«Il existe pour les grandes cultures une contractualisation du conseil. Il n’y a pas de raisons que l’on ne puisse pas construire un modèle analogue entre éleveurs et vétérinaires », estiment Sébastien Windsor, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), et Laurent Perrin, président du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL). Dans les allées du Space, le 14 septembre dernier à Rennes, les deux responsables en appelaient à Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, pour obtenir un « coup de pouce » de la DGAL (1), afin d’expérimenter la contractualisation entre éleveurs et vétérinaires, avec l’appui des collectivités. « Il faut instaurer une relation partenariale pour assurer l’avenir des deux corps de métiers », soutiennent-ils.

Seul ou à plusieurs

Pour y parvenir, un changement de paradigme est à opérer. Dans un rapport publié en février 2020, le CGAAER avance qu’un certain nombre d’éleveurs « ont tendance à considérer que l’intervention du vétérinaire est une charge et non un investissement, au contraire de leurs pratiques en cultures ». Du côté des vétérinaires aussi, une autre manière d’exercer le métier est à envisager­. Il s’agit de tendre vers « une approche thérapeutique globale, ho­listique, plurifactorielle, préventive et proactive des troupeaux ».

Dans cette perspective, deux options sont sur la table : contractualiser à l’échelle individuelle - c’est-à-dire un éleveur avec un vétérinaire - ou de manière collective. Dans le premier cas, des contrats de type assurantiel pourraient être envisagés. Mais tout ou presque reste à écrire, car peu d’exemples existent sur le terrain. « Il s’agit de définir ce que l’on veut mettre dans ce contrat et de proposer des modèles, appuie Jacques Guérin, président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV). Nous avons aussi besoin des organisations professionnelles agricoles sur ce sujet. »

Pour le CGAAER, « ces contrats à caractère individuel sont une solution à promouvoir dans les territoires à fortes densités d’élevages et de vétérinaires », mais ils « ne correspondent pas à une solution adaptée pour maintenir l’élevage et l’activité vétérinaire dans les territoires­ ruraux où le maillage s’est déjà beaucoup fragilisé ». Dans les zones critiques­ en matière d’accès en soins vétérinaires, le conseil privilégie « les contrats à caractère collectif entre une association d’éleveurs et un cabinet regroupant plusieurs vétérinaires ruraux ».

Une approche thérapeutique globale

En la matière, les exemples sont plus nombreux et le pari semble réussi (2). « Nous comptons une douzaine de collectifs (associations d’éleveurs et groupements vétérinaires conventionnés) en France. Certains ont près de quarante ans d’histoire », rapporte Philippe Sulpice, animateur de la Fédération des éleveurs et vétérinaires en convention (Fevec). Le principe est assez simple : une convention non exclusive lie une société vétérinaire (regroupant plusieurs associés) et une association d’éleveurs de type « loi 1901 ». Les éleveurs paient une cotisation forfaitaire, non dégressive, et mutualiste. En résulte une relation « désintéressée » entre les deux parties. « La suppression du paiement à l’acte permet une approche des problèmes sanitaires dans leur globalité, explique Philippe Sulpice. Contrairement à l’activité libérale, les animaux ne sont pas toujours vus en situation dégradée : il y a des visites de routine et de suivi technique et sanitaire du troupeau. Le nombre de visites en garde est également moins important, car les éleveurs sont formés pour anticiper. »

Le modèle économique des groupements vétérinaires conventionnés se veut donc moins « pathologie dépendant » et « médicament dépendant ». « L’activité des praticiens étant globale, elle est moins liée aux cas cliniques. En moyenne, 70 % des actes concernent le suivi de la reproduction, 25 % les pathologies et 5 % l’obstétrique [actes liés à la mise bas, N.D.L.R]. »

Se réunir et se parler

La formule porte satisfaction. « Globalement, dans les collectifs, il y a un maintien du nombre d’élevages adhérents, voire une sensible croissance, dans un contexte de baisse générale du nombre d’exploitations agricoles », indique l’animateur de la Fevec. Du côté des groupements vétérinaires, « on arrive assez facilement à pourvoir nos postes. Le renouvellement des générations a déjà été fait ».

Reste à reproduire ce modèle un peu partout dans les campagnes. « Nous sommes régulièrement sollicités par les collectivités territoriales, mais la genèse demeure compliquée, reconnaît Philippe Sulpice. Il faut un noyau suffisant d’éleveurs, des vétérinaires qui s’intéressent à la rurale, et surtout rassembler ces deux corps de métier qui n’ont pas toujours l’habitude de se parler. »

(1) Direction générale de l’alimentation.

(2) Lire aussi La France agricole  n° 3896 du 26 mars 2021, p. 38.

 

 

 

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