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Dossier Bâtir des filières d’approvisionnement

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Les protéines de pois sont très recherchées comme ingrédient dans l’agroalimentaire.

Des contrats de production avec les OS sont mis en place pour fidéliser les agriculteurs et sécuriser les débouchés en alimentation animale mais aussi, et de plus en plus, en alimentation humaine.

L’alimentation animale reste le premier débouché des protéagineux, avec 200 000 t prévues en 2020-2021 pour le pois et 105 000 t pour la féverole, principalement en autoconsommation mais pas que. Pour sécuriser leurs approvisionnements, certains industriels misent sur la construction de filières.

C’est le cas de Valorex, entreprise bretonne qui a lancé il y a six ans le programme Proleval avec l’Inrae et des organismes stockeurs­ (OS). « L’objectif est de donner de la valeur ajoutée aux protéagineux locaux et d’éviter la dépendance aux protéines végétales importées comme le soja », explique Guillaume Chesneau, directeur de la recherche. Une stratégie en accord avec le plan protéines présenté le 1er décembre dernier. De nombreuses variétés de féverole ont été testées, avec différents itinéraires techniques et traitements technologiques. De quoi aboutir à une nouvelle génération de graines cuites, performantes pour les élevages.

Contractualisation

Valorex a construit un système de contractualisation d’achat de graines dans la durée pour maîtriser la fluctuation du marché des matières premières et donc d’atténuer les effets sur le prix des aliments. « En créant des filières à forte valeur ajoutée, nous avons davantage de chance d’augmenter les surfaces et les volumes produits par ces cultures », estime Guillaume Chesneau.

Une dizaine d’OS est aujourd’hui partenaire de la démarche, sur tout le territoire. « Le but est de travailler avec des producteurs qui ont envie d’installer ces protéagineux sur un temps long, au-delà des opportunités », développe le directeur de recherche. L’engagement est de trois ans sur la base d’un cahier des charges à respecter. Ce dernier prévoit un prix plancher pour la féverole de 215 €/t payé producteur (prix du blé + 40 €/t, prime qualité comprise), le prix maximum étant fixé à 245 €/t.

Pour la récolte 2021, 7 500 ha de féverole ont été contractualisés dans le Grand Ouest. Avec un objectif de 50 000 ha d’ici trois ans et 175 000 ha d’ici à dix ans, avec un compilé de différentes espèces puisque le pois et le lupin sont aujourd’hui testés.

Dynamique en place pour l’alimentation humaine

Mais une dynamique se met aussi en place en alimentation humaine en France, les caractères « non OGM » et « non allergène » étant appréciés, notamment en viennoiserie, panification, charcuterie, plats cuisinés… Ce débouché est actuellement chiffré en France à 140 000 t pour le pois et à 10 000 t pour la féverole mais il est amené à progresser dans les prochaines années, répondant aux aspirations des consommateurs pour les protéines végétales et bénéficiant d’une volonté politique.

Valorex, par exemple, a démarré un programme de recherche sur trois ans avec l’Inrae et la coopérative Eureden pour trouver des voies de valorisation des protéagineux sous forme d’ingrédients pour l’industrie agroalimentaire et les sociétés de restauration collective. Une contractualisation avec les OS et les producteurs est également envisagée.

Traçabilité

De son côté, Roquette a investi à Vic-sur-Aisne (Aisne) dans un site de production de protéines de pois à graines jaunes. Pour l’instant, seules des variétés de printemps sont utilisées. Des tests avec le pois d’hiver et la féverole sont en cours. L’entreprise a mis en place une filière avec une quinzaine d’OS afin de relancer la culture dans les Hauts-de-France et la Champagne-Ardenne.

Le succès semble au rendez-vous. « Depuis le lancement du projet en 2016, les surfaces de pois ont augmenté alors qu’il n’y en avait quasiment plus dans les assolements », assure Valentin Seguin, chargé de mise en marché chez Cérésia (Marne), un des OS engagés dans cette filière. Il chiffre à 4 000 ha les surfaces de pois cultivées sous contrat en 2020. Ce dernier est signé sur la base d’un engagement de surfaces et est assorti d’une prime filière d’environ 30 €/t (ajoutée au prix du pois standard). Un cahier des charges a été mis en place avec Roquette pour la traçabilité, avec interdiction pour le producteur d’appliquer du glyphosate avant récolte par exemple, ou encore pour l’OS d’utiliser­ un insecticide de stockage.

Les protéines de pois trouvent leurs débouchés dans la nutrition hospitalière, l’alimentation des sportifs et celles de consommateurs en attente de menus plus végétaux. La demande est énorme et Roquette devait ouvrir en 2020 une autre usine au Canada, si bien qu’au total le groupe aura la capacité de production la plus importante du monde (250 000 t en 2020). Notamment pour satisfaire la start-up américaine Beyond Meat connue pour ses steaks et saucisses à base de végétaux. Les deux sociétés ont formalisé un accord en janvier dernier prévoyant que Roquette augmente de « façon significative » ces trois pro­chaines années les volumes de protéines de pois vendus à Beyond Meat. Le belge Cosucra est sur le même créneau et s’approvisionne également dans le nord de la France.

De nombreux autres projets sont dans les tuyaux. Par exemple, l’entreprise C & DAC est l’un des lauréats de l’appel à projets « Structuration des filières agricoles et agroalimentaires » de France­AgriMer dans le cadre du plan protéines. Avec son projet Unifev, la société entend déployer la féverole dans l’alimentation humaine, après avoir « identifier et caractériser les variétés adaptées. » Unifev est également soutenu par Terres Univia.

Féverole décortiquée

Selon Terres Inovia, le plan protéines est un encouragement pour les producteurs mais aussi les structures de collecte. Ces dernières pourraient se lancer dans de nouveaux créneaux, comme le décorticage de la féverole pour éliminer les tanins dans l’enveloppe et concentrer les protéines. Le but : augmenter la digestibilité pour l’alimentation animale et humaine. Une part des financements octroyés par le plan pourrait être destinée à l’achat de matériel de décorticage des graines.

Chez Noriap, du lupin pour l’alimentation humaine et animale

« Comme les cultures classiques ont du mal à rétribuer correctement les agriculteurs, nous nous intéressons à des espèces qui peuvent être plus rémunératrices et produites en filières, comme le lupin, explique Philippe Pluquet, responsable technique productions végétales de Noriap.

La coopérative de la Somme et de Seine-Maritime a implanté ses premiers essais de lupin en 2018 et petit à petit des agriculteurs se sont engagés sous contrat avec, cette année, 200 ha de variétés de printemps et, cet automne, 150 ha de lupin d’hiver qui seront récoltés en 2021. « Le lupin est une graine riche en protéines, environ 36 %, comme le soja, souligne Nathalie Ternois, directrice innovation et communica­tion chez Noriap. Mais elle contient très peu d’huile et peut donc être consommée directement par les animaux, après un broyage grossier. »

Novial, la filiale en alimentation animale de Noriap, constitue le principal débouché du lupin collecté. « Les graines sont aussi consommées en alimentation humaine, précise Nathalie Ternois. Même si le marché est encore naissant, il concerne surtout les graines entières dans les mix apéritifs et les ingrédients destinés aux industries de la boulangerie et viennoiserie. » Pour l’alimentation humaine comme animale, le prix payé à l’agriculteur et le cahier des charges sont les mêmes.

« En lupin de printemps, les rendements oscillent entre 30 et 44 q/ha, un peu moins cette année à cause de la sécheresse, ajoute Philippe Pluquet. Nous avons moins de références en lupin d’hiver, mais son potentiel est en principe plus élevé. » Avec un rendement de l’ordre de 35 à 40 q/ha, la coopérative table pour les agriculteurs sur une marge brute de 900 €/ha, prime Pac comprise.

Blandine Cailliez

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Cet article est paru dans La France Agricole

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