«Pour que les animaux sortent, il faut aménager le parcours », lance Jean-Marie Fontanet, de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) et coordinateur du projet Bouquet (1). Le défi est d’autant plus important sur une grande surface. « L’objectif est d’obtenir la meilleure répartition possible des animaux », poursuit-il. Il s’agit notamment de limiter l’impact environnemental des déjections, mais pas seulement. « Cet espace doit permettre aux poules d’exprimer leur comportement naturel : picorer, explorer, gratter », expose Philippe Guillet, conseiller en agroforesterie à la chambre d’agriculture de la Sarthe.

Réfléchir à l’organisation du parcours, c’est d’abord identifier les espaces qui le composent (lire l’infographie ci-dessous). « Leur bon fonctionnement est indissociable de la gestion du bâtiment et de ses abords », appuie Philippe Guillet. Autour de ce dernier, la boue et les nids-de-poule sont à éviter. « Si l’on constate une présence ou un risque d’accumulation d’eau, il est judicieux d’installer un drainage pour garder un milieu sain. L’abreuvement des poules dans les flaques d’eau représente un réel danger sanitaire. » La surélévation du bâtiment est aussi préférable pour éviter les infiltrations et de souiller la litière.

Protéger et guider

Le parcours doit inciter les volailles à sortir. « Plus elles sont protégées, plus elles vont loin », appuie Geoffrey Chiron, chargé de mission à l’Itavi. Le vent est le premier facteur limitant l’exploration. L’implantation du bâtiment détermine l’orientation des trappes. « Le poulailler doit être protégé des vents dominants par l’implantation de haies brise-vent, l’un des moyens les plus efficaces », estime Philippe Guillet. Il est aussi important de protéger les poules sur l’ensemble du parcours. « Elles ont peur de ce qui vient au-dessus, ainsi que du moindre bruit étrange. »

À l’extérieur, les animaux doivent trouver des points d’ombre. « Il est recommandé de les répartir sur tout le parcours, pour qu’ils couvrent de 30 à 50 % de sa surface. » La distance idéale entre deux ombrages est d’environ 20 mètres. La zone de sortie des trappes est stratégique. « S’il n’y a aucun ombrage autour du bâtiment, les poules ne sortiront pas », tranche Philippe Guillet.

Par ailleurs, les volailles ont besoin d’être guidées. « Une poule a tendance à se perdre, indique le conseiller. La majorité d’entre elles font le tour du bâtiment, mais pas davantage. Des piquets dirigés vers le fond du parcours peuvent être une solution, tout comme l’implantation de haies basses, dites “peignes”, dans la zone de sortie de trappes. »

Pour Geoffrey Chiron, « il n’y a pas de modèle type. Chaque projet est unique. » Pour obtenir les effets escomptés des aménagements, il convient de s’armer de patience. « Sur un parcours vierge de toute plantation, trois à quatre ans sont nécessaires », estime Philippe Guillet. Dans cette attente, la mise en place de canisses ou de filets ombrières peut être envisagée.

Vincent Guyot

(1) Casdar, visant à évaluer les services apportés par les parcours de volailles en plein air.