C'est un spectacle unique en France que propose Le Grand-Pressigny dans le sud de la Touraine (1.100 habitants). Un spectacle où 150 acteurs amateurs locaux jouent simultanément douze pièces de théâtre chez des particuliers. Permettant au public de découvrir les oeuvres au gré de ses déambulations dans le coeur historique du village. Mises bout à bout, les pièces représentent huit heures de spectacle. «C'est un projet artistique fou car ici les habitants ne sont pas des figurants. Ils ont tous un véritable rôle avec du texte», souligne José-Manuel Cano Lopez, metteur en scène de l'ensemble des pièces de ce parcours théâtral. Le spectacle existe depuis 1999 et, chaque année, les comédiens explorent un nouvel univers. Après Jean de la Fontaine et Molière, ils ont découvert le vaudeville avec des pièces de Labiche, Feydeau et Courteline. Ces oeuvres complexes obligent à démultiplier les rôles et donc à gérer quarante groupes pour les répétitions. Elles ont lieu tout le mois de juillet de 9h30 à minuit par créneau de 1h30.

«Au début de chaque créneau, je mets en scène plusieurs groupes en parallèle et ensuite ce sont mes assistants qui font répéter», indique José-Manuel Cano Lopez. Parmi ses assistants, quatre font partie de sa compagnie, mais huit sont des personnes de l'animation pressignoise, association qui assure aussi toute l'organisation logistique de la manifestation (subventions, prêts de lieux par les particuliers, autorisations de prélèvements d'électricité, restauration...).

Chaque année, 3.000 spectateurs parcourent le village au cours des trois soirées de représentations. Mais la réussite du projet va bien plus loin: pendant un mois, il crée un lien fort entre des gens d'âges différents (de 6 à 83 ans), de catégories sociales variées, qui se battent ensemble pour que le spectacle soit un succès. «Lorsque les habitants partagent des moments aussi forts, ils se voient ensuite différemment», observe le maire, François-Nicolas Joannès, lui-même comédien. Mais il compte aller plus loin: «Nous allons prolonger l'effervescence du mois de juillet en fondant un pôle de création artistique permanent consacré au théâtre mais aussi à d'autres arts contemporains», annonce le maire.

Au gîte, on joue Labiche

Ce 24 juillet, les acteurs sont dans la courette du gîte que surplombe le château du Grand-Pressigny, dans l'Indre-et-Loire...

C'est la «prégénérale» du vaudeville d'Eugène Labiche, «La fille bien gardée». Ultime étape pour caler la mise en scène, les costumes, les éclairages, avant la générale puis les représentations des trois soirs suivants. Les comédiens n'ont reçu leur texte qu'aux premiers jours de juillet. «J'ai appris mes répliques dans le tracteur lorsque j'avais un peu de temps et aussi le soir avant de me coucher», raconte Damien Dierickx, agriculteur, responsable du club de théâtre d'un village voisin. Puis il y a eu les répétitions avec José-Manuel Cano Lopez, célèbre metteur en scène, installé à proximité de Tours. Damien partage le rôle de Saint-Germain avec trois autres personnes. «La pièce est divisée en quatre. Chacun joue un quart d'heure pour limiter le volume de texte à retenir», explique Philippe, un autre Saint-Germain, instructeur d'équitation dans le civil. Il y a aussi quatre Marie, quatre Baronne et quatre Berthe. Soit seize personnes issues d'horizons divers. Même si beaucoup ont déjà une expérience théâtrale, pour certains c'est une première. Comme l'une des Marie: «Après un stage sur la voix avec José-Manuel dans le cadre de mon travail j'ai voulu aller plus loin», explique-t-elle. Elle vient de Chinon à soixante kilomètres. En covoiturage avec une des Baronne.

par Juliette Talpin (publié le 11 août 2006)