Chez Pascal Vauzelle, agriculteur à Oinville-Saint-Liphard, en Eure-et-Loir, le blé de force qu’il vient de moissonner est stocké dans des cellules sous son hangar. Il a déjà été ventilé, à la faveur des nuits fraîches. Il sera conservé quelques mois avant d’être livré à la coopérative de Boisseaux, toute proche. Une fois allotées et triées, les 70 t approvisionneront un meunier avant d’arriver en farine chez Bimbo QSR, le fournisseur de petits pains (appelés buns) pour McDonald’s France.

Pour Pascal Vauzelle, « cette filière, c’est l’assurance d’un prix garanti et fixé pendant trois ans dans un contexte de marché volatil ». Depuis 2013 et l’ouverture de ce nouveau débouché au sein de sa coopérative, il en est à son troisième contrat pluriannuel. Pour 2019-2020-2021, il a engagé 20 hectares à hauteur de 35 q/ha à un prix de 240 €/t base juillet. « Nous choisissons de ne contractualiser que 35 q/ha, alors que le potentiel de rendement dans cette région de Beauce atteint souvent plus du double, car nous voulons assurer notre débouché, explique Xavier Thirouin, directeur général de la coopérative de Boisseaux. Pour la filière, nous fournissons 7 000 t/an, produits par environ 80 adhérents sur les 110 que compte la coopérative. »

Prix calculé
selon le coût de revient

Le prix est fixé en concertation avec toute la filière. Un panel de douze agriculteurs, dont Pascal Vauzelle, a permis en 2012 de calculer le coût de revient d’une tonne de blé de force. Une moyenne des différentes charges de mécanisation, de location des terres, de production avec une rémunération du chef d’exploitation basée sur l’équivalent de deux smic sont prises en compte. Ce calcul est réactualisé tous les trois ans. Pour le contrat en cours, le prix est fixé à 240 €/t auquel s’ajoutent 5 €/t de forfait pour le stockage et 5 €/t de prime au-delà d’une certaine durée de stockage­. Selon le taux de protéines, un barème de bonification ou de réfaction est également mis en place : l’agriculteur touche 5 €/t à 15-15,5 % de protéines­ par exemple. « Pour le premier contrat de 2013 à 2015, les agriculteurs ont été légèrement perdants par rapport à un prix moyen mais les trente engagés ont resigné le contrat suivant », se souvient­ Xavier Thirouin. Depuis 2016, les agriculteurs sont globalement­ gagnants.

Cette année, on note une différence de 15 à 20 €/t avec le prix moyen du blé de force à la faveur du contrat. « Ce prix garanti m’assure un revenu, un débouché et une visibilité sur l’avenir, ce qui me permet d’organiser mon assolement sur plusieurs années, d’envisager des investissements avec sérénité, appuie Pascal Vauzelle. C’est comme une assurance. Aujourd’hui, j’ai signé pour 20 ha sur les 65 de blé de force de mon assolement mais j’aimerais en engager davantage, la moitié par exemple. » Cela représenterait presque 25 % de sa sole totale de 137 ha. « Beaucoup d’agriculteurs ont cette intention, reconnaît Xavier Thirouin. Nous travaillons à développer ce type de contrats avec d’autres filières. »

Investir avec sérénité

Pour la coopérative aussi, ces contrats pluriannuels offrent des avantages. « Le prix étant fixé, notre relation entre acteurs de la filière peut se concentrer uniquement sur la technique, la qualité, la traçabilité, se réjouit le directeur de la coopérative. Et cet engagement nous permet aussi d’investir avec sérénité. » Un nouveau silo de 5 000 t vient de sortir de terre pour la récolte 2020 et un coût de 2,5 millions d’euros. Il sera dédié aux lots sans insecticide de stockage, critère requis par la filière Culture raisonnée contrôlée (CRC) qui a intégré le cahier des charges du contrat avec McDonald’s depuis 2019. Outre l’absence d’insecticides de stockage, cette filière raisonne la fertilisation (reliquats azotés…), les traitements phytosanitaires (liste de produits réduits…), le choix des parcelles (à plus de 250 mètres d’un axe routier…), les variétés (Galibier, Rebelde et Nara pour Pascal Vauzelle) et garantit une traçabilité. « Dans le cadre de cet engagement, je mets en place des pratiques agricoles favorables à la biodiversité : des bandes enherbées avec un broyage tardif, des nichoirs pour les chouettes, des perchoirs pour les buses, des haies, un couvert mellifère pour les abeilles après la moisson… », raconte l’agriculteur sous le vol des hirondelles qui ont niché dans un bâtiment attenant au hangar de stockage.

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