Les besoins en azote, la gestion des adventices et celle parfois sans issue des corbeaux compliquent la culture du maïs bio. Un semis tardif sur sol réchauffé conforte le démarrage mais décale la récolte. Opter pour une variété précoce évite un chantier d’ensilage trop tardif, « à une période où l’humidité ne permet pas toujours de préserver la structure du sol », prévient Maddalena Moretti, référente en agriculture biologique chez Littoral normand.

Ces contraintes sont bien connues, « le principal étant de les anticiper et d’attribuer au maïs sa juste place dans la rotation ». En l’absence d’engrais minéraux azotés en bio, l’implantation du maïs après une prairie ou un couvert riche en légumineuses permet « d’optimiser la valorisation de l’azote issue de la minéralisation de fin de printemps ». Quant au choix de la variété, la spécialiste vante les mérites des souches vigoureuses au démarrage, avec feuilles tombantes, mais conseille avant tout de « consulter les essais bio de sa région ».

Lorsque les conditions sont réunies, le maïs produit plus de biomasse en un chantier de récolte qu’une prairie fauchée 4 ou 5 fois », souligne Maddalena Moretti. En passant du conventionnel au bio, « on peut perdre 50 % des rendements sur un blé, mais l’écart est potentiellement très limité sur du maïs ».

« L’objectif n’est pas de convaincre les éleveurs bio à produire du maïs, mais de les inviter à ne pas rejeter cette option, du moment qu’elle entre en cohérence avec leur modèle agronomique. »

Un boost d’énergie

Une fois dans l’auge des laitières, en hiver notamment, « le maïs est intéressant en termes d’appétence et de densité énergétique », souligne Étienne Doligez, directeur technique adjoint chez Littoral normand. Au-delà d’un tiers de la ration en MS, « on n’échappe pas au correcteur azoté ». Mais en proportion mesurée, « un ensilage de maïs peut être contrebalancé par un fourrage vert à plus de 14 % de MAT », indique l’expert. Si l’objectif est de maintenir une bonne autonomie alimentaire, en faisant grimper la part de maïs, il convient d’explorer la faisabilité d’un correcteur maison, à l’image d’un méteil. Toutefois, « ce n’est pas une hérésie d’acheter un correcteur azoté en bio en quantité mesurée, relève Étienne Doligez. Le coût alimentaire monte mais on assure une bonne valorisation des fourrages produits sur l’exploitation. »

Fourrage ou concentré

Lorsque vient le moment de la récolte, la version ensilage est la moins onéreuse et permet de renflouer les stocks fourragers. Si ces derniers ne sont pas limitants et que l’encombrement de la ration est assuré, une partie du maïs peut être récolté en grain ou épi. « On laisse de la biomasse au champ, mais cela permet de concentrer la ration et d’ajuster un ensilage d’herbe pauvre en énergie », note Étienne Doligez. Le chantier de récolte intervenant après les fauches, la décision peut se prendre tardivement.

D’un autre côté, il est possible de se passer de maïs dans sa ration hivernale. Mais cela implique souvent de faire des concessions, sur la productivité des animaux notamment. « Les attentes sont d’autant plus fortes sur la qualité des autres fourrages », conclut l’expert.

L’intérêt économique d’une stratégie maïs est à appréhender au cas par cas, en fonction de la qualité des autres fourrages, de la production attendue l’hiver venu et du prix du lait désaisonné.