MINISOMMAIRE

Premières rencontres Agri-culturelles

Cet été, les premières rencontres Agri-culturelles ont rassemblé 43 artistes agriculteurs venus de toute la France et même de Belgique.

«Avec mon frère, nous faisions nos outils, nos remorques. Et puis un jour, je me suis demandé: pourquoi faire toujours de l'utile?» Alors depuis trente ans, dès que son exploitation lui en laisse le temps, l'agréable l'emporte sur l'utile et Jean-Louis Chapuis (*) sculpte de vieux outils en fer forgé, leur offrant ainsi une nouvelle vie.

En 1999, c'est précisément le thème de l'exposition de la semaine culturelle de Saint-Pal-en-Chalencon, manifestation organisée depuis plus de dix ans par l'office du tourisme de ce village de la Haute-Loire. «Après cette exposition, j'ai eu l'idée de réunir tous les agriculteurs artistes de France. Avec ces rencontres, je voulais également lutter contre la désocialisation des campagnes, créer des liens entre les gens, favoriser des échanges. Et enfin, je trouvais que c'était une bonne occasion de donner une autre image de l'agriculture. Le message était clair: «Venez voir ce que nous sommes capables de faire.»

Pour contacter les artistes, Jean-Louis laisse un message sur le répondeur de l'émission de France Inter «Ça va, ça va». Kriss, l'animatrice, séduite par le projet lance un appel à candidature sur les ondes. Premier succès, un an et demi avant la manifestation, 80 contacts sont pris. Roland Petit, responsable de l'office de tourisme de Saint-Pal-en-Chalencon, adhère dès le premier jour au projet de Jean-Louis. Mais le premier, plus pragmatique que le second, s'inquiète du coût et de l'organisation de ce rassemblement artistique toutes disciplines confondues: peinture, sculpture, poésie, théâtre, contes... «Nous voulions que tout soit gratuit, prendre en charge le déplacement des oeuvres, des artistes, etc., explique Roland Petit. Nos calculs prévisionnels s'élevaient à près de 400.000 F. Sachant que la semaine culturelle bénéficie d'un budget de 8.000 F, le rêve de Jean-Louis paraissait irréalisable.» Alors les dépenses ont été revues à la baisse pour arriver à un budget global de 200.000 F.

Plus raisonnable, le financement reste tout de même difficile à trouver. «Neuf mois avant l'inauguration, j'ai baissé les bras, avoue Roland Petit. Les partenaires restaient timorés et l'espoir d'équilibrer les comptes utopique. Le 10 janvier 2001, nous n'étions toujours pas sûrs de faire les Agri-culturelles.» Puis une banque proche des agriculteurs s'est engagée, ouvrant la voie à d'autres sponsors.

«Pour ce qui est des subventions, nous avons pêché par notre inexpérience.» Ainsi, le dossier fait poste restante dans un ministère, orienté vers la commission de l'agriculture et non vers celle de la culture où le soutien financier était quasiment assuré. Et cette nuit où il a fallu rédiger un mémoire de quarante pages pour le déposer en six exemplaires le lendemain à la préfecture.

Autant d'erreurs, de tâtonnements dont chacun tire les leçons. Du côté de la réalisation, les choses n'ont guère été plus simples. L'un campait l'exposition sur un champ reconstitué dans le gymnase, un autre y ajoutait un point d'eau et un autre encore plantait un arbre au centre de la pièce. Une rencontre fortuite, dans un restaurant, fera intervenir un scénariste qui canalisera les énergies. La métamorphose de la salle de sport est telle que les habitants de Saint-Pal n'en sont toujours pas revenus. Pour en arriver-là, il aura fallu mobiliser et activer le «réseau». «Cela fait un an que nous nous réunissons toutes les semaines, sans compter les heures passées à installer le décor, à couper les tissus... Quelque 1.500 heures la dernière semaine pour être prêts à temps», remarque Henri Valeyre, autre protagoniste de la première heure. «Tout le monde s'y est mis, des agriculteurs ont posé la moquette, ce que certains n'avaient jamais pris le temps de faire chez eux», ajoute Jean-Louis Chapuis conscient et reconnaissant pour cette aide précieuse, comme cet électricien qui a tiré les câbles gratuitement contre un encart publicitaire publié dans le programme de la manifestation. «Sans la solidarité et la convivialité, rien n'aurait été possible car c'est un investissement humain énorme», précise-t-il encore. Huit jours avant l'ouverture des portes, Jean-Louis se retrouve au micro de France Inter aux côtés de Kriss. "Ça y est, deux ans après un appel lancé sur notre antenne, les Agri-culturelles vont voir le jour et j'en suis fière», annonce l'animatrice. Le compte à rebours est enclenché, mille détails restent à régler, les artistes arrivent à Saint-Pal, l'effervescence est à son comble.

____

(*) Jean-Louis Chapuis: voir l'article paru dans «La France agricole» du 6 octobre 2000.

Retour au minisommaire

CONVIVIALITÉ

Le jour «J»

«Je déclare ouvertes les premières rencontres Agri-culturelles», et Kriss, la marraine de l'événement, de couper le ruban officiel. «J'ai lu un article présentant le projet de Jean-Louis, explique Sylvain Gillot, jeune agriculteur, tourneur de bois, qui a fait le voyage depuis l'Yonne. J'ai tout de suite eu un bon contact avec lui et c'est vrai que le fait d'être hébergé chez un agriculteur est un plus. C'est super de rencontrer des gens d'une région différente, qui travaillent autrement. Ce sont vraiment des rencontres avec un grand R.»

«C'est une reconnaissance de notre travail personnel. C'est important de savoir que nous ne sommes pas un cas isolé, que d'autres agriculteurs créent également», ajoute Jean-Michel Chanteux, agriculteur-sculpteur de métal du Maine-et-Loire qui exposait pour la première fois.

Un soir, tout le monde se retrouve dans la salle d'animation rurale. Chants basques interprétés par Erranum Marticonrena des Pyrénées-Atlantiques et contes, dont certains rapportés en patois par Jean Moly tout droit arrivé d'Isère, sont au programme.

Alors, dans le public des réflexions fusent, les personnes âgées cherchent au plus profond de leurs souvenirs pour tenter de traduire leurs impressions.

Les gamins écoutent les yeux écarquillés. «Un mot à retenir, s'interroge Jean-Louis Chapuis, convivialité!»

Retour au minisommaire

De la bonne graine

Dans la campagne nantaise, des ruraux réinventent chaque année le festival «Graines d'automne» depuis 1996.

Trop loin de l'océan, pas assez de châteaux, mais un tissu associatif vivace né sur la Jac: voilà le terreau sur lequel reprend avec vigueur en octobre le festival Graines d'automne; le festival de la culture buissonnière, généreuse. Depuis octobre 1996, les sept petites communes qui entourent Nozay, dans la Loire-Atlantique, offrent à tour de rôle un programme de tentations culturelles variées: jazz à la ferme dans la «stabul», une ancienne étable transformée pour l'occasion en scène musicale, marché de l'art, animations musicales théâtrales, marchés aux produits locaux et d'ailleurs, veillées toute la semaine chez l'habitant avec histoires, contes ou chansons et petite collation préparée par les voisins. Les enfants des écoles s'en vont cueillir les champignons avec les anciens avant de se retrouver le dimanche pour un «brouhaha dans les potagers» avec partage de plantes, d'expérience, animation autour du livre de cuisine et concours de recettes à base de pomme. D'une année sur l'autre, les thèmes varient au gré de l'imagination d'une quinzaine d'associations locales qui vont du centre international de culture paysanne et rurale, à Campagn'art, au réseau des bibliothèques locales, ou encore, à l'association échanges et solidarité ou à l'association de coordination gérontologique...

«Le festival "Graines d'automne" est la locomotive qui tire les wagons proposés par les associations», précise Marie-Paule Méchineau agricultrice. Gilles Philippot éleveur de porc est un autre pilier de «Graines d'automne». «Nous, ruraux venus de tous horizons, nous voulions créer ici des liens entre milieux, mais aussi entre générations. Ces relations entre les gens créent un vrai pays plus sûrement qu'une décision administrative.»

Les organisateurs de Graines d'automne s'appuient sur les richesses rurales peu valorisées: «Les histoires de veillées, avec l'ambiance qui les accompagne, explique Gilles Philippot. Mais l'association a programmé, dès le début, d'autres modes d'expression avec toujours cette idée de spectateurs-acteurs qui osent la découverte: diapositives projetées, musiques toujours chez l'habitant, jazz à la ferme. «Les animations sont gratuites.» Pour éviter la lassitude des bénévoles, les communes tournent. Les habitants accueillent les invités chez eux pour la veillée avec le soutien de leurs voisins. «Les prix des spectacles payants oscillent aux alentours de 50 F, mais ne dépassent pas la somme de 75 F. Les spectacles de jazz sont sélectionnés par un club de Nantes. «Les citadins viennent chez nous pour nos spectacles de qualité mais surtout chercher ce climat de fêtes en toute simplicité et convivialité, précise Gilles Philippot. Nous voulions construire une image du rural et de l'agricole qui affirme notre identité sans nous enfermer dans la caricature, en sortant de la plainte. Nous nous prenons en charge sans laisser les autres décider de notre histoire.»

Retour au minisommaire

«20.000 lieux sur la terre»

«Après le festival au début de décembre, nous faisons le bilan financier. Ensuite, nous laissons délirer les imaginations de chacun. En février, nous trions entre le possible, le réalisable et le finançable. Le budget assuré par les collectivités locales et mécènes ne dépasse pas 80.000 francs. Les municipalités nous aident pour la mise en place des infrastructures. L'imagination ne demande pas toujours de gros moyens financiers», estime Marie-Paule Méchineau.

Cette année, le festival aura lieu du 13 au 28 octobre. Le thème «20.000 lieux sur la terre» privilégiera les livres sur les voyages, les carnets de route, les odeurs avec l'installation d'un souk, d'une tente touareg où seront proposés des repas sénégalais. Des tziganes animeront le marché de l'art qui se tiendra en ouverture. Les conteurs viendront du Québec. Des jeunes qui reviennent du Pérou proposeront une soirée diapositive, de la musique voire des recettes de cuisine.»

Retour au minisommaire

Faire rire et sourire au pays

Né de la passion d'amateurs de spectacles vivants, l'Eté de Vaour s'est enraciné dans le Tarn.

«Avant lorsque l'on me parlait de Vaour, on me demandait en plaisantant comment allaient les sangliers, la neige et le brouillard. Aujourd'hui, on me parle de l'Eté de Vaour», explique satisfait M. Bergamo, conseiller agricole qui vit dans ce village de 235 habitants perché au-dessus des coteaux de Gaillac là où la vigne laisse la place à de tranquilles pentes herbagées.

Pendant une semaine, le village accueille quotidiennement 700 personnes qui viennent participer, dès 18 heures, aux apéro-concerts, spectacles de rue et pièces entre humour et émotion. Ici, pas de cracheurs de feu ou de ventes sauvages. Ce sont les habitants qui animent les buvettes, qui proposent les sandwichs.

Les agriculteurs réunis au sein d'une Sica proposent leurs produits. Cela fait maintenant seize ans que ce festival est né. «Même si aujourd'hui l'équipe a beaucoup changé, la maîtrise de l'événement est dans le village», estime Gérard Le Got, l'un des fondateurs, aujourd'hui à la retraite. Il évoque avec une émotion à fleur de peau la création du festival. A l'origine, il y a cette rencontre entre amoureux du théâtre et la symbiose qui s'opère autour des membres du Gaec, la ferme du Muret, trois jeunes agriculteurs venus du Nord pour réaliser leur projet de vie: ils monteront un élevage de chèvres et vendront leurs fromages en direct. Tout en participant avec d'autres agriculteurs du village à la création d'une Cuma de transformation qui deviendra une Sica, l'un d'entre eux, Roland Lanoye, va s'investir dans la mise en place de ce festival.

Gérard Le Got se souvient: «Nous avons commencé par le théâtre, présenté sur une charrette sur la place du village.» En 1986, l'équipe d'amis aménage un théâtre de verdure dans la cour de l'école. L'Eté de Vaour est né. «Nous étions des amateurs, mais nous avons tout de suite voulu une organisation impeccable, avec une bonne sonorisation et un véritable éclairage.» Odile Laurent, présidente du festival, a fait partie de l'équipe «préhistorique». Elle avait travaillé dans le milieu du spectacle à Paris avant de vivre dans la région.

Dès la première année, elle a fait appel «à prix d'amis» à Romain Bouteille, Marc Jolivet... Bientôt, le théâtre de verdure ne suffit plus et quand un des membres du Gaec, Francis Dupas, devient maire de la commune en 1989, le projet de restauration de la Commanderie, totalement abandonnée aux ronces, prend forme. En 1998, la disparition brutale de Roland Lannoye laisse l'équipe orpheline. Enraciné dans le village, fort de ses bénévoles, le festival se poursuivit, ébranlé à nouveau l'année suivante par la disparition de Francis Dupas.

Mais les membres fondateurs de l'association remontent au créneau: «Tous les ans, nous nous demandons si nous repartons ou non. L'amour du spectacle nous pousse. Cet Eté donne du tonus à tout le monde», explique la présidente. Aujourd'hui, l'Eté de Vaour a recruté des permanents. Son budget s'élève à un million de francs couvert à parts égales par les recettes et les subventions. «Lorsqu'un spectateur explique à un comédien qu'il vient à Vaour "parce qu'ici j'ai le droit", nous atteignons notre objectif : rire ou sourire au pays.»

Retour au minisommaire

AVENTURE AGRICOLE

Vu de la ferme du Muret

Le Gaec de la ferme du Muret a dû être dissout. Maurice Charreton, l'un des derniers membres du Gaec, met sa chèvrerie désaffectée à disposition du festival. Il poursuit son aventure agricole avec un élevage de porcs de plein air qu'il transforme totalement grâce à la Sica. «Nous ne savons pas ce qui revient au festival, mais il y a désormais une dynamique ici. Des jeunes s'installent.» Anne Capelle, la femme de Francis Dupas, qui fut elle aussi membre du Gaec, malgré l'émotion qui la submerge, livre son sentiment: «C'est une belle réussite de la vie locale. Chacun met sa griffe là où il vit. Nous étions initiateurs sans doute, mais les gens du village ont tout de suite accroché et fait vivre l'idée. Si aujourd'hui, les bénévoles viennent des environs, au départ tout s'est fait avec le village. Les gens ont partagé le plaisir de faire. Etre dans un si petit village, cela donne finalement une liberté extraordinaire.»

Retour au minisommaire

Les fêtes caprines

Patrick Sourbès est à l'origine de fêtes caprines. Cette manifestation met à l'honneur les biquettes, et change de lieu tous les ans.

Patrick Sourbès (*) est chevrier à Piégros-la-Clastre, dans la Drôme, depuis une vingtaine d'années. Sa passion pour les biquettes, il l'a déjà traduite de nombreuses manières, dont celle d'ouvrir sa chèvrerie à qui veut en savoir davantage sur ses animaux, son métier, ses fromages. Cet enthousiasme pour créer une émulation autour des chèvres a séduit le district d'aménagement du Val-de-Drôme (le DVAD), qui regroupe trente-cinq communes.

«En 1995, le DVAD cherchait à organiser une manifestation pour valoriser la région en impliquant le plus de monde possible. Ils m'ont contacté et la chèvre, véritable identité régionale, est apparue comme l'élément fédérateur», souligne Patrick qui, aujourd'hui, a pris du recul par rapport à la manifestation se concentrant sur d'autres projets comme la création d'une maison internationale de la chèvre. «Pour éviter toute routine, le lieu de représentation change tous les ans.»

Ainsi, «puisque ce sont les acteurs locaux, les associations, les écoles, les chevriers qui conçoivent les animations, nous assistons chaque année à des fêtes totalement originales». Dynamique qui complique considérablement les choses. «Chaque fois, nous repartons à zéro avec des idées nouvelles.» Du point de vue budgétaire, un peu plus de 100.000 F sont nécessaires. «Notre fête s'inscrit dans le contrat global de région, dont les subventions couvrent près de la moitié des dépenses», détaille Hugues Vernier, chargé de mission du DVAD. «15% sont des aides départementales dans le cadre de la promotion des produits, 20% sont des fonds européens, les fêtes caprines entrant dans le programme "Leader" qui encourage la promotion des produits et les manifestations culturelles. Le reste est de l'autofinancement qui vient des entrées payantes.»

Le budget s'est toujours équilibré, sans dégager de bénéfice, mais là n'est pas du tout le propos des fêtes caprines. «En nous reposant sur une structure intercommunale, nous obtenons une partie du financement rapidement. Les autres subventions arrivent jusqu'à deux ans après pour les fonds européens. Or, les artistes, les fournitures sont à payer immédiatement.» Du côté du public, le succès est grandissant, au point que les organisateurs ont créé une association qui prend en charge l'événement. «Nous avons recruté un emploi jeune», explique Jean-Michel Gascoin, président de l'association, ancien chevrier à la retraite. «Les comités de pilotage se retrouvent régulièrement de novembre à mai, date de la fête. Les gens qui ne se connaissaient pas se rencontrent. C'est très convivial et rien que ça c'est déjà une réussite.»

_____

(*) Voir l'article paru dans «La France agricole» du 26 janvier 2001.

Retour au minisommaire

Mille et une idées

Jean-Yves Kerdevès, éleveur laitier à Brasparts, dans le Finistère, organise chaque année un festival de rock dans sa stabulation, libérée à cette occasion de ses pensionnaires habituelles. Et cela marche, même si à deux pas de là, quelques semaines plus tard, se déroule à Carhaix le festival ultramédiatisé des Vieilles charrues. Dans le Maine-et-Loire, des groupes d'agriculteurs proposent en juin des contes à la belle étoile «Les nuits contées», avec lectures de textes, découvertes du patrimoine, chants et autres animations.

Enfin, dans une liste qui est loin d'être close, se range «Les pailleurs de mots», une initiative prise par un poète girondin qui, avec des agriculteurs, a empaillé lettres poèmes, légendes, anecdotes dans de toutes petites communes. Ils dépaillent ensuite publiquement ces mots au cours de soirées théâtrales. «L'imagination, disait Gilles Philippot, du festival «Graines d'automne», ne coûte pas forcément cher.» Et visiblement, elle n'a pas déserté les campagnes. Ils réinventent des expressions artistiques pour les proposer en priorité aux habitants du cru et, si le coeur leur en dit, aux citadins.

Retour au minisommaire

par Marie Gabrielle Miossec et Claire Algrain (publié le 24 août 2001)