Le jour de la Saint-Michel, le 29 septembre, est une date traditionnelle de paiement des fermages par les preneurs. En ces temps de crise, ce paiement à l'échéance prévue est particulièrement difficile pour certains agriculteurs aux trésoreries exsangues.

Or le statut des baux ruraux est très strict à ce sujet. Le preneur doit savoir que s'il ne trouve pas un arrangement avec son propriétaire, il encourt le risque de perdre son outil de travail.

Deux défauts de paiement

Ainsi, l'article L. 411-31 du code rural accorde au bailleur le droit de demander au tribunal paritaire des baux ruraux la résiliation du bail en cas de retards réitérés dans le paiement du fermage, mais sous certaines conditions.

Il faut deux défauts de paiement de tout ou partie du fermage ayant persisté à l'expiration d'un délai de trois mois après mise en demeure adressée par le propriétaire.

Ainsi, si le fermier ne paie pas le loyer à l'échéance convenue, le propriétaire peut lui adresser une première mise en demeure (par lettre recommandée avec accusé de réception).

Si le paiement n'est pas intervenu au bout de trois mois suivant cette première sommation, il peut lui adresser une seconde mise en demeure, qui ouvrira au fermier un nouveau délai de trois mois pour régler sa dette.

Une seule mise en demeure suffit si le paiement de deux termes distincts est demandé en même temps. Les mises en demeure doivent reproduire, à peine de nullité, les termes de l'article L. 411-31-I-1° relatifs à la résiliation du bail.

Si le preneur ne s'exécute pas, le bailleur peut agir en résiliation de bail auprès du tribunal paritaire des baux ruraux. Un paiement partiel du montant de la location ne libère pas le preneur d'une action en résiliation.

Enfin, selon une jurisprudence récente, les paiements survenus après l'introduction de l'instance ne sont pas pris en compte.

Dommages et intérêts

Le bailleur peut en outre réclamer des intérêts de retard lorsqu'il n'est pas payé à l'échéance. Selon l'article 1153 du code civil pour « les obligations qui se bornent au paiement d'une certaine somme, les dommages et intérêts résultant du retard dans l'exécution » sont de droit au taux d'intérêt légal. Ces intérêts courent à compter du jour où le propriétaire en fait la demande.

Pour 2011, le taux d'intérêt légal est fixé à 0,38 %. C'est une raison supplémentaire pour payer les fermages en temps et en heure.

Rien n'empêche toutefois le locataire, au moins temporairement, de convenir avec le propriétaire de facilités de paiement, voire d'une remise de fermage.

Prescription

Le fermage se prescrit par cinq ans à compter de son échéance. Le bailleur ne peut fonder une action en résiliation pour défaut de paiement de loyers prescrits.

Le fermier peut invoquer des cas d'excuse

En vertu de l'article L. 411-31 du code rural, le défaut de paiement total ou partiel du fermage n'entraîne pas la résiliation du bail, si le fermier peut justifier d'un cas de force majeure ou de raisons sérieuses et légitimes.

Attention, les excuses invoquées par le fermier sont laissées à la libre appréciation du juge. La Cour de cassation a admis que le fermier puisse justifier ses manquements en invoquant la maladie ou la perte du cheptel, comme elle a admis – dans certaines circonstances – que la perte de récolte imputable à des inondations ou l'accident grave survenu au preneur et la maladie de sa femme puissent légitimer un non-paiement des loyers.

La jurisprudence a retenu dans certains cas le droit pour le locataire de refuser de payer son fermage, lorsque le bailleur n'exécute pas ses obligations (en cas de manquement grave du propriétaire).

Enfin, le montant excessif du fermage est un argument souvent invoqué par les preneurs pour s'affranchir de son paiement.

Dans un arrêt du 20 février 1991, les juges ont permis à un preneur, qui avait formé une demande en fixation du prix du bail renouvelé, d'invoquer le caractère excessif du loyer en réponse à une action en résiliation.

Aurore Coeuru (publié le 23 septembre 2011)