Depuis déjà une dizaine d’années, des suivis faunistiques ont lieu chez Christophe Durand. Mis en place dans le cadre d’Agrifaune (1), ils sont menés par Jérôme Yverneau, technicien de l’environnement à l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage).

à n’en pas douter, cailles des blés, merles, grives et autres fauvettes affectionnent particulièrement ce territoire creusois. « La diversité des espèces rencontrées reste stable au fil des années, avec globalement entre trente et quarante par passage, tous points d’écoute confondus », indique le dernier bilan technique du réseau Agrifaune Limousin au sujet de cette exploitation.

Chasser les prédateurs

Quelle raison explique la présence d’une telle diversité d’oiseaux, mais aussi de reptiles, d’insectes…, sur la SCEA des Deux Leyrennes. « Les populations de passereaux sont fragiles et il serait utopique de croire qu’il n’existe qu’une seule solution pour les préserver. Il faut, au contraire, mettre en place un ensemble d’éléments pour arriver à une symbiose », commente Christophe Durand.

Sensibilisé aux méthodes respectueuses de l’environnement bien avant son passage en bio en 2012, l’agriculteur a créé au fil du temps un véritable maillage grâce à un corridor écologique. Il a respecté des règles agronomiques de base, en installant une mosaïque de cultures à l’aide de rotations diversifiées et de parcelles de 4 à 5 ha en moyenne.

Ainsi, se côtoient des prairies permanentes, des céréales (blé tendre, orge de printemps, épeautre et maïs), de la moutarde, du pois, de la lentille et de la luzerne. Autre action et non des moindres pour l’équilibre de la petite faune qui niche au sol, Christophe Durand chasse leurs prédateurs (ragondin, corneille, renard…). « Mon élevage de bovins apporte également un plus, ajoute-t-il. Mais la clef vient surtout des différents aménagements de la ferme, dont 17 km de haies, une trentaine de trous d’eau et 9 ha de bosquets. »

Le rôle primordial des haies

Si les bosquets et les trous d’eau constituent des zones de rupture et de quiétude pour les animaux, la haie joue un rôle primordial pour une multitude d’oiseaux, migrateurs ou non. Elle leur permet, au printemps et en été, de nicher et d’élever leurs jeunes. Pour les espèces sédentaires, c’est un refuge et une zone où ils s’alimentent de baies, notamment l’hiver. L’exploitant l’entretien régulièrement et enlève, entre autres, les cépées de noisetiers. Très présentes, ces dernières n’ont, à son avis, que peu d’intérêt pour maintenir la biodiversité. Il privilégie d’autres espèces telles que les épineux, le chêne, le merisier ou le pommier et le poirier sauvages. Ce sont des sources de fleurs pour les insectes pollinisateurs et de petits fruits pour la faune sauvage. Il plante également des essences comme les prunelliers ou les houx. Il veille à laisser des arbres de haut jet et à ne pas couper ses haies trop basses car elles n’auraient plus aucune utilité. Le bois récupéré est transformé en plaquettes. Elles servent à chauffer sa maison et à sécher ses céréales. « Nous brûlons l’équivalent de 50 000 l de fioul tous les ans  », annonce l’agriculteur, qui approvisionne par ailleurs quelques mairies.

En termes de commercialisation, Christophe Durand et deux autres exploitants creusois vendent directement leurs productions (céréales, oléoprotéagineux...) aux industriels. « Le consommateur est demandeur de produits qui font appel au bien-être et au respect de l’environnement », conclut-il.

(1) Programme national qui rassemble l’ONCFS,la FNC, l’APCA, et la FNSEA. Le suivi des oiseaux se fait dans le respect du programme Stoc (Suivi temporel des oiseaux communs), coordonné par le Muséum national d’histoire naturelle.

Les haies ont un rôle de corridor écologique essentiel pour les oiseaux migrateurs, comme ici la pie grièche écorcheur. Cette dernière y niche et profite des épineux pour empaler ses proies. © FT-Tour d’images