Sur la photo (de gauche à droite) : Laetitia Bouhelier, Isabelle Lombardot, Isabelle Nicod, Anne-Marie Roland et Chantal Bonnet : « Le groupe permet de nous soutenir, de parler de notre métier, de l'articulation avec la famille. »

En cette fin mai, elles sont cinq autour de la table à Bugny, dans le Doubs. Agées de 33 à 45 ans, elles ont choisi de s'installer dans des exploitations laitières du Haut-Doubs, après un détour par un autre métier. Isabelle Lombardot préside le groupe des agricultrices diversifiées qu'elles ont créé il y a trois mois à peine, à l'heure où les plus anciens peinent à se renouveler. « Certaines d'entre nous ont participé à la rédaction d'un livre avec d'autres agricultrices de Franche-Comté, C'est comme cela qu'on nous aime. Nous l'avons présenté en novembre 2008 au Festival national des groupes de développement à Dole. L'ambiance nous a tellement plu que nous avons voulu constituer un groupe entre agricultrices dans notre petite région. Pour nous soutenir, parler de notre métier, de l'articulation avec la famille », rappelle Laetitia Bouhelier.

Ne pas tourner en rond  

Toutes ont d'autres engagements en dehors de leur exploitation : comité des fêtes, théâtre, parents d'élèves. Isabelle Nicod, maire de sa commune, se dit très à l'aise dans les réunions techniques mixtes. « J'étais très sceptique sur les groupes féminins. Mais finalement, nos échanges sont aussi professionnels mais différents, car sans tabou. »

Un regain de motivation chez les jeunes femmes

Le Doubs compte trois groupes féminins. Selon Loan Jérôme, conseillère de la Fédération régionale des groupes de développement de Franche-Comté, la situation est différente dans le Jura : les femmes qui le désirent se retrouvent dans des commissions spécifiques au sein des groupes de développement mixte. « Il y a huit ans environ, les groupes féminins étaient jugés obsolètes. Les groupes mixtes faisaient l'affaire.

Les groupes féminins existants ont alors doucement périclité. Mais aujourd'hui, les jeunes femmes les réactivent car elles estiment n'avoir pas la même optique que les hommes pour discuter, y compris des problèmes techniques. Dans le Doubs, deux groupes (dont le GAD 25) se sont créés. Un autre groupe commence à émerger en périurbain. » La conseillère de la FRGeda accompagne les femmes pour donner corps à leur association. Le groupe peut ensuite s'appuyer sur les conseillers des chambres d'agriculture. En France, il y aurait entre 200 et 300 groupes féminins.

Chantal Bonnet se retrouve dans les engagements de la charte : « la discrétion de rigueur, le désir de progresser dans notre métier ». Seize agricultrices, avec des implications diverses dans les exploitations, sont venues le 26 mars à la première assemblée générale. Isabelle Lombardot détaille le programme à venir : « En septembre, nous allons commencer la visite des exploitations de chaque adhérente. Cet hiver, deux formations sont prévues : la santé au travail avec un kiné, le travail en cuisine axé sur la préparation de repas rapides, l'accueil touristique. traitées différemment 

Enfin, reste le sujet qui les mobilise toutes : la différence de traitement entre les Gaec et les EARL : « Nous avons dû créer une EARL avec mon mari après le départ de ma belle-soeur car un couple seul ne peut rester en Gaec. Nous perdons la transparence pour les aides. Ce n'est pas juste. Je travaille comme avant mais je n'ai plus que la moitié des droits », raconte l'une. « C'est comme si l'agriculture ne reconnaissait pas le mariage », renchérit l'autre. Débat ravivé cet hiver, lors de l'attribution de suppléments de quotas : elle tenait compte du nombre d'unités économiques dans les Gaec mais pas dans les EARL. Adhérentes à différents syndicats, les femmes ont porté le débat sur la place publique. Sans être entendues au nom de la menace de perdre la transparence des Gaec si elle était appliquée aux EARL.

par Marie-Gabrielle Miossec et Christine Ehrhard