Depuis l’automne 2015, la station expérimentale de Trévarez (Finistère) met à l’épreuve un croisement rotationnel entre trois races laitières, en partenariat avec Évolution : la holstein, la normande et la jersiaise. Les premières génisses trois voies mettent bas cet automne.

« Sur le troupeau d’origine, en race prim’holstein, l’intervalle vêlage-première IA dépassait 100 jours, explique Guylaine Trou, des chambres d’agriculture de Bretagne. La holstein est sujette aux chaleurs silencieuses, et cela était amplifié par l’alimentation. Le troupeau est conduit en bio, en autonomie alimentaire, et la ration hivernale n’est pas toujours équilibrée. » Au final, près d’un quart des vaches n’était pas inséminées dans la période de reproduction prévue. « La conduite en vêlages groupés sur deux périodes de trois mois nécessitait d’améliorer ce taux de vaches vues en chaleurs trop tardivement. »

Sur la campagne 2019-2020, « la fertilité des génisses deux et trois voies est assez proche des moyennes nationales en race holstein pure (1), indique Guylaine Trou. Le nombre d’IA par tête est de 1,6 et le taux de réussite à la première IA atteint 61 %. Mais sachant que 82 % d’entre elles ont été inséminées en semence sexée, le résultat est plutôt satisfaisant. » Du côté des vaches, à grande majorité issues du croisement deux voies (95 %), le nombre d’IA par tête s’élève à 1,5 et le taux de réussite à la première IA est proche de 50 %. « Ces résultats sont meilleurs que les références nationales, mais ils se sont sensiblement dégradés par rapport à la moyenne 2011-2014 à Trévarez, relève Guylaine Trou. L’utilisation de semences sexées sur 25 % des vaches est probablement impliquée. Les résultats restent bons malgré tout. » D’autant que le taux de laitières à plus de 3 IA a été maintenu (12 %).

Bonne expression des chaleurs

Si l’effet du croisement ne semble pas probant sur les indicateurs précédemment évoqués, la détection des chaleurs s’est sensiblement améliorée. « Nous avons gagné presque 30 jours sur l’intervalle vêlage-première IA et l’IVV. » Ce dernier s’établit à 376 jours à Trévarez, alors que la moyenne nationale plafonne à 423 jours en race holstein. Autre fait marquant, « seulement 2 % des vaches n’ont pas été détectées sur la dernière campagne d’IA. »

Ces résultats, avec un taux important de semences sexées, permettent d’assurer le renouvellement et d’inséminer 76 % des vaches en croisement viande. « Cela permet aussi d’avoir plus de choix sur les réformes et de ne garder que les meilleurs animaux. »

« Outre le croisement laitier, et son effet d’hétérosis, l’éleveur peut aussi opter pour la sélection intrarace, intéressante si on veut maintenir le niveau de production, ou le changement de race, plus rapide mais aussi plus coûteux », conclut la spécialiste.

(1) D’après l’observatoire de la reproduction des bovins Reproscope édité par l’Idele.

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