La connaissance de la biologie des vivaces est un atout pour les gérer. « Elles ont la particularité de stocker leur énergie dans les parties racinaires, qu’elles remobilisent quand c’est nécessaire », décrit Jean-Baptiste Février, d’Agro-Transfert. Ce centre de R&D a formalisé une « courbe d’évolution des réserves » des vivaces.

Travail du sol répété

« Le chardon puise dans ses réserves pour l’émission de ses premières feuilles en sortie d’hiver. Leur niveau est au plus bas avant que les réserves ne soient reconstituées grâce à la photosynthèse : c’est la période de sensibilité qu’il faut cibler dans les interventions », poursuit le spécialiste.

La maîtrise du chardon repose sur une stratégie d’épuisement, par des déchaumages répétés. Celle-ci a été testée dans le cadre du projet multipartenaires Capable (Contrôler vivaces et pluriannuelles en agriculture biologique). « Il faut intervenir aussi souvent que possible, dès que les chardons atteignent 6 feuilles, en conditions séchantes pour éviter le repiquage, avec des outils à dents équipés d’ailette pour travailler toute la surface, explique Fanny Vuillemin, de Terres Inovia. Les outils à disques ne seront pas aussi efficaces que les ailettes, mais peuvent donner de bons résultats si le sol est bien sec. »

Ce travail du sol, combiné à un couvert d’interculture étouffant, s’est avéré efficace dans un essai du projet. « C’est une pratique plus aléatoire, concède l’ingénieure. Réussir le couvert n’est pas évident, cela dépend de la météo. » « Le couvert d’hiver réalise son cycle durant la dormance du chardon, aussi l’effet de concurrence est moindre, comparé à une culture dense, comme un escourgeon », nuance Jean-Baptiste Février.

Le binage en culture sarclée peut compléter les interventions. Le labour, comme le déchaumage, coupe les racines. « S’il est bien pratiqué, dans le sec, il peut avoir un effet sur le chardon », complète Fanny Vuillemin.

Un travail du sol peut aussi s’envisager au printemps, en interculture longue, en retardant le semis de la culture d’été. « Cette pratique est intéressante en bio, mais a moins d’intérêt en conventionnel, quand des solutions chimiques en cultures existent. Le décalage du semis peut impacter le potentiel de la culture, et la rémunération n’est pas la même qu’en bio », commente l’experte.

La luzerne est une autre solution de gestion du chardon, qui a fonctionné sur l’exploitation de Corentin Masson, agriculteur en bio dans l’Oise. Elle n’a cependant pas concurrencé le laiteron, une autre vivace apparue après avoir introduit des cultures légumières, au contraire du sarrasin. « Un peu par hasard, on en a semé sur une parcelle à problématique laiteron. La culture était très propre et dans les deux années qui ont suivi, aucun laiteron n’est apparu. Le sarrasin est étouffant. On peut le semer tard au printemps, ce qui permet de travailler le sol, faire des faux semis et scalpages pour épuiser la vivace. »

Scalper et extraire

« Il faut plusieurs campagnes pour venir à bout des rumex », prévient Cécile Roques, d’Arvalis. Le scalpage avec un outil à dents, suivi par un passage de vibroculteur pour extraire la plante s’est avéré payant dans les essais du projet Capable. « Le but est de couper la plante au niveau du collet, pour séparer les réserves des bourgeons végétatifs, indique-t-elle. Les outils à disques semblent moins efficaces et les rouleaux sont à éviter car ils peuvent rappuyer et provoquer des repousses. » Elle préconise des interventions répétées en fin d’été et à l’automne, ou tardivement au printemps quand c’est possible. « Il faut alterner des intercultures longues et courtes. » Des binages dans les cultures d’été semblent efficaces sur les jeunes rumex (< 3 feuilles). À noter que l’adventice se reproduit majoritairement par les graines (40 000 à 60 000 par plante), qui peuvent germer pendant cinquante à quatre-vingts ans. « Éviter la floraison et intervenir avant le stade 3 feuilles sont des objectifs-clefs pour gérer le rumex. Des faux semis peuvent s’envisager. »