Brigitte Chizelle, sociologue des organisations, membre de l'association « Autrement dit »

Les relations de qualité, ça se construit

« J'ai construit le stage « Cultivons l'humain sur nos fermes » à la demande de l'AFOCG de l'Ain. La formation dure cinq jours répartis en hiver. Nous partons d'un temps d'échange libre où chacun parle de ses difficultés sans tabou. Si des émotions s'expriment, ensuite on relativise. Puis chacun note ses interrogations sur un Post-it. Et nous dégageons les questions à traiter ensemble. Pas de programme préétabli : je favorise les échanges. Nous sommes tous coresponsables du dispositif, même si je dispose d'une « boîte à outils » pour les réponses. Suivant le cas, je propose un exercice : un jeu de rôle pour une question sur les relations avec les clients dans un point de vente collectif, un apport de méthode si le but est d'apprendre à animer une réunion, une projection dans le temps si l'agriculteur s'interroge sur un nouveau projet. Quand cela déborde vers la vie personnelle, je ne zappe pas mais je ne zoome pas non plus : à un fils qui demande devant son père comment décider à deux, je ferai un apport méthodologique sur la prise de décision. Je suis sociologue, pas thérapeute : en élargissant le propos, chaque participant y trouve son compte. Pour éviter le conformiste de tout groupe, chacun note ses idées avant de les exposer. Nous faisons un bilan après chaque journée. Au fil des rencontres, une dynamique se crée. Il y a une progression. Les agriculteurs rentrent vite dans cette démarche, proche des méthodes de responsabilisation de l'AFOCG. Face aux autres publics que je rencontre, la problématique « temps » des agriculteurs est forte : celle du temps de la montre, celle du temps qu'il fait. Ils se posent beaucoup de questions sur la prise de décision à plusieurs. Et ils sont surpris de voir que les relations de qualité, cela se construit. Je leur apprends en quelque sorte à "relationner". »