Il y a sept ans, Sylviane Le Tirant s’est laissée tenter par les médecines alternatives. Comptable de formation, l’agricultrice a été interpellée par le montant de ses frais vétérinaires. « Le prix du lait n’augmentant pas, j’ai mis mon nez dans les données technico-économiques pour trouver des solutions » explique l'éleveuse. Déjà séduite par l’homéopathie en tant que maman, Sylviane a décidé de se former aux médecines douces pour les appliquer sur son troupeau. Elle a suivi une formation avec une vétérinaire homéopathe libérale, ainsi que des formations en ostéopathie bovine, et acuponcture.

Depuis, les frais vétérinaires ont chuté : « nous sommes passés de 25 € les 1 000 l à 5 € ». Les médecines alternatives sont principalement utilisées pour la gestion des mammites. « Avant, j’utilisais systématiquement des antibiotiques. Maintenant, c'est peut-être trois fois dans l'année ». Sylviane n’y voit que des avantages. « Non seulement ça coûte beaucoup moins cher, mais en plus cela évite de devoir jeter le lait pendant 8 jours. En trois traites, une mammite peut être réglée, et il n’y a pas de problèmes d’antibiorésistance. »

© Alice Peucelle/GFA - La majorité des produits homéopathiques sont achetés directement en pharmacie.

Connaître son troupeau

« L’homéopathie est assez complexe d’utilisation, » estime l’éleveuse qui lui préfère l’acupuncture. « Il suffit de bien avoir identifié les zones à piquer alors que l’homéopathie, c’est tout une manière de penser le soin qu’il faut intégrer ». Emilie Rohou, conseillère d’élevage et animatrice du groupe méthodes alternatives chez Innoval, approuve. « On ne raisonne pas l’administration de l’homéopathie comme un médicament classique. La logique n’est plus de donner un traitement pour une maladie, mais un traitement pour un animal. Il est possible de soigner deux animaux en mammite via deux substances différentes. Tout dépend des symptômes. » Cela suppose de bien connaître son troupeau pour déceler au plus vite les anomalies.

« On ne se trompe pas en homéopathie » cherche à rassurer Emilie Rohou. « Les éleveurs laissent plus de temps à l'animal pour réagir. Dans le cas d’une mammite, si aucun changement n’est observé dans les 24 h, il est possible de changer de remède pour soigner la pathologie. » Pas de risque non plus de retrouver des substances indésirables au tank. « Comme les autorités considèrent qu’il n’y a aucun résidu dans les gélules, elles estiment qu’il n’y a aucune influence sur la composition du lait ».

Rigueur technique

Les médecines alternatives ne peuvent pas tout. Chez Jean et Sylviane Le Tirant, la gestion du taux de cellules passe également par une sélection stricte des animaux. « Les mammites sont mon premier critère de réforme » explique l’éleveuse, passée d’une moyenne de 250 000 cellules/ml il y a 7 ans, à 135 000. Le couple d’éleveurs a également investi dans des colliers d’activité, afin de  prévenir les chaleurs et les vêlages, mais également pour suivre les niveaux d’ingestion et temps de rumination. Ces données permettent de vite repérer les animaux malades pour les surveiller davantage.

Les médecines alternatives ne dispensent pas non plus d'un suivi vétérinaire. Pour gérer ses problèmes de cryptosporidiose sur ses veaux, l’éleveuse passe par un protocole de soins classiques. « J’ai essayé de le soigner via l’homéopathie mais cela n’a pas été concluant ».