L­’agricultrice répond à tous ses interlocuteurs sur Twitter, « sauf à celui qui m’a souhaité de la prison, modère Lucie Gantier, éleveuse de poules pondeuses en plein air. J’ai aussi bloqué les personnes qui m’ont agressée sur la question du bien-être animal. Je me préserve. Je réponds toujours pour établir le dialogue, mais quand la personne est haineuse, je coupe. Il m’est également arrivé d’échanger avec des végans, chacun a conservé sa position, mais on ne s’est pas manqué de respect. »

Ex-formatrice au sein d’une maison familiale, l’éleveuse a le goût de la transmission. Dès qu’elle s’est installée en 2019 sur son exploitation de 15 000 poules en Vendée, elle a souhaité parler de son activité. En filière intégrée, « je ne cherchais pas à vendre mes œufs, mais à communiquer auprès des consommateurs de la réalité de mon métier ». Lucie Gantier s’est rapidement aperçue de la rareté des éleveurs de volailles sur les réseaux sociaux. « J’en ai compris les raisons, avec les messages très durs reçus sur Twitter quand je ne faisais que décrire mon bâtiment. J’ai vite su que la tâche n’allait pas être simple. »

« Je n’ai pas à rougir »

Sur Twitter, Instagram, Youtube et son blog, l’éleveuse s’obstine et adapte ses messages et vidéos pour le grand public. En quelques mois, c’est un succès. Sous le pseudo « Les jolies rousses », Lucie Gantier propose une communication positive et vulgarisée. « Je n’ai pas à rougir de ce que je fais, et quand je vois des ONG en faveur du bien-être animal se tenir derrière moi, je me dis que c’est une bonne image de la volaille qui circule. » Repérée par le réalisateur Édouard Bergeon, sa chaîne YouTube est aussi diffusée sur CultivonsNous.tv.

Rosanne Aries

Les dessous de sa communication sont à retrouver sur son blog : https://lesjoliesrousses.home.blog/

« Le silence, une mauvaise stratégie » Nadège Bellot des Minières, spécialiste de la communication et agricultrice

« Une situation de crise, à laquelle peut s’apparenter l’agribashing, impose plus que jamais le dialogue. Vous n’êtes pas obligé de vous jeter dans la gueule du loup et de tout dire. Le but est de parvenir à préserver l’image de votre activité. Le premier réflexe est souvent, hormis la colère et le stress, le repli sur soi qui risque d’envenimer la situation. Si vous assumez ce que vous faites et pourquoi vous le faites, il ne faut pas avoir peur de vous exprimer. Les gens le sentent si vous vous sentez bien dans vos baskets. Les extrémistes jouent sur la culpabilité. Il faut leur opposer maîtrise et cohérence : préparez-vous aux questions, devenez votre propre avocat, en définissant vos messages et en quittant l’émotionnel. »