Même sans avoir à rechercher un partenaire, la mise en place du pâturage sur des surfaces additionnelles ne s’envisage pas sur un coup de tête. « Il convient de bien réfléchir pour ne pas le subir. Sinon le projet meurt à peine après avoir commencé », prévient Carole Jousseins, de l’Institut de l’élevage (1). L’absence de clôtures est par exemple à appréhender. Le travail engendré pour la pose de système mobile peut être très chronophage (voir le tableau ci-dessous).

Lorsqu’un éleveur envisage de valoriser des surfaces qui appartiennent à un tiers, il est important d’échanger longuement avec le propriétaire du terrain. « Il faut se rencontrer, visiter les parcelles, définir toutes les périodes de pâturage et de travaux qui vont devoir être effectués dans les parcelles, définir les équipements fixes ou mobiles… », insiste Carole Jousseins. Lorsque la surface n’a jamais accueilli d’animaux, tout doit être organisé, en tenant aussi compte du passage des autres usagers réguliers de la surface. La pose de portillons pour les randonneurs, les ramasseurs de champignons sera peut-être à prévoir. Dans certains cas, il est parfois nécessaire de protéger les jeunes arbres dans les vergers ou les systèmes d’irrigation.

Un guide du partenariat

L’installation d’un abri et d’un système d’abreuvement fait partie des éléments à ne pas négliger. La productivité des surfaces est elle aussi à évaluer pour déterminer d’une part si le déplacement vaut la peine et d’autre part pour ajuster le nombre d’animaux à y affecter.

Réfléchir ensemble au choix du couvert dans le cas d’un partenariat avec un céréalier est un moyen de tenir compte à la fois de l’agronomie et des contraintes des animaux (lire p. 49). Cela plaide en faveur d’une collaboration durable.

Pour faciliter ces réflexions, un guide du partenariat a été élaboré dans le cadre du projet Brebis_Link. Celui-ci est disponible sur le site de la chambre d’agriculture de la Dordogne. Il récapitule en détail l’ensemble des points de vigilance à passer en revue pour établir un équilibre gagnant-gagnant.

« L’objectif est de créer un cadre plus sécurisé de partenariat entre les éleveurs et les propriétaires fonciers », explique Camille Ducourtieux, de la chambre d’agriculture de Dordogne, précisant qu’il n’y a pas de frein réglementaire. Pour les aides ovines, si les animaux pâturent sur des îlots non déclarés dans le registre parcellaire Pac de l’éleveur pendant la période de détention obligatoire (du 1er février au 10 mai), un bordereau de localisation doit être joint à la demande d’aide en indiquant les parcelles susceptibles d’être pâturées. « Sur le plan juridique, en revanche, rien n’est encore défini, souligne Camille Ducourtieux. Un projet­ d’étude en collaboration avec l’université de Poitiers pourrait apporter des réponses si nous obtenons le financement. »

(1) Lors du webinaire de clôture du projet Brebis_Link le 25 mars 2021.