C’est au nord-est de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, que s’est engagée, il y a plus de 10 ans, une reconquête des friches agricoles. Face à plusieurs parcelles délaissées dans un secteur viticole touché par une forte déprise agricole, la commune de Claira et plusieurs acteurs ont décidé d’agir. Les chasseurs avaient été les premiers à remettre en culture des friches pour implanter des cultures cynégétiques. Des étudiants de l’IUT de Perpignan avaient commencé un diagnostic des friches de la commune dans le cadre d’un dossier pédagogique dont la mairie s’est saisi en créant un poste d’animation foncière en 2010.

Ce projet, appelé Fricato, est un véritable partenariat entre la plaine et la montagne. Les fourrages et les céréales produites sur ces parcelles viennent combler les besoins de sept éleveurs ovins installés à une centaine de kilomètres dans les Hauts cantons du Roussillon.

Aujourd’hui, ce sont une centaine d’hectares qui ont été réhabilités, dont 20 sur la commune voisine de Saint-Hippolyte. Pour y arriver, il a fallu convaincre les propriétaires de mettre à disposition leurs parcelles. Une tâche loin d’être aisée. L’espoir des propriétaires de voir leurs terrains devenir constructible avec l’idée d’un fermier difficilement délogeable dans une zone péri-urbaine où la pression foncière est forte, ne les incite pas à s’engager. Pour les rassurer, des contrats de prêts à usage (commodats), assez courts, de 1 an à 5 ans, pouvant être renouvelés, leur sont proposés.

Un prestataire a pris le relais

« L’autre argument pour les convaincre est l’exonération de taxe foncière sur le non bâti accordée par la commune, qui enlève toute charge au propriétaire «, ajoute Jean Puginier, adjoint au maire. Le propriétaire voit ainsi entretenir sa parcelle gratuitement tout en respectant son obligation de maintenir en état débroussaillé son terrain. « Car l’autre intérêt trouvé par la mairie est de pouvoir mieux prévenir les incendies. « Quand il y a des friches, les incendies arrivent à avancer très rapidement et freinent aussi l’accès des pompiers aux secteurs en flamme», explique Florent Ciurana, étudiant à l’IUT de Perpignan, en stage à la mairie de Claira (le jour du reportage, un incendie avait réduit en cendres près de 1 100 hectares à une quinzaine de kilomètres de la commune).

La réhabilitation des friches offre aussi à la commune un paysage entretenu. « Il y a un gros travail de nettoyage au départ. Des parcelles étaient parfois devenues des dépotoirs avec des frigos par exemple «, se souvient Joël Trezéguet, un des sept éleveurs.

Les travaux sont réalisés depuis cette année par un prestataire de services. « C’est un jeune de la commune qui a aussi vocation à s’installer en tant que chef d’exploitation «, détaille Myriam Levalois-Bazer, animatrice en charge de l’agriculture de l’Association du Pays de la Vallée de l’Agly, qui a rejoint récemment l’aventure et qui regroupe 38 communes. Auparavant, les travaux étaient réalisés par les éleveurs, mais avec le temps de déplacement la tâche était devenue trop contraignante. « On faisait le travail de jour, chez nous, sur notre exploitation et le soir on descendait à Claira avant d’emballer la luzerne la nuit «, raconte Joël Trezeguet. Pour pouvoir demander les aides de la Pac sur ces terres, les sept éleveurs ont créé une SARL et ils se sont aussi associés dans une Cuma pour le matériel. Joël Trezeguet estime que l’opération leur fait gagner «10 à 15 € par balle de fourrage ».

Sommaire

Foncier : Comment les collectivités orientent leur usage