À 32 ans, Jean-Loup Laudet a rejoint son frère Pierre sur l’exploitation de Chiddes (Nièvre) en reprenant les parts sociales de son père dans le Gaec familial. Animalier pendant neuf ans au centre de l’Inra d’Avord (Cher), il avait toujours gardé un lien fort avec la ferme.

Changement profond

À son installation, le 1er janvier 2017, il ne se souciait pas du changement climatique. « Les “coups de sec” l’été étaient compensés par une repousse d’au­tomne », explique le titulaire d’un double BTS PA et Acse. Le système fonctionnait bien. Il reposait sur 160 vêlages avec broutards repoussés sur 200 ha d’herbe. Des achats de paille l’été et d’aliment (corn gluten feed, pulpes de betteraves, tourteaux de colza) complétaient les besoins. Les performances du troupeau charolais inscrit (100 % IA) se situaient, comme aujourd’hui, dans la moyen­ne haute des élevages du département.

Ces aléas estivaux étaient en fait les prémisses d’un changement plus profond, qui s’est imposé à partir de 2018. Malgré les 30 ha de prairies reprises à l’installation de Jean-Loup, l’élevage a manqué de fourrages. En 2020, 40 ha de prés ont été rachetés. Ils ont été entièrement récoltés en foin. Pluvieuse, l’année 2021 a permis de refaire les stocks. Le projet de créer une petite troupe ovine sur le nouvel îlot a été abandonné. La surface supplémentaire est indispensable pour sécuriser l’alimentation des bovins. « L’exploitation dispose maintenant de surface pour s’adapter au changement climatique, pointent les deux frères. Mais techniquement et intellectuellement, nous n’avons pas le sentiment d’optimiser notre système : au lieu de faire 230 vêlages sur nos 269 ha d’herbe, on se limite à 170-180 naissances. »

L’absence de gros investissement en 2017 a facilité l’adaptation au contexte climatique. L’exploitation aux normes était en rythme de croisière. Tous les jeunes n’ont pas cette chance. « Nous avons bénéficié du travail de nos parents, souligne l’éleveur. Les bâtiments équipés de logettes depuis le début des années 1980 et de couloirs raclés sont peu consommateurs en paille. Le bois des haies valorisé en copeaux est utilisé en partie sur les litières. »

Viser l’autonomie

Outre le changement climatique, la ferme doit faire face à l’explosion du prix des intrants. Le tarif du corn gluten feed était de 190 € la tonne il y a deux ans. Il est à 270 €/t aujourd’hui. Être autonome en fourrages grossiers et surtout en protéines devient indispensable.

Il faut aussi stocker. Un hangar recouvert de panneaux photovoltaïques (800 m2, 100 kWc) a ainsi été construit dans le cadre d’une démarche collective portée par la SAS 58 solaire (1).

Anne Bréhier

(1) Partenariat chambre d’agriculture et EDF-ENR.

Votre analyse du marché - Bovins maigres

L’offre est modeste sur les marchés

Sur les marchés, les apports restent mesurés, les éleveurs étant toujours accaparés par les travaux de saison. Du côté de la demande, les engraisseurs italiens conservent des besoins de rotation malgré des coûts de production élevés. L’Espagne exprime également des besoins, même s’ils sont moins élevés que l’an passé. Ce dernier débouché entre en concurrence avec le marché intérieur, qui a réactivé sa production à l’engraissement souvent soutenue par une filière d’abattage pour assurer l’approvisionnement des outils industriels.