À l’occasion du Salon international de l’agriculture, le ministère de l’Agriculture a dévoilé les grands axes de la rénovation de l’offre de formations, qui devraient commencer à se matérialiser à la prochaine rentrée. Une enquête destinée au monde professionnel et institutionnel de l’enseignement agricole avait été lancée en début d’année. Sondages en ligne, séminaires et consultations ont fait émerger les tendances de demain. « Cette rénovation s’inscrit dans la dynamique de “L’aventure du vivant” (lire l’encadré p. 52). On veut montrer une image positive, confie Adeline Croyère, sous-directrice du service de l’enseignement technique du ministère de l’Agriculture. Ce travail servira de référentiel dans les années à venir pour la rénovation des diplômes. »

Pas de nouveaux métiers

La grande consultation lancée par le ministère, comptabilisant 250 répondants, n’a pas fait émerger de nouveaux métiers, ni de nouvelles formations. Pour autant, les professionnels soulignent l’importance des fonctions support à la production : accompagnement, conseil, audit, logistique­, vente…

Avec une offre atteignant 120 formations agricoles aux noms souvent jugés illisibles, trop longs, voire obsolètes, un travail de simplification s’impose au ministère, afin de « développer l’attractivité des diplômes agricoles, explique Philippe Poussin, secrétaire général du Conseil national de l’enseignement agricole privé (CNEAP). La multiplicité d’acronymes peu concrets rend difficile la communication auprès du public. Il faut leur donner des dénominations plus parlantes. »

Néanmoins, le ministère projette de déployer des certifications de plus courte durée pour spécialiser les jeunes en fonction des particularités du territoire mais aussi sur des sujets de niches : génie écologique, agroéquipements ou agriculture urbaine. « Un vrai enjeu avec l’urbanisation de la population et des territoires, détaille Philippe Poussin. Il en est de même avec la gestion des déchets, la dépollution ou les friches industrielles. »

Renforcer les compétences

Si aucun nouveau métier ne semble se dégager à l’issue de l’enquête du ministère de l’Agriculture, la multiplicité de compétences transverses, que demande le métier d’agriculteur, oblige à renforcer certains enseignements, dont la gestion. Les bacs professionnels sont particulièrement concernés. « Les résultats de l’enquête dressent le constat que ces formations ont une approche trop disciplinaire. Les notions d’économie gestion et la connaissance des filières ne sont pas suffisamment abordées », relate Adeline Croyère. « Les projets de vente en direct, la mondialisation des échanges et l’export, ou l’emploi de salariés nous obligent à renforcer notre socle stratégique », enchérit de son côté Marianne Dutoit, élue référente à la FNSEA. Un avis partagé par Véronique Marchesseau, secrétaire national à la Confédération paysanne, pour qui « l’autonomie de réflexion permettra d’être plus résilient au sein de sa ferme ». À la Coordination rurale, Joris Miachon, responsable de la section jeunes, pointe du doigt « la régression au niveau de la spécialisation, surtout au niveau du végétal ». Il préconise une professionnalisation toujours plus accrue des formations. Un souhait partagé par l’Unrep, fédération représentant une centaine d’établissements­ privés.

Les professionnels soulignent également l’enseignement du « vivre ensemble ». Des compétences relationnelles « utiles pour appréhender les contrôles sanitaires ou vétérinaires », selon Loïc Quellec (JA) ou « communiquer et construire l’agriculture telle que la société et les consommateurs la souhaitent », d’après Véronique Marchesseau. Des qualités nécessaires pour « expliquer notre métier, accepter la contradiction et savoir s’entourer », ajoute Marianne Dutoit, insistant sur l’intérêt du travail en collectif. Si l’agriculture innove, l’accès au numérique et aux nouvelles technologies est primordial, selon l’élue FNSEA. « La dématérialisation, les outils d’aide à la décision, ce sera notre quotidien demain », explique-t-elle. « La formation doit s’adapter aussi aux nouvelles technologies, souligne Loïc Quellec. Maintenant, on ne conduit pas un tracteur comme il y a dix ans. »

L’élan agroécologique

En 2020, avec un deuxième plan du ministère de l’Agriculture en faveur de la transition agroécologique, celui-ci se donne l’ambition d’intégrer le bien-être animal et l’agroécologie dans tous les projets d’établissements et de former les équipes éducatives et pédagogiques à ces nouveaux référentiels. « Il faudra sans doute garder une partie technique dans les formations mais aussi s’ouvrir pour qu’elles répondent aux attentes sociétales et à celles des jeunes », estime Roland Grimault, directeur de l’Union des maisons familiales rurales (MFR). « Le métier évolue pour répondre aux enjeux environnementaux. Il est nécessaire d’opérer ce virage, précise Véronique Marchesseau. Plus nous serons aptes à le prendre, moins cela sera difficile. La formation initiale doit permettre d’y répondre. » Marianne Dutoit complète : « Le changement climatique est un vrai défi. Les solutions pour être plus résilients sont propres à chaque territoire. Cela oblige à faire évoluer les compétences et à les territorialiser. »

Alexis Marcotte,

Alessandra gambarini