Le premier axe du plan de transformation d’Intercéréales, lancé en décembre 2017, consiste à « orienter la production en fonction des besoins des marchés pour adapter l’offre à la demande ». « L’ambition est non pas de produire pour produire, mais produire pour répondre aux attentes de nos clients, voire des clients de nos clients qui sont les consommateurs », a déclaré Philipe Heusele, président du comité international d’Intercéréales. Un forum organisé le 17 mai dans le bassin Océan Centre Ouest (OCO) (1) a en effet été l’occasion de faire un point sur l’avancée des travaux.

Déterminer les leviers d’action

Un premier chantier d’enquête a permis de caractériser précisément l’offre de chacune des 12 Régions administratives françaises, avec une vision pluriannuelle. « L’objectif est de déterminer les leviers d’action à mettre en œuvre au niveau de la production, face à l’évolution de la concurrence », a expliqué Bruno Barrier-Guillot d’Intercéréales. En parallèle, les déterminants des demandes ont été étudiés marché par marché (dans l’Hexagone, dans l’Union européenne et les pays tiers). Le blé français dispose en effet de nombreux débouchés (Lire « Répondre aux exigences des marchés »), eux-mêmes sous-divisés. Première destination pour le blé français, l’exportation vers les pays tiers regroupe par exemple une grande diversité de segments : un voire plusieurs par pays. En plus d’être sensibles à l’homogénéité à la régularité des lots, chacun d’entre eux a des exigences techniques spécifiques sur un large panel de critères. Répondre à leurs attentes demande une organisation de filière bien huilée.

 

Démarche de segmentation à dupliquer

Sur cette base, l’interprofession et Arvalis ont engagé des travaux plus poussés. Dans un premier temps réalisés pour le bassin Océan Centre Ouest, ils sont appelés à se décliner dans les autres bassins français.

Meunerie, exportation vers l’Algérie ou la Côte d’Ivoire, alimentation animale… Il est apparu que les blés produits dans ce bassin sont valorisés au travers de dix segments de marchés différents. L’objectif étant de faciliter l’allotement par les organismes stockeurs, une typologie a été construite pour regrouper les blés en quatre classes de caractéristiques communes : B, L, E et S (voir le tableau ci-dessus). Le B correspond à un marché très exigeant, ne pouvant être alimenté que par des emblavements spécifiques. Les blés L nécessitent une conduite spécifique. La classe E correspond à un marché qui est plus fréquemment accessible. Les marchés plus polyvalents entrent dans la classe S.

Au minimum 11,5% de protéines

Des fiches ont été éditées pour valoriser ce travail de segmentation et faciliter son appropriation par les acteurs de la filière. Elles contiennent pour chaque segment : un rappel des critères d’intérêt et les leviers techniques mobilisables pour atteindre les objectifs. Elles détaillent également un diagnostic d’accessibilité pour les blés du bassin, bâti grâce aux enquêtes qualité que FranceAgriMer réalise tous les ans. « Quatre années sur dix durant la période de 2004 à 2020, le bassin OCO n’a pas atteint les 11,5 % de protéines demandés par le marché de la meunerie française », a illustré Benoit Méléard, d’Arvalis. Ce critère de qualité est particulièrement important, et largement travaillé au sein de la filière.

Pour contrer l’érosion du taux de protéines dans le blé tendre, la filière a lancé un premier plan protéines en 2014. « L’objectif est que le taux moyen soit au moins de 11,5 % », rappelle Céline Imart, agricultrice et porte-parole d’Intercéréales. L’enjeu reste tout à fait d’actualité : les exigences des cahiers des charges ont plutôt tendance à se renforcer. Depuis novembre 2021 par exemple, l’Algérie demande une teneur en protéines minimale de 11,5 %, contre 11 % auparavant. Dans son plan de transformation, Intercéréales estime que « 12,5 % de teneur en protéines pourrait prochainement devenir la référence pour exporter du blé meunier ». Tous les autres débouchés, à l’exception des blés biscuitiers, sont aussi à la recherche de protéines. En nutrition animale par exemple, elles permettent de limiter le recours à d’autres ressources protéinées, comme le soja.

Un plan qui porte ses fruits

Outre un axe important sur le pilotage de la fertilisation azotée (lire « Des leviers à actionner au champ »), le plan explore le levier génétique. Sur cet aspect, l’enjeu n’est pas tant de disposer de nouvelles variétés favorables aux protéines. « Il faut surtout que celles dont on dispose soient utilisées », estime Céline Imart. « En 2015, 50 % de l’assolement du blé tendre était dédié aux variétés GPD+ (2). Aujourd’hui, nous en sommes à 85 % », souligne-t-elle. Ainsi, le travail de communication sur le long terme « porte ses fruits, assure Céline Imart. Les agriculteurs sont de plus en plus sensibilisés à la question de la teneur en protéines. Nous ne sommes pas passés en dessous de 11,5 % depuis 2015. En 2022, malgré le contexte météo, la moyenne nationale est estimée à 11,6 % ». Elle estime que les efforts doivent se poursuivre. Il faut dire que le climat et le contexte économique peuvent mettre à mal l’intention première des producteurs.

(1) Le bassin OCO regroupe la région du Poitou-Charentes, la Vendée, la Loire-Atlantique, la Maine-et-Loire, la Sarthe, l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, et l’Indre. Relativement homogène, le territoire produit en moyenne 6,4 millions de tonnes de blé tendre, pour moitié destiné à l’exportation.

(2) Les variétés « GPD+ » ont une aptitude à être plus riches en protéines.

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Blé tendre : Répondre aux exigences des marchés