Slip en coton, tea-bag, vers de terre ou encore Slake test, ces indicateurs de terrain très visuels présentent néanmoins quelques limites. « Le test du slip, par exemple, n’exprime pas l’humification, à savoir l’immobilisation bénéfique de la matière organique, souligne Christophe Barbot, de la chambre d’agriculture d’Alsace. Le tea-bag est intéressant car il permet d’évaluer deux types de dégradation : rapide pour le sachet de thé vert, lent pour celui au thé rouge. Mais il manque de praticité et est dépendant des conditions climatiques en grandes cultures. » Le Slake test (tenue à l’eau d’une motte de terre) reste quant à lui qualitatif.

Les analyses en laboratoire permettent de mieux quantifier la composante biologique d’un sol : « C’est un travail difficile à faire car il est spécifique à chaque contexte », estime Christophe Barbot. Le laboratoire Celesta-lab, basé près de Montpellier, propose ce service partout en France. « Sur la biologie des sols, nous menons depuis vingt-cinq ans à peu près les mêmes méthodes et types d’analyses, ce qui nous a permis de constituer un référentiel important de 60 000 échantillons : en effet, une analyse ne vaut rien sans un bon référentiel, estime Thibaut Déplanche, directeur général du laboratoire. Par ailleurs, opérer un jugement en biologie des sols est plus compliqué car le plus n’est pas forcément le mieux : il faut trouver un équilibre entre quantité microbienne et capacité du sol à la recevoir ».

Un panel d’analyses

Chez Celesta-lab, trois types d’analyses sont réalisés : fractionnement granulométrique de la matière organique, biomasse microbienne et activité de minéralisation du carbone et de l’azote. « Ces mesures ne se substituent pas au diagnostic de structure et aux analyses de terre classiques : elles sont complémentaires », précise Thibaut Déplanche.

Le laboratoire Elisol Environnement s’est lui spécialisé sur les nématodes. « Ces organismes sont reconnus d’intérêt pour l’évaluation du fonctionnement biologique des sols depuis longtemps. Par la création du laboratoire il y a dix ans, nous avons souhaité rendre ces connaissances plus accessibles pour les utilisateurs », souligne Cécile Villenave, responsable scientifique de la structure. Les nématodes sont de bons bioindicateurs du sol pour plusieurs raisons : simples à étudier, présents dans tous les milieux avec un grand nombre d’espèces différentes (bactérivores, fongivores, phytophages…), ils permettent de renseigner sur leur habitat et sur d’autres organismes qu’eux-mêmes.

En réalité, bien d’autres types d’analyses biologiques existent mais des choix sont à faire : « L’objectif est de proposer un service que l’agriculteur peut se payer, et non une batterie d’analyses dont le coût serait trop important », indique Thibaut Déplanche. Certains projets trouvent des financements publics ou privés, ce qui permet de faire plus d’analyses et de ne pas faire supporter les coûts aux agriculteurs. « On peut aussi espérer que le déploiement de ces outils à plus grande échelle permette de les rendre plus accessibles à l’avenir », souligne Christophe Barbot.

Aider à l’interprétation…

Chez Celesta-lab, l’interprétation traditionnellement écrite des résultats se fait de plus en plus par téléphone, ce qui permet d’avoir un échange plus interactif avec les agriculteurs. Des restitutions en présentiel sont également proposées, ainsi que des formations plus complètes pour les conseillers. Chez Elisol Environnement, des fiches synthétiques sont produites, avec en guise de synthèse un système de notations (note de 1 à 10 pour les différents paramètres mesurés), calibré par usage et basé sur des référentiels développés depuis 2011. « Nous travaillons surtout avec des groupes d’agriculteurs, en collaboration avec leurs conseillers », précise Cécile Villenave.

… pour aller au conseil

Grâce à une bonne interprétation, ces analyses peuvent aider à se positionner sur des changements de pratiques. Les grands leviers mobilisables sont les apports d’effluents d’élevage ou autres produits organiques, la couverture des sols (couverts végétaux ou mulch), la réduction du travail du sol, la diversification de la rotation, ou encore l’ajustement de la fertilisation minérale. Ces leviers sont à réadapter à chaque contexte, en prenant en compte les objectifs de l’agriculteur et sans oublier que cette démarche, dans sa globalité, s’inscrit sur du long terme.

Quant au lien entre indicateurs biologiques et mode de production, le projet MicrobioTerre (lire l’encadré ci-dessus) n’a pas observé de différence significative entre des systèmes en conventionnel, en agriculture biologique et en agriculture de conservation des sols. « Ce sont surtout les pratiques qui jouent : on peut être sur un système en agriculture biologique, mais avec un itinéraire technique pauvre en apports organiques », illustre Thibaut Déplanche.

 

 

 

 

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