actuellement, de consensus sur la question de l’impact du changement climatique sur ce phénomène ». L’institut précise que, pour l’heure, les modèles d’évolution du climat ne permettent pas de prévoir l’effet du changement climatique sur la survenue et l’intensité des épisodes. En 2020, le phénomène inverse se produit : la Niña, avec des effets climatiques opposés (lire p. 4).

Demande incertaine

« Grâce aux moyens actuels, on a de plus en plus de visibilité sur l’offre. En revanche, la demande est un facteur de volatilité à venir et c’est ce sur quoi on va travailler dans les prochaines années », indique Michel Portier. Plusieurs incertitudes se profilent, notamment sur les besoins en alimentation animale, qui augmentent lorsque les sécheresses pénalisent les fourrages. Pour le colza, il souligne, par exemple, que les hivers plus doux pourraient modifier la saisonnalité de la demande. Son huile a, en effet, des propriétés intéressantes pour éviter le gel du biodiesel en hiver, ce qui se traduit tous les ans par un marché dynamique à l’approche des basses températures.

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