Des prévisions de revenus en baisse, des enfants élevés et des compétences à valoriser. Plusieurs agricultrices de l'Oise, travaillant à mi-temps sur leur exploitation, souhaitaient s'engager dans une démarche de création de nouvelles activités ou de recherche d'emploi. Après plusieurs années passées sur l'exploitation, elles ne connaissaient pas leur valeur professionnelle. Pour clarifier leur projet et en étudier la faisabilité, sept d'entre elles ont réalisé un bilan de compétences.

Vers un emploi ou une validation des acquis

«Ce bilan est un travail individuel, explique Carole Piedvache, animatrice de groupes féminins à la chambre d'agriculture de l'Oise. Nous avons réalisé une démarche collective car elle répondait à une demande de plusieurs agricultrices. Certaines phases ont été effectuées en commun, mais la plus grande partie du travail reste personnelle. L'avantage du groupe est la remotivation.» Le coût de la prestation, d'environ 1.000 euros par personne, a été pris en charge à 90% par Vivea et par la Délégation départementale aux droits des femmes.

Pendant vingt-quatre heures, à raison d'une demi-journée par semaine, les agricultrices ont fait le point sur leurs expériences professionnelles et personnelles. Le bilan interroge sur les potentialités personnelles et les acquis liés au travail et à la vie sociale. Il aide à identifier les savoirs, les compétences et les aptitudes: «Ce que je sais faire, que je peux faire et veux faire.» Le participant confronte ensuite son bilan à l'environnement socio-économique. Dans une dernière phase, il définit son projet professionnel et les stratégies à mettre en place pour créer une activité, rechercher un emploi ou intégrer une formation. Toutes ces phases nécessitent un investissement en temps important pour aboutir. Cette démarche est à réserver aux personnes souhaitant évoluer professionnellement.

«Le bilan a remis en projet les agricultrices», constate Carole Piedvache. L'une d'entre elles a retrouvé un poste à mi-temps d'éducatrice de jeunes enfants. Une autre est en recherche d'emploi. Trois souhaitent valoriser leurs compétences en comptabilité-gestion-secrétariat en travaillant chez d'autres agriculteurs ou chez des artisans. Quatre autres s'orientent vers une VAE (validation des acquis de l'expérience) par un diplôme en comptabilité ou en zootechnie. Elles considèrent ce diplôme comme un atout pour rechercher un emploi, ainsi qu'une sécurité, notamment en cas de décès du conjoint. Enfin, certains rêves difficilement réalisables ont été abandonnés, réalité oblige.

EDITHLECHEVALIER, agricultrice à Auneuil, dans l'Oise

«Une démarche à compléter»

«Je reste un peu sur ma faim. Le bilan de compétences donne des indications sur notre aisance ou nos difficultés dans les différentes tâches (chiffres, logique, atelier, bureau…) ainsi que sur nos capacités à reprendre une formation. Toutefois, il ne donne pas d'éléments précis sur notre niveau, sur le diplôme que nous pourrions obtenir par la voie de la validation des acquis de l'expérience. Il s'agit d'une démarche ultérieure à réaliser. J'ai un diplôme de comptabilité qui n'existe plus et quinze ans d'expérience dans ce secteur. J'ignore pour l'instant vers quelle voie je vais faire évoluer cette expérience (validation des acquis, formation, emploi…). Mais je vais poursuivre pour être sûre de pouvoir rebondir, notamment si l'évolution de l'agriculture se détériore.»

MARYLISEBLANCART, agricultrice à Sommereux, dans l'Oise

«Je sais ce dont je suis capable»

«Les agricultrices ont souvent tendance à se sous-estimer. Le bilan de compétences redonne confiance en nous. Il met en valeur toutes nos expériences et nos atouts. Responsable d'associations de parents d'élèves, du lycée jusqu'au primaire, j'ai acquis de nombreuses compétences d'organisation, de responsabilité, de représentation et de gestion de conflits. Je n'en avais pas pris conscience avant le bilan.

J'épaule bénévolement mon mari, polyculteur-éleveur depuis des années. Les compétences acquises par mon activité agricole sont nombreuses: comptabilité, secrétariat, gestion de l'élevage. Je n'ai aucun diplôme agricole. Je souhaite demander une VAE (validation des acquis de l'expérience) peut-être pour un bac pro en zootechnie. C'est pour moi une reconnaissance de ce que je sais faire. Si je dois rechercher un emploi, je suis préparée.»

par Marie-Pierre Canlo (publié le 19 mai 2006)