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Dossier Blé argentin, une origine opportuniste

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Avec la libéralisation des marchés, la céréale a pris davantage de poids à l’exportation. © Diego Giudice/Archivolatino-REA

Très virulente sur une relative courte durée, la céréale sud-américaine souffre de prix élevés pour être compétitive le restant de l’année.

«Il y a quelques années, l’origine argentine en blé n’était pas très sexy, introduit Leandro Pierbattisti, économiste et consultant chez Lepier Solutions en Argentine. Mais là, depuis un certain temps, on peut en parler. »

En effet, le contexte céréalier a radicalement changé depuis le 20 décembre 2015, avec la suppression totale des restrictions commerciales à l’export sur les céréales, c’est-à-dire les quotas et les taxes à l’export mis en place par Mauricio Macri dès son accession au pouvoir. Cette libéralisation du marché des céréales a entraîné par la suite une hausse significative des surfaces allouées au blé (lire aussi p. 21) et au maïs, au détriment notamment de celles au soja. « Par ailleurs, les taxes à l’export sur les céréales ont été rétablies en septembre dernier, cette fois-ci variables en fonction du taux de change (à ce jour, la taxe sur le blé équivaut à 9 %). Il reste à savoir si ce niveau de taxe à l’export baissera, se maintiendra constant ou augmentera dans l’avenir. Cela dépendra très probablement du résultat des élections présidentielles qui auront lieu cette année en Argentine », poursuit l’économiste.

Libéralisation

En décembre 2014, un an avant la libéralisation des marchés, le blé argentin disponible se négociait à 130 $/t, alors que son prix Fob s’affichait à 250 $/t. Après le 20 décembre 2015, les taxes à l’export sont passées de 23 % à 0 sur le blé, de 20 % à 0 en maïs, et ont subi une dégressivité régulière en soja. La compétitivité du blé argentin s’est accrue, motivant les producteurs à emblaver davantage de blé. Quelques jours auparavant, l’Argentine avait décidé de libéraliser le taux de change (le 17 décembre 2015). « En une journée, la monnaie locale s’est dépréciée d’un tiers vis-à-vis du billet vert. Puis, les 135 % de dépréciation en dix mois intervenus en 2018 ont profité au blé », se souvient Leandro Pierbattisti.

Les conséquences ont été assez spectaculaires sur la production nationale, en dehors des deux campagnes où les sécheresses (2008-2009, puis 2017-2018) ont pénalisé le soja et le maïs. Le blé avait totalement été épargné cette année-là. Pour 2018-2019, sont annoncées 56 Mt en soja, 49 Mt en maïs et 19,5 Mt pour le blé, pour un total toutes productions comprises de 133 Mt.

Côté export, en blé, la moyenne sur la période allant de 2002-2003 à 2007-2008 était de 9,1 Mt. En raison de l’interventionnisme du gouvernement, celle-ci est tombée à 5,5 Mt sur la période de 2008-2009 à 2014-2015, avec un plus bas à 1,5 Mt exportées en 2013-2014. « On a importé du blé des voisins cette année-là. Puis sont revenues les années de gloire, bien que je ne sois pas certain qu’on atteigne 13,2 Mt prévues, mais peut-être plutôt 12 Mt », tempère Leandro Pierbattisti (voir le graphique), et rien en direction de l’Union européenne.

Le pays s’étirant sur 3 700 km, les entreprises de travaux agricoles dites contratistas commencent à récolter le blé de fin octobre-début novembre tout au nord du pays à mi-janvier au Sud. « Il n’y a donc pas de concurrence intraculture. En revanche, il y en a une entre les cultures. « Au-dessus de la route 5 (qui va de Buenos Aires à Santa Rosa, NDLR), le blé représente 52 % de la production nationale. Quasiment 70 % des exportations de la céréale proviennent de cette zone et partent de l’Up-River (port de Rosario, NDLR), ce qui embête l’UE un peu au début de la campagne commerciale argentine, soit au début de l’année civile », poursuit-il. En effet, 56 % des exportations de blé sont réalisées entre décembre et mars, et surtout en décembre et janvier.

« Alors que dans le Sud, le blé 42 % de la production nationale est un outil stratégique et la principale culture à défendre. D’une part, 20 % des moulins en activité se trouvent dans cette zone. D’autre part, le fret du blé Nord-Sud, sur des distances autour de 400 km, coûte plus cher que d’aller à Shanghai, donc l’Argentine a tout intérêt à profiter du port de Necochea au Sud », explique l’économiste.

Visibilité

En plus de la suppression des restrictions commerciales, la période d’embarquement a été prolongée en juillet 2017, de 45 jours à 365. « Désormais, l’exportateur a la possibilité pendant un an d’embarquer. Cela a donné une visibilité extraordinaire au marché, ce qui permet de l’organiser plus à l’avance. Au moment où il faut être agressif, les agriculteurs ont désormais la marchandise : le poids du blé argentin sur le solde exportable à la fin de la récolte est passé de 22 % en janvier 2016 à 73 % en janvier 2019. Il est indispensable d’avoir des prix compétitifs, car le fret, depuis l’Argentine vers certaines destinations, coûte le double de celui de la mer Noire ou de la France », analyse Leandro Pierbattisti.

La stratégie du coucou

Dans les mois qui suivent, c’est « le jeu du Brésil ». « Auparavant, les Brésiliens achetaient du blé en juin-juillet pour finir la campagne commerciale. Mais tout a changé car, au début de la libéralisation des marchés, l’Argentine avait des prix à 144 $/t qui sont passés à 213 $/t l’année dernière. Elle a aussi surfé avec le renchérissement de l’offre de la mer Noire : en décembre 2016, les prix Fob mer Noire étaient à 183 $/t pour culminer à 235 $/t en décembre 2018. L’Argentine a profité de cette embellie au niveau du prix international pour être fortement compétitive en début d’année.

D’ailleurs, hormis le Brésil, client traditionnel et stratégique, d’autres destinations comme l’Algérie, l’Afrique australe et de l’Est, ou encore l’Asie du Sud-Est sont très importantes pour le blé argentin. « Tout est fonction des opportunités. En Australie, c’était la bérézina au niveau du solde exportable, donc l’Argentine en a profité pour fournir l’Indonésie. » La qualité de sa récolte a aussi permis de prendre la place de l’origine mer Noire. « D’où l’augmentation des exportations de blé argentin vers le Nigeria par exemple, alors qu’en 2016-2017, à qualité similaire, elle n’était pas présente sur ces destinations », rappelle l’analyste.

En revanche, pour un blé très compétitif en janvier avec 2,7 Mt, on passe à 1,4 Mt exportée en février et à 400 000 t en avril. La limite de l’origine argentine, c’est le prix à certaines périodes. « Aujourd’hui, le blé est trop cher. Rendu Alger, il était à 265 $, contre 235 $ pour le blé français. Il faut réussir à aller au-delà du Brésil mais, avec 23 $/t de taxes aux exports, c’est compliqué », note Leandro Pierbattisti.

Orge, un marché restreint

Du côté de l’orge, le Brésil n’en produit pas et l’Argentine en cultive environ 1 Mha. Cela a conduit à une production de 4,5 Mt en 2018-2019, dont 2,5 Mt ont été exportées, notamment 800 000 t vers l’Arabie Saoudite et la Jordanie, et 500 000 t vers ses voisins, dont le Brésil. « C’est un marché restreint pour lequel il n’y a pas de concurrence à craindre », précise Margaux Verdier. Et d’ajouter : « L’Union européenne a exporté 9 000 t d’orge vers le Brésil. Ce n’est rien ! »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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