Thomas Lafouasse, céréalier bio en île-de-France à Pecqueuse (Essonne), aime « expérimenter différentes techniques ». Mais, cet hiver, il s’est fait peur.

À sa demande, un éleveur voisin a envoyé des brebis pâturer ses intercultures, depuis mi-novembre. « Je fais des intercultures améliorées pour des raisons agronomiques. Vu leur valeur alimentaire, autant les faire manger par des moutons et économiser un broyage. » Jusqu’ici, tout va bien.

Les choses se sont corsées le 4 février. Les brebis ont été lâchées dans du blé semé le 10 novembre. « Avec 150 brebis à l’hectare, au bout de sept heures, c’était un champ de bataille, se rappelle le céréalier. J’ai dit : on arrête tout. » Mais le blé est bien reparti et deux semaines plus tard, il a fait revenir les brebis pendant 24 h. « Je n’étais pas fier au début, mais l’endroit le plus beau aujourd’hui est celui où elles ont pâturé le plus longtemps », montre-t-il dans une parcelle où se côtoient un bloc témoin, un bloc pâturé sept heures et un autre pâturé deux fois (7 h puis 24h).

Les brebis avaient trois rôles à jouer. Face au risque de verse sur un blé de luzerne fertilisé avec des fientes de volaille, elles devaient agir comme un raccourcisseur. Le stress engendré par le pâturage devait stimuler le tallage. Enfin, un effet sanitaire était attendu. Le verdict final attendra la récolte, mais à l’œil nu, un « effet hauteur » et un « effet couleur » sont déjà notables. La zone surpâturée est plus courte, plus verte et plus homogène. En plus, le passage de la bineuse a révélé un sol beaucoup plus aéré.

Les bêtes ont passé une dizaine de jours dans du blé, alternant avec des intercultures et de la luzerne, où elles resteront jusqu’à la fin mai. « Je les utilise pour nettoyer mes luzernes de première année, où j’ai des repousses de ray-grass. En les rognant avant la montée à graines, elles empêchent la multiplication du stock de semences. »

Transhumance épique

Elles repartiront passer l’été dans leur élevage, à 6 km. La transhumance s’annonce épique… « Ce n’est pas facile de déplacer 150 brebis à pied en région parisienne, entre les voitures et les vélos ! », raconte Philippe Le Quéré, pour l’avoir vécu à l’aller. L’éleveur passait les voir tous les jours. Lui aussi est « très satisfait » de ce partenariat informel, qui a offert à ses brebis une alimentation hivernale « gratuite et de qualité ». Presque trop : il les trouve un peu grasses. Ayant assez de surfaces pour entretenir ses brebis rustiques, l’intérêt pour lui est moins d’économiser sur l’alimentation que de « rompre le cycle du parasitisme ». Malgré la contrainte de devoir installer les parcs et déplacer les bêtes (tous les quinze jours dans les intercultures, mais par segment de 7 h dans le blé), il est partant pour reconduire l’expérience.

Si en plus il augmentait sa troupe, Thomas Lafouasse serait ravi. « J’aimerais faire tourner des moutons toute l’année sur mes parcelles. Mais avec 180 ha, c’est 800 bêtes qu’il me faudrait ! » à défaut, il « lance un appel » à tous les éleveurs intéressés par un partenariat. Attention : grande rigueur exigée. « Pour pâturer du blé, il faut respecter des stades aussi précis que pour une intervention mécanique. »

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