La majorité des élevages laitiers dispose de surfaces en herbe de façon quasi obligatoire. Et cela restera une réalité dans l'avenir pour la plupart des régions.

Cette richesse est souvent sous-exploitée, faute d'envie ou de connaissances. Il est dommage de ne pas tirer partie d'une ressource existante.

Les prairies mal exploitées se dégradent, ce qui pénalise leur rendement futur. Pourtant, selon les conditions et les modes d'exploitation, le potentiel de production d'une prairie peut friser les 10 t de MS à l'hectare.

Ce fourrage peu coûteux a sa place dans la ration des vaches laitières. Le choix d'espèces adaptées, l'observation, et l'élaboration d'une technique de gestion des parcelles permettent de passer d'une simple cueillette à une véritable exploitation.

Les prairies temporaires doivent être considérées comme des cultures à part entière.

Le choix de la flore est essentiel pour les prairies temporaires. Et dans ce domaine, les semenciers ont beaucoup travaillé pour améliorer les espèces existantes ou en proposer de nouvelles.

Les axes de recherche visent d'abord à augmenter la pérennité des graminées. Cela dans le but de limiter les coûts liés aux travaux d'implantation, mais aussi pour améliorer la structure des sols.

Une espèce comme le dactyle est aujourd'hui mise en avant. Outre le fait qu'elle a une durée d'exploitation longue (en moyenne cinq ans), elle est également bien pourvue en MAT. De plus, le dactyle se comporte bien en cas de sécheresse.

Depuis la canicule de 2003, les semenciers intensifient leurs recherches pour sécuriser la production en année chaude et sèche. Des espèces peu utilisées jusqu'ici comme le moha et le sorgho sont à présent à l'essai. Mais il faudra attendre de huit à dix ans avant que ces travaux débouchent sur la mise sur le marché de nouvelles variétés.

Pour les graminées, la difficulté est de trouver celles qui sont à la fois productives en condition sèche et par temps humide.

D'importants efforts de recherche sont également effectués pour trouver des variétés moins sensibles aux maladies. Comme par exemple contre la rouille sur des RGA.

Les semenciers tentent aussi de contrer les points faibles de certaines espèces. Dans le cas d'une fétuque élevée, l'objectif est de sélectionner des variétés plus appétentes avec des feuilles souples, sans pour autant pénaliser le rendement.

Trouver des variétés ayant une meilleure souplesse d'exploitation est l'une des autres pistes explorées par les semenciers. Ainsi, sur un dactyle, une espèce naturellement précoce, ils essaient de créer des variétés tardives.

A l'inverse, avec une espèce très tardive comme la fléole, l'objectif est de commercialiser des variétés intermédiaires.

Enfin, la dernière tendance de fond des semenciers est de mettre à disposition une vaste gamme de mélanges. L'intérêt, là encore, est de proposer une plus grande souplesse d'utilisation pour les éleveurs. En effet, le mélange étant constitué de plusieurs espèces, toutes n'arrivent pas à épiaison au même moment.

Favoriser les repousses

Une fois la prairie installée, il reste à en tirer profit. Tout d'abord, si les conditions pédoclimatiques jouent bien évidemment un rôle sur le rendement, les techniques d'exploitation pèsent aussi.

Il n'est pas rare de voir se côtoyer en juin des parcelles desséchées et d'autres bien plus vertes. La différence vient de la conduite en début de saison.

Pour valoriser un maximum d'herbe, il faut favoriser les repousses. Cela suppose de sortir les animaux au plus vite au printemps, pour raser l'herbe.

De cette manière, les repousses feuillues pourront se développer par la suite. Il faudra les exploiter, via la pâture ou la fauche. Sinon, l'herbe épiée restera au sol, séchera, et empêchera toute repousse ultérieure.

Une fréquence de pâturage élevée favorise le tallage. Le nombre de talles au mètre carré peut être multiplié par deux ou quatre, en fonction de la conduite.

Fixer les dates clés

Cela semble simple mais si certains rechignent à le faire, il y a des raisons. Manque de temps ou de maîtrise technique, le plus souvent. Et aussi l'idée, entretenue par une mauvaise exploitation des prairies, que celles-ci ne sont pas productives.

Pour pallier ces handicaps, il existe des solutions. «Une bonne exploitation de l'herbe repose d'abord sur l'observation des parcelles», explique Philippe Roger.

A la chambre d'agriculture du Morbihan, il intervient auprès des éleveurs qui souhaitent se former à la gestion de l'herbe. En groupe, c'est plus facile. «Les clés sont connues», poursuit-il.

Tout d'abord, il faut évaluer les possibilités de sa structure en calculant le litrage par hectare et la surface accessible pour les vaches. Il faut ensuite fixer les dates clés: mise à l'herbe, arrêt du correcteur azoté, fermeture du silo…

«A chacun d'identifier la conduite la mieux adaptée à sa situation», rappelle Philippe Roger.

Ensuite, il faut évaluer les jours d'avance au pâturage et déterminer les surfaces à réserver pour la fauche. Des techniques existent pour aider l'éleveur dans cette gestion.

L'utilisation d'un planning de pâturage permet d'enregistrer les observations et les évènements, et donne une vue d'ensemble des parcelles et de l'année.

Les éleveurs qui l'utilisent depuis longtemps en tirent une meilleure connaissance des potentiels de chaque prairie. Ils comparent les années entre elles et prévoient mieux la pousse en se référant à des années climatiques comparables.

Des logiciels d'aide à la décision

Pour ceux qui préfèrent les outils plus modernes, l'Inra a mis au point un logiciel, Herb'évol, qui permet d'anticiper. Il reprend un peu le principe du planning de pâturage, mais va plus loin et se pose comme un véritable outil d'aide à la décision.

Fondé sur des années d'enregistrements de mesure de pousse de l'herbe, Herb'évol permet de simuler la production à venir, et donc de savoir comment gérer les parcelles.

« C'est l'aboutissement de vingt ans de travaux sur l'herbe à l'Inra », précise Luc Delaby, qui a beaucoup travaillé à l'élaboration de cet outil.

La base de données actuelle a été établie dans l'Ouest. Mais l'Inra est disposé à adapter le logiciel à d'autres régions, pour peu qu'elles fournissent les informations nécessaires. Cette démarche est en cours en Franche-Comté (Lire La Franche-Comté veut pâturer plus et mieux).

Autre évolution technique majeure, il est désormais possible de calculer des rations au pâturage. C'est tout nouveau, et cela permet de contrer une difficulté majeure : comment évaluer la quantité d'herbe ingérée au pâturage ? Le logiciel Inration inclut un module qui répond à ce genre d'interrogation (voir l'infographie).

Ce modèle de prévision de l'ingestion est lui aussi issu de longues années de travail à l'Inra. Il permet d'évaluer la couverture des besoins d'une vache, en tenant compte de ses caractéristiques (stade de lactation, potentiel de production…) et de la conduite de la prairie.

Autrement dit, l'éleveur entre des informations qu'il connaît et qui sont propres à son élevage. Le logiciel analyse les effets sur les animaux afin de savoir s'ils sont correctement nourris.

La complémentation peut ainsi être ajustée sur la base d'une évaluation solide des quantités d'herbe consommée.

Rassuré sur ce point, l'éleveur décidera plus facilement de réduire le concentré ou defermer le silo de maïs lorsque les prairies sont en pleine production. Car bien souvent, la consommation d'herbe est pénalisée par un apport de fourrages complémentaires trop important.

 

Intensifier la conduite et réduire le gaspillage de l'herbe

Avec de tels moyens, l'éleveur peut réduire le gaspillage de l'herbe et améliorer la productivité de ses prairies. Bien souvent, cela rend possible une augmentation du chargement et donc une intensification de la production laitière à l'hectare. Et ce, sans toucher à la fertilisation puisque dans la plupart des cas, il s'agit simplement de valoriser une herbe qui est déjà produite.

« Quand on augmente le chargement d'une vache/ha d'herbe, la production par vache baisse de 10 %, mais le lait produit par hectare progresse, lui, de 20 % », rajoute Luc Delaby. C'est doncl'efficacité du système qui se trouve améliorée. Et cette réduction de la productivité par vache peut aussi être compensée en rajoutant des concentrés.

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En savoir plus : www.inration.educagri.fr

 

 

Les repères

- Le tallage est déterminé par la température et la lumière.

- Il faut sortir tôt au printemps et raser la parcelle (4 cm en hauteur de sortie) pour favoriser les repousses.

- Prévoir des paddocks assez grands, de forme proche d'un carré et possédant deux accès pour limiter le piétinement en début de saison. Cantonner le temps de pâturage à quelques heures par jour, au début, pour les mêmes raisons.

- La production en juin est liée à l'exploitation en sortie d'hiver.

- Une hauteur de 12 cm pénalise la pousse, faute de lumière.

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par Pascale Le Cann, Jean-Michel Vocoret, Dominique Grémy et Nicolas Louis (publié le 7 avril 2008)