1 Trierles génisses

Le comportement est le critère de sélection numéro un. En parallèle, les femelles nées co-jumelles avec des mâles, souvent stériles, sont à écarter. Viennent ensuite des considérations morphologiques (poids et développement), fonctionnelles (aplombs) et génétiques. Sur ce dernier point, le test génomique est un nouvel outil quipeut orienter les décisions (lire page 41).

Enfin, les conditions de naissance de la génisse sont à prendre en compte. Une femelle née dans des conditions difficiles présente plus de risques d’avoir un premier vêlage délicat. En race charolaise, cette affirmation se vérifie pour 35 % des génisses nées sous code 3 (avec aide difficile) (1).

Une première sélection s’effectue en général lors du sevrage. « L’éleveur peut envisager de faire un second tri vers 12-15 mois, s’il peut valoriser davantage les femelles écartées et s’il dispose de place et de ressources suffisantes », précise Marion Daguené, conseillère spécialisée viande à Seenovia.

Le critère poids

L’âge à la puberté des génisses est fortement lié à leur croissance. Le poids au sevrage et surtout à la mise à la reproduction sont donc des critères de sélection incontournables pour les génisses destinées au vêlage à 24 mois (V24) ou 30 mois (V30). Les V24 doivent atteindre au minimum 40 % de leur poids adulte au sevrage et 60 % à la mise à la reproduction (voir l’infographie ci-contre).

2 Éleverles génisses

« Quel que soit l’âge au vêlage envisagé, les génisses ne doivent jamais être les parents pauvres du troupeau », insiste Marion Daguené. Grouper les vêlages sur une ou deux périodes permet de constituer des lots homogènes et facilite la conduite. Tout retard de croissance avant le sevrage est difficilement compensé. Il est primordial de travailler sur la production laitière des mères et de ne pas hésiter à complémenter les génisses destinées au V24. Sur le plan sanitaire, la prévention n’est pas à négliger : vaccin des vaches contre les diarrhées néonatales et des veaux contre la grippe, et vermifugation quatre à cinq semaines après la première mise à l’herbe, si les analyses coprologiques en révèlent la nécessité.

Au printemps, plutôt que de sevrer les génisses d’automne avant la mise à l’herbe, il est conseillé de les sortir avec leurs mères. « Cette pratique évite non seulement de mettre des vaches taries dans des prairies riches, mais favorise aussi l’apprentissage par mimétisme (respect des clôtures, choix alimentaires). Après un vêlage à 2 ans, si l’état corporel des primipares laisse à désirer, il est envisageable d’anticiper le sevrage. »

Pesées régulières

La pesée régulière des animaux (naissance, sevrage, mise à la reproduction) est indispensable en V24 et fortement recommandée en V30 et en V36 (vêlage à 36 mois). Les objectifs de croissance sont fonction de l’âge au vêlage, du poids adulte des vaches et de la saison de mise bas. La capacité d’ingestion des génisses étant inférieure à celle des vaches, on privilégiera une concentration de la ration et des fourrages de très bonne qualité.

« Pour les V24 et V30, cette logique s’applique aussi entre le premier vêlage et la fin de la deuxième mise à la reproduction », souligne Marion Daguené. Durant cette période, les primipares doivent couvrir leurs besoins d’entretien, de croissance, de lactation et être en mesure de revenir en chaleur. « Un apport supplémentaire de 1 UFL et de 120 g PDI, par rapport à la ration des multipares, est recommandé. Dans la mesure du possible, primipares et multipares doivent être élevées séparément. »

La conduite des génisses vêlant à 36 mois joue sur la valorisation des fourrages et l’économie. La croissance hivernale est mesurée (aux alentours de 500 g/jour), pour activer le phénomène de croissance compensatrice au printemps. Le but est de diminuer le coût alimentaire, en réduisant la prise de poids lorsque ce coût est élevé (hiver), et en maximisant les performances au pâturage. « L’apport d’aliment concentré n’est pas toujours nécessaire en été, estime Marion Daguené. Du très bon foin ou de l’enrubannage suffisent, à condition que la ration soit équilibrée. »

Adapter la croissance

Le passage à un vêlage à 30 mois s’accompagne d’une intensification modérée de la conduite, mais la croissance compensatrice reste recherchée. Ce n’est pas le cas pour le vêlage à 2 ans qui, même s’il n’exclut pas le pâturage, est plus exigeant en termes de croissance. « Très schématiquement, pour des vêlages d’automne, il faut viser une croissance de 1 150 g/j jusqu’au sevrage, puis de 700 g/jour jusqu’à la mise à la reproduction, et enfin de 650 g/jour jusqu’au vêlage », détaille Marion Daguené.

Planifier les mises bas des génisses en début de saison de vêlage et écourter la phase de reproduction d’un mois présente deux avantages. Le premier est l’anticipation de l’intervalle, souvent supérieur entre les deux premiers vêlages. Le second est de limiter la concurrence entre veaux. Souvent plus petits, ceux des primipares profitent des quelques jours ou semaines d’avance pour se développer, avant de côtoyer leurs congénères issus de multipares (si toutes les mères sont conduites ensemble).

Mise à la reproduction

L’accouplement des génisses à des taureaux à vêlage facile est vivement conseillé. « Pour les V24, on privilégiera un mâle à index d’au moins 110 en facilité de vêlage, surtout si le taureau est peu connu. L’IA sécurise les accouplements, mais la monte naturelle est également possible. Là encore, il faut bien connaître le potentiel du taureau, surtout pour les vêlages précoces. »

(1) Guide « Les génisses, l’avenir du troupeau allaitant », édité par les chambres d’agriculture Pays de la Loire, 2011.

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